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Vic,Ville de coeur de la Catalogne

01 Oct Vic,Ville de coeur de la Catalogne

Avec ses marchés colorés, ses commerces dynamiques, sa vie nocturne et son patrimoine époustouflant, la ville de Vic respire l’énergie. Un souffle rare pour une cité de 40 000 habitants, qui bluffe instantanément le visiteur. Ici, sur la route nord-sud qui relie Ripoll à Barcelone, bat incontestablement le cœœur de la Catalogne.
La ville se serait-elle métamorphosée en une nuit ? La veille, l’immense Plaça Major, poumon de Vic, n’avait que sa torpeur à offrir aux badauds à l’heure de la sieste. Les Vigatans et quelques touristes se désaltéraient aux terrasses alignées sous les arcades, tout en observant cette immense place de terre battue, que de rares personnes traversaient. Et voilà que ce matin, la Plaça Major se révèle frénétique. Car c’est aujourd’hui mardi, jour de marché… Plus qu’une habitude : une institution. Des dizaines de stands sont alignées, recouvrant la place dans sa totalité. Plongée dans la foule. Devant des étals recouverts de fruits et légumes, on fait la queue en s’apostrophant. Haricots secs, olives, épices. Les senteurs ouvrent l’appétit, les couleurs aiguisent la curiosité. Plus loin, une commerçante tape dans ses mains et joue les poissonnières à grand renfort de cris aigus pour appâter la clientèle.

Vic2Marché coloré

Des robes bigarrées, des chaussures, des bijoux tentent de séduire une foule variée, faite de personnes âgées allant clopin-clopant, que contournent et doublent des mères de famille et des jeunes pressés. Sur le côté, une immense allée consacrée aux fleurs éblouit le regard. Sous les arcades, les terrasses sont toujours là, mais on les manquerait presque, dans cet immense bazar organisé… Capharnaüm d’apparence seulement, que l’on cerne mieux en prenant de la hauteur et grimpant jusqu’au balcon de la Casa de la Ciutat, la mairie. Les parasols des stands forment une immense tapisserie composée de pièces rectangulaires, dans les tons bleu et blanc. La clameur du marché monte comme une seule voix. Retour à l’intérieur et au calme. La mairie de Vic n’est pas une bâtisse classique. C’est un musée à elle seule. La grande salle dans laquelle se tiennent les conférences, la « salle de la colonne », est clairement gothique. Ses fenêtres ont été réalisées au début du XVIe siècle par un sculpteur provençal. Aux murs, une surprenante galerie de portraits est fixée. On trouve, pêle-mêle, des Saints, des architectes, peintres, religieux, musiciens,… Soit actuellement 32 personnages, du précepteur de Jaume 1er, Guillem de Montrodon, qui vécut aux XIIe et XIIIe siècles, à l’écrivain Angels Anglada, décédé en 1999. Tous sont des enfants de Vic, et tous sont devenus illustres par-delà la région de l’Osona, pour leurs apports dans l’une des branches du savoir humain. Le célèbre poète Jacint Verdaguer n’a pas eu l’honneur de figurer dans cette collection : il n’était pas originaire de Vic même, mais des environs. Le mal est réparé : une sculpture lui rend hommage dans le vestibule. La salle du Conseil Municipal, elle, est d’époque baroque (1670). On y admire notamment sa coupole qui laisse entrer la lumière du jour. Dans cette caverne d’Ali Baba bien agencée qu’est l’hôtel de ville, on découvre aussi, ça et là, des peintures du Barcelonais Josep Maria Sert. « Son lien avec Vic est particulièrement connu parce qu’il a peint la cathédrale, qui est considérée comme l’œuvre de sa vie » explique Dolors Alemany, qui a écrit un guide sur la culture et le patrimoine de la ville. « Josep Maria Sert était un peintre muraliste. Il a aussi peint au Rockefeller Center de New-York, à la mairie de Barcelone, à Santander. A Paris, il a côtoyé des gens comme Coco Chanel ».

 
Vic4 Les coffres aux trois serrures

Entre autres trésors insoupçonnés, l’hôtel de ville possède également deux coffres du comptoir des changeurs de Vic (1583-1868). Les habitants y déposaient, dans l’un, des bijoux, dans l’autre, des monnaies. Chaque coffre comptait pas moins de trois serrures, qui étaient confiées à trois personnes différentes. Au rez-de-chaussée, on a bien du mal à imaginer que les locaux, dans lesquels travaillent aujourd’hui les fonctionnaires, servaient, dès la construction de la bâtisse à la fin du XIVe siècle, à la vente de viandes et poissons.

A l’image de la mairie, c’est tout le cœur de ville qui possède un patrimoine exceptionnel pour la taille de la cité. A commencer par un temple romain ! Vic est la seule ville de Catalogne à pouvoir s’en enorgueillir. La construction, qui date du IIe siècle après Jésus-Christ, a servi de lieu de culte jusqu’au IVe siècle. Ses restes furent découverts en 1882. La restauration s’acheva 75 ans plus tard. Mais la richesse architecturale de la ville ne s’est pas arrêtée à l’époque romaine. Les façades des hôtels particuliers sont de style renaissance, baroque, néo-gothique ou art nouveau. La cathédrale, imposante bâtisse réformée et agrandie au XIe siècle par Monseigneur Oliba, évêque de Vic, abbé de Ripoll et, dans le Conflent, de Saint-Michel de Cuixà, témoigne à elle seule de la puissance qu’a connue la cité au Moyen-Âge : l’évêché s’étendait sur une grande partie de la Catalogne. Mais s’il est un site à ne pas manquer à Vic, pour tout amateur d’art et de patrimoine, c’est le musée épiscopal. De l’archéologie aux cuirs et fers forgés, en passant par la peinture, la sculpture, les vêtements liturgiques et autres céramiques, le musée offre des collections d’une grande splendeur. On devine aussi, dans la finesse des objets présentés, la richesse d’une ville de marchands.

