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Barcelona ’92, amics per sempre !

02 Juin Barcelona ’92, amics per sempre !

Les Jeux Olympiques de Barcelone ont marqué un tournant pour la ville, pour la Catalogne et même pour l’Espagne, qui a signé son retour dans le cercle des grandes nations occidentales. C’était, il y a vingt-cinq ans…

En 1992, la célébration des XXVe Jeux Olympiques à Barcelone, fut, selon la propre expression du président du Comité Olympique International de l’époque, Joan Antoni Samaranch, la plus réussie de l’ère moderne. Rappelons que Joan Antoni Samaranch occupa la plus haute responsabilité du Comité Olympique International de 1980 à 2001 et que le mouvement olympique connut sous son mandat une vraie révolution.

Stature internationale

Devant l’organisation modèle, le confort et la beauté des installations, et surtout, l’ampleur de la collaboration populaire, avec plus de trente mille bénévoles impliqués, médias internationaux et athlètes participants ne manquèrent pas de partager l’opinion du président du CIO. Barcelone, et à travers elle, la Catalogne s’offrait ainsi une campagne de publicité planétaire qui allait changer à tout jamais le regard de la communauté internationale. L’olympiade de Barcelone battit des records d’organisation. Près de dix mille athlètes représentant cent soixante-neuf nations entraient en compétition. On construisit une ville olympique pour quinze mille personnes, l’hébergement des athlètes fut gratuit pour la première fois de l’histoire olympique et les cérémonies d’ouverture et de clôture furent retransmises devant près de 4 milliards de téléspectateurs, un record à l’époque.

Des jeux fraternels

Dans un souci de représentativité multiculturelle et d’enracinement catalan, ces cérémonies marquèrent à jamais la mémoire mondiale. La musique fut composée par l’artiste catalan Carles Santos Ventura et interprétée par la soprano Montserrat Caballé et les ténors Placido Domingo et José Carreras (Montserrat Caballé n’interpréta pas la chanson « Barcelona » qui reste l’hymne officiel des JO de Barcelona, en duo avec Freddie Mercury, en raison de la mort de ce dernier en novembre 1991), la chanson de Peret, gitan emblématique de la ville avec « Barcelona Tiene Poder » (Barcelone a le pouvoir ), le spectacle de « la Fura dels Baus », les castells montés sur le stade et bien sûr, son magnifique slogan, convivial et ouvert « Amics per Sempre ».

La force du symbole

Sans oublier sa mascotte, Cobi, le petit chien de berger, dessiné par Xavier Mariscal. Mais surtout, ces jeux se sont caractérisés par la décentralisation de certaines épreuves dans différentes villes en fonction de leurs atouts particuliers et de leurs équipements existants et par un grand effort de rénovation des infrastructures, pensées pour une utilisation ultérieure susceptible de générer un retour sur investissement fort intéressant pour les collectivités territoriales, comme par exemple, le parc olympique de la Seu d’Urgell. Ces Jeux ont été inoubliables parce qu’ils ont célébré une nouvelle liberté dans le sillage de la chute du Mur de Berlin intervenu après les Jeux de Séoul en 1988 en marquant la fin des tensions est-ouest qui avaient pourri le climat olympique depuis trop longtemps. Ils ont également solidifié la démocratie espagnole, toujours très fragile dans les années 1980. Ils ont enfin entériné l’adéquation du mouvement olympique avec le sport professionnel par le biais, entre autres, de la participation emblématique de la Dream Team, l’équipe de basket des États-Unis emmenée par Michael Jordan et Magic Johnson.

L’historique

En fait, Barcelone a eu beaucoup de chance. Elle était même bénie des dieux en 1992 : Ce printemps-là, le FC Barcelone avait remporté la première Ligue des champions (Coupe d’Europe des clubs champions) de son histoire quelques jours avant de dominer d’un point son rival éternel, le Real de Madrid, au terme du championnat national. La ville de Barcelone organisa les XXVe Jeux Olympiques du 25 juillet au 9 août 1992. Ils furent suivis des jeux paralympiques jusqu’au 3 septembre. La candidature de la ville avait été présentée en janvier 1981, soit en pleine transition démocratique par le maire de la ville, Narcís Serra. Sa nomination fut effective le 17 octobre 1986, sous le mandat de Pasqual Maragall. Tout porte à croire que Joan Antoni Samaranch ne fut pas étranger à ce choix. La flamme olympique fut dessinée par Andreu Ricard. Elle fut allumée le 5 juin dans la ville grecque d’Olympie et portée par des relayeurs jusqu’à Athènes, puis en bateau jusqu’à Empúries où elle fut reçue par des milliers de personnes, au cours d’une émouvante cérémonie.

