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La Vall de Camprodon

03 Déc La Vall de Camprodon

La Vall de Camprodon est une destination touristique séculaire. Que de générations tombées amoureuses de ses rivières, de ses parcs, de son patrimoine roman et maintenant de ses pistes de ski…

Il suffit de passer le col d’Ares… Là, s’ouvre au moment précis où la route commence sa descente, juste après les anciennes maisonnettes de la douane, ce que le grand Josep Pla qualifiait d’éventail de montagnes, dessiné comme le plissement harmonieux d’un lourd brocard.Une série de vallons ponctués des toits tuilés de rares mas, une étrange constellation d’ocres dans un camaïeu de verts parfois étoilés de neige ou de glace, organisés autour de l’une des deux rivières de la Vall de Camprodon, le Riutort.

Longue rivière tranquille

Il serpente, tranquille, honorant son nom de méandres étroits, cassés çà et là par de petites cascades, quand le dénivelé trop brusque ou la présence têtue de gros rochers bouscule le cours du torrent. Sur la droite, une petite route pentue mène à Espinavell, village typique célèbre pour sa foire de mulets et de chevaux (Tria de Mulats), exactement symétrique de la station de la Preste, sur l’autre versant. Bien plus bas, toujours sur la droite, se dresse une sublime église romane, Sainte Cécile. Elle marque l’entrée du village de Molló, le pendant de Prats, où les bêtes allaient paître du temps où la montagne dictait ses propres frontières. Un peu plus bas, le vallon devient plus riant et le Riutort prête son flanc à l’enjambement d’un petit pont qui mène, sur la gauche cette fois, à Rocabruna et Beget.

Touristique

L’architecture de pierre des maisons, avec des ouvertures petites et des plafonds bas, est clairement montagnarde et ennoblit les rues étroites de Rocabruna. Prendre la petite route, c’est à la fois arriver sur un balcon qui domine la haute-Garrotxa et entrer dans la légende de l’art roman. Non seulement l’église de Beget, romane, est magnifique mais surtout elle est l’écrin de l’une des plus belles « majestats » du pays, une œuvre incroyable de hiératisme et d’humanité. En continuant, on peut rejoindre Oix et Castellfollit de la Roca. Attention, car non seulement la neige n’est pas rare mais en plus le verglas, lui, est fréquent ! De retour dans la vallée du Riutort, on débouche sur une zone riante et plate, bordée de prés et plantée par endroits d’énormes sapins et de cèdres du Liban. Voilà plus d’un siècle que Camprodon est une destination touristique et climatique, impulsée par la grande bourgeoisie barcelonaise et les industriels d’Olot. Deux magnifiques promenades arborées, la promenade Maristany et la promenade Font Nova, sont bordées de demeures seigneuriales souvent modernistes ou noucentistes.

Romanesque

Au centre, les maisons en encorbellement surplombent le cours du Riutort qui rejoint celui du Ter. Un pont roman consacre l’union de ces ondes pures, adossé aux anciennes murailles. Camprodon est une ville de petits commerces et tient tous les dimanches un marché qui attire non seulement les gens de la Comarca, mais aussi ceux de la Garrotxa et ceux du Vallespir. Célèbre pour ses restaurants qui servent une bonne cuisine locale, la petite ville est aussi la patrie des célèbres biscuits Birba. Elle possède deux églises. La première, autrefois liée au monastère Sant Pere, est romane mais il vous faudra l’admirer de l’extérieur. La seconde, gothique et remaniée à l’époque baroque, mérite le coup d’œil pour sa grandeur tranquille.

Sommets à plus de 3 000 m

Flâner dans les rues pavées, qui ont autrefois accueilli les pas du grand musicien Isaac Albéniz, reste un plaisir tant l’accueil est agréable malgré le froid sec, souvent piquant. Place à arcades, petite fontaine au bord de la rivière, boutiques de charme, Camprodon ensorcelle ! En remontant la vallée du Ter, le village de Llanars offre une belle église romane, Sant Esteve, dont les chapiteaux rappellent nettement la sculpture roussillonnaise. à quelques kilomètres se dresse, sur un étrange éperon rocheux, le village de La Roca construit sur l’ancien château médiéval de Palancà. Il encastre son église dans les murs de cette ancienne forteresse creusée dans la roche et jette ses ruelles étroites vers le sommet de l’énorme roche qui le porte. Villalonga de Ter, marque le dernier village à physionomie plus rurale que montagnarde mais les hameaux de Tregurà (du haut et du bas) annoncent l’évolution vers un paysage plus nettement montagnard. Et pour cause : c’est bien ici que l’or blanc est venu troubler l’éternité des estives et des mas. Il serait bien extraordinaire que vous ne trouviez pas le village de Setcases, autrefois un simple hameau, blotti sous la neige et donc sublimé par le blanc.

