La terre, écrasée de soleil et de vent, semble reprendre, avec la brise et la tombée plus rapide du soir, un peu de force vive après les longs enfantements de l’été et la corne d’abondance des jardins et vergers. Malgré cet imperceptible regain, la fête continue sur les plages, au sable moins brûlant, le long de sentiers abrupts qui paraissent un peu moins rudes sans la chape de plomb de la canicule, dans la fraîcheur des églises tapissées de musiques. Le chant du cygne de l’été catalan n’obéit pas aux logiques calendaires : il fait de la fin de saison un infini regret, mais aussi une douce impatience qui nous porte jusqu’en novembre, au fil d’un chapelet de festivals, d’expositions, de Vierges portées à creux d’épaule et de grillades traditionnelles autour des ermitages. Cet été indien sied à la Catalogne : elle y trouve ses plus belles lumières, toujours nimbées d’or et des crépuscules qui emplissent les ciels de grenats profonds. Une saison entre les saisons, qui invite à l’abandon et au vagabondage heureux.
Wilfrid Renoult