Un stade rénové

En quarante-trois jours elle parcourut plus de six mille kilomètres, traversa six cent cinquante-deux villes et fut portée par neuf mille cinq cents relayeurs. La cérémonie d’inauguration eut lieu au Stade Olympique de Montjuïc, ultérieurement rebaptisé Stade Olympique Lluís Companys. Le stade avait été construit, comme la plupart des bâtiments de la colline, pour l’Exposition Internationale de 1929, mais il fut entièrement rénové pour les Jeux Olympiques à l’exception de sa belle façade qui fut conservée en l’état pour donner à voir les richesses architecturales de la capitale catalane. On construisit autour de ce stade, sur la colline du Montjuïc, ce qu’on appela l’Anneau Olympique, formé par les piscines Bernat Picornell, le terrain de hockey Pau Negre, le Palau Sant Jordi, le bâtiment de l’Institut National d’Education Physique et d’autres installations qui sont toujours en fonctionnement aujourd’hui et sont venues enrichir le patrimoine de la ville et son ancrage international en tant que capitale sportive. De nouvelles installations furent bâties en d’autres points de la ville, comme le Poble Nou et la Vall d’Hebron à Barcelone, ainsi qu’au Montigalà à Badalona, notamment pour permettre d’accueillir les délégations et les athlètes.

Des installations modernes

La plupart de ces installations sont aujourd’hui devenues des zones d’habitat urbain, et ont pleinement intégré l’offre de logements de la capitale, une véritable prouesse économique. Les autres sites des jeux furent Badalona (basket et boxe), Banyoles et Castelldefels (aviron), Granollers (handball), Hospitalet de Llobregat et Viladecans (baseball), Mollet del Vallès (tir olympique), Montmeló (cyclisme contre la montre par équipes), Sant Sadurní d’Anoia (cyclisme sur route), Reus et Vic (hockey sur patins), la Seu d’Urgell (canoë-kayak), Sabadell, Valence et Saragosse (football), Montanyà (hippisme) et Terrassa (hockey sur gazon).

Fidèles à l’histoire

L’ouverture sur le Pays Valencien et l’Aragon, fidèle à l’histoire de la Catalogne, constitue l’un des traits dominants de ces jeux et démontre la volonté de donner à voir au monde, un pays basé sur des valeurs fortes de fraternité. En tout, les sites étaient au nombre de trente-cinq, dont dix-neuf à Barcelone. Au moment de mettre un point final à son séjour olympique en 1992, George Vecsey, alors éditorialiste réputé des pages sportives du New York Times, n’avait pas boudé son plaisir immense : « Les gens de Catalogne ont gagné les Jeux. Il y avait toujours à distance les tours de la Sagrada Familia dansant en arrière plan, ou les fontaines de Montjuïc pas très loin comme les monuments de Tibidabo.

Une bouteille à la mer

De jour comme de nuit, peu importe si nous étions captivés par un boxeur irlandais, un rameur canadien, des coureurs africains ou des joueurs de basket américains, nous savions qu’il se passait en permanence des choses sur les Ramblas. Quelqu’un cuisinait des calamars. Quelqu’un faisait couler du cava. Quelqu’un était en train de chanter. Les vrais gens dansaient la sardane, la danse folklorique de Catalogne, sur une place envoûtante. Nous pouvions l’entendre. Nous pouvions le ressentir. Ces Jeux nous ont rappelé que le mouvement olympique va bien au-delà de la fraîche jeunesse qui vient y gagner des médailles. Quand ils sont pleinement réussis, les Jeux sont la célébration de ceux qui les organisent. »

Pour l’éternité

Les Catalans se sont saisis des jeux avec passion et frénésie, ils en ont fait une carte de visite, une bouteille jetée à la mer, pour dire leur soif de liberté, leur envie d‘entreprendre et de réussir. Pour démontrer aussi leurs capacités organisationnelles et leur sens inné du commerce et de la rentabilité. Pour le monde entier, la ville espagnole de Barcelone, dernière tombée de la sinistre guerre d’Espagne, est devenue la capitale de la Catalogne, la ville de Gaudí, et un symbole de fraternité. 1992 est une date à retenir.

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