Sportive…

Il a brillamment réussi sa mue touristique sans rien perdre de sa beauté architecturale, couronnée de son église gothique. Le torrent court au milieu des maisons sur le gris des pierres lisses. Plus haut, c’est le royaume blanc et le paradis des amoureux de la montagne. à Ulldeter se dresse encore la silhouette d’un ancien refuge qui fut le tout premier de l’état espagnol. édifié en 1908, à la demande du Centre Excursionniste de Catalogne dans un superbe style moderniste, ses matériaux peu adaptés au rude climat n’ont pas résisté au passage des saisons. Les skieurs de Vallter, la petite station qui monte, évoluent dans un cercle de montagnes dont les sommets culminent à 3 000 m comme le Puigmal et peuplent des paysages grandioses en lisière du parc naturel des sources du Ter et du Freser, 14500 ha de nature sauvage et belle. En aval de Camprodon, en direction de Sant Joan de les Abadesses, d’anciennes colonies industrielles alignent leurs petites maisons en forme de corons le long de la route. La rivière, augmentée des eaux du Ruitort, est abondante et vive. Des prés ouvrent des puits de lumière dans les forêts et les mas deviennent à la fois plus imposants et plus ouverts, signe d’un climat sans doute plus clément.

… et épicurienne

C’est le village de Sant Pau de Segúries qui ferme le bal de la vallée de Camprodon. Tout autour, les montagnes semblent arasées, leurs courbes sont plus douces. La forêt semble plus sombre et dans l’appareillage des façades apparaît la pierre de lave, grise et alvéolée, si caractéristique de la Garrotxa voisine. La commune s’enorgueillit de posséder un tronçon d’une voie romaine secondaire de la Via Augusta, qui reliait ces hautes terres à Besalú, en passant par la vallée de Bianyia, au-dessus d’Olot.La Vall de Camprodon, partie orientale de la comarca du Ripollès, si agréable à parcourir en voiture, délivre d’autres sortilèges à ceux qui veulent la mériter par leur effort physique.

De mas en ermitage

Les cyclistes sont à la fête, avec d’innombrables circuits en VTT tels que les itinéraires Pirenexus (une boucle qui relie la Catalogne-nord et la Catalogne-sud) ou Iterannià (une série de circuits locaux), tandis que les randonneurs peuvent choisir entre des excursions thématiques (sur le Modernisme ou l’Art roman, par exemple) ou des itinéraires montagnards balisés et fléchés qui permettent, outre la beauté des paysages, de comprendre la vie rude des gens d’ici, de mas en ermitage, de source chaude en source d’eau fraîche. Selon l’enneigement, on passe ici des raquettes aux chaussures et inversement. Et une fois à Vallter, place au ski avec 2 pistes vertes, 3 pistes bleues, 6 pistes rouges et 2 noires, desservies par 5 téléskis et 3 télésièges. Les canons à neige garantissent le plaisir de tous, toutes générations confondues, dans un cadre intime et familial.

Gastronomique

La petite station a de plus en plus d’inconditionnels séduits par sa simplicité et ses paysages. Tout le monde peut y trouver son compte, des plus sportifs aux familles avec enfants en bas âge, avec la tranquille certitude de respirer un air extrêmement pur. D’autant que la vallée a su développer une offre d’hébergement vraiment plurielle, dont un parc de gîtes ruraux remarquables et présente une offre gastronomique de premier plan, enracinée dans les traditions de productions locales. Beaucoup de restaurants se sont regroupés sous l’ombrelle « Cuines de la Vall de Camprodon » et garantissent à leurs clients l’authenticité de leur savoir-faire. Trois grandes campagnes gastronomiques ponctuent l’année, celle du Carême et de la charcuterie (en février-mars), celle du cheval (mai) et celle de la pomme de terre (septembre). Une chose est certaine, si vous optez pour des plats du cru, vous allez très bien manger ! D’autant qu’à l’heure du dessert, les croquants de Camprodon, les carquinyolis, font merveille trempés dans le café ou dans un bon vieux moscatell, ce muscat méridional ambré et sirupeux. Et si vous avez un cadeau à faire, achetez donc des biscuits Birba, une véritable institution répandue dans tous les foyers catalans depuis plusieurs générations. La Vall de Camprodon, rurale et romane, a gardé de ces deux caractéristiques culturelles, une noble simplicité. La beauté des paysages et le sens de l’accueil enveloppent le visiteur d’un halo chaleureux qui invite au partage et sublime les rudesses de l’hiver.

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