Tradition commerçante

Commerçante était Vic, commerçante elle est restée. Cette évidence saute aux yeux dès que l’on s’élance dans l’enchevêtrement de ruelles tortueuses, si étroites que, parfois, les corniches se touchent presque. Aux rez-de-chaussée de ces vieilles bâtisses, des enseignes disparates se succèdent. Non loin des classiques boutiques de vêtements, des magasins spécialisés ont pignon sur rue, comme ce sandalier qui, derrière sa minuscule vitrine, vend et répare d’authentiques espadrilles catalanes, les vigatanes, originaires de Vic. Dans une autre rue, on passe devant la Llibreria Vell i Antic, une librairie comme on n’en trouve plus guère. Ici, les amoureux de papier jauni dégotent des reliures rares et des œuvres improbables, comme ce dictionnaire espagnol de la langue chinoise ou ce carnet de voyage en Mongolie en catalan. Sur le palier d’à côté, l’écriteau du restaurant « Chez Basset » est alléchant. On nous promet du cochon de lait confit à la sauce d’orange et d’ananas ou encore des aubergines farcies à la lotte, au jambon et gambas. Le cadre du restaurant vient parfaire l’attrait : la salle est rénovée dans l’amour de l’art, valorisant les poutres au plafond, les parquets et les arcades en briques. En quittant le cœur historique de la ville pour se rapprocher de la gare, on passe devant des vitrines d’une classe extrême. La nuit venue, cela brille de toutes parts. Bijoux, vins fins ? Que nenni ! C’est avec stupéfaction que l’on découvre que les produits valorisés avec tant d’application sont en fait des saucissons secs ! Mais attention, pas n’importe quels saucissons. De la llonganissa de Vic. On ne plaisante pas avec cette charcuterie traditionnelle… Elle fait d’ailleurs l’objet d’une très stricte DOP, dénomination d’origine protégée. Elle constitue, avec le Pa de Pessic, un gâteau sec de forme ronde que l’on trouve dans toutes les bonnes pâtisseries de la ville, l’une des deux spécificités culinaires locales.

Vic3Le restaurant loufoque des stars

Question papilles, s’il est un lieu que l’on vous recommandera à Vic, c’est le « Petricó ». Ce restaurant à la façade on ne peut plus classique est une institution. A l’intérieur, on découvre un capharnaüm insensé. Des tonneaux de vin en bois, des centaines de bouteilles, des vigatanes suspendues, une statue de poule et même, en hauteur, des mannequins représentant un groupe de blues noir américain. Ce grand bric-à-brac éclipserait presque, sur les murs, des dizaines de photos représentant la patronne des lieux, posant avec de nombreuses célébrités catalanes. Ici, l’un des chefs les plus reconnus au monde, Ferran Adrià du Bulli. « On est ami avec lui » explique Carme, la patronne. Là, l’ancien président de la Generalitat de Catalogne Pasqual Maragall. Ou bien cette image de Pep Sala, du groupe de musique Sau, l’un des pionniers du rock catalan, originaire de la région et très populaire. « Ils nous ont composé une chanson pour le restaurant » explique-t-elle. Pas « select » ni « lounge » pour deux sous, le Petricó s’est fait un nom et des amis chez les stars nationales. Mais que trouvent donc les people ici ? En s’attablant, on l’entrevoit instantanément. Une cuisine savoureuse, simple et bonne. Des grillades généreuses et parfaites, saucées d’aïoli et arrosées d’un vin que l’on choisit sur une carte copieuse.

La nuit, la ville vit aussi

Mais aussi une ambiance particulière, joyeuse, méditerranéenne, et définitivement catalane. Cette ambiance festive, on la retrouve en se promenant de nuit dans le cœur de ville. Même en semaine, dès les beaux jours, les terrasses sont animées. Dans une ruelle, près de la Casa de la Cuitat, les amateurs de bière refont le monde autour d’un verre de brune, de blanche ou de rousse. Plus loin, des familles s’offrent un dessert sous les lumières colorées d’une crêperie. Près du temple romain, des étudiants font la fête dans un bar branché. Ainsi va Vic, cité d’à peine 40 000 habitants, alliant la convivialité d’une petite ville, le dynamisme d’une grande, et une forte identité catalane. Son parler sans accent, ses nombreux drapeaux « sanch i or » aux fenêtres, ses traditions perpétuées au fil des sardanes hebdomadaires et des nombreuses fêtes populaires, sont là pour le rappeler. On l’aurait pensée éclipsée par le dynamisme de la capitale catalane et de sa petite sœur Girona… Vic a oublié de s’endormir sur ses lauriers. Forte de son immense patrimoine culturel, elle est, plus que jamais, fière et vivante. Ici, précisément, bat le cœur de la Catalogne.

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