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Les trésors intérieurs de la Costa Daurada : l’Histoire à cœur de villages

02 Oct Les trésors intérieurs de la Costa Daurada : l’Histoire à cœur de villages

Pour prendre la mesure de la Costa Daurada intérieure, il faut savoir quitter les grands paysages pour entrer dans les villages, suivre les ruelles, pousser les portes et regarder les pierres. Car ici, l’histoire ne se lit pas seulement dans les monuments : elle demeure dans les places, les remparts, les légendes, les gestes transmis et la mémoire des habitants. Du Moyen-Âge aux castells, des bandolers aux récits fantastiques, chaque étape raconte une autre facette d’un territoire profondément façonné par les siècles.

Première halte de ce voyage, Montblanc s’impose comme l’une des grandes portes d’entrée dans l’histoire médiévale de la Catalogne. Sa silhouette fortifiée donne immédiatement le ton. La ville accueille le visiteur derrière la couronne crénelée de ses puissants remparts, rythmés sur plus d’un kilomètre par 31 tours carrées. Cinq portes monumentales ouvrent sur un dédale de rues étroites, d’arcades, de petites places et de demeures anciennes. L’église Santa Maria la Major, vaste édifice gothique surnommé « la cathédrale de la montagne », dévoile une façade baroque et conserve une remarquable Vierge gothique en bois polychrome ainsi qu’un imposant orgue baroque. Autour de la grand-place se dressent l’hôtel de ville, le palais royal, la maison Desclergue, la maison des Josa ou encore le Palau del Castlà.

Villes fortifiées et cités d’histoire

Plus loin, l’église Sant Miquel surprend par son plafond en bois polychrome peuplé de dragons, de griffons, de chevaliers et d’armoiries. Hors des remparts, vers le Francolí qu’enjambe le Pont Vell, apparaissent encore l’église Sant Francesc et l’hôpital Santa Magdalena. Mais Montblanc reste surtout indissociable de la légende de Sant Jordi, que Joan Amades situa ici. Chaque printemps, la Setmana Medieval redonne vie aux chevaliers, aux murailles et au dragon, comme si la cité retrouvait pour quelques jours son visage d’autrefois. À mesure que l’on quitte ses remparts, l’histoire change de registre et prend une tournure plus populaire, plus mouvementée. Plus au sud, Alcover raconte en effet une autre histoire. Ses rues anciennes et les vestiges de son enceinte rappellent une époque où les chemins du Camp de Tarragona étaient parcourus par voyageurs, muletiers et bandolers. La Ruta Bandolera remet aujourd’hui cette mémoire en scène à travers les lieux et récits associés au brigandage qui marqua la Catalogne moderne. Le parcours réveille tout un imaginaire de guets-apens, de refuges et de passages secrets, tout en invitant à regarder autrement les portes, les façades et les traces de l’ancien village fortifié. Ici, l’histoire prend volontiers des airs de roman d’aventures. Un peu plus loin, le récit change encore d’échelle : la mémoire ne se cache plus dans les chemins, elle s’élève dans les airs. À Valls, l’histoire se construit à hauteur d’homme. Capitale de l’Alt Camp, la ville est indissociable des castells, ces spectaculaires tours humaines dont elle est considérée comme le berceau. Sur la plaça del Blat, véritable « kilomètre zéro » du monde casteller, la Colla Vella et la Colla Joves Xiquets de Valls perpétuent depuis plus de deux siècles une rivalité qui appartient désormais au patrimoine vivant de la Catalogne. Le Museu Casteller de Catalunya permet d’en comprendre les gestes, les valeurs et la transmission grâce à une scénographie immersive. Mais Valls possède bien d’autres visages.

Traditions et patrimoine vivant

L’église Sant Joan Baptista élance à 74 mètres le plus haut clocher paroissial de Catalogne. La chapelle du Roser, les vestiges des anciennes murailles, les rues du centre historique et la plaça de l’Oli, bordée d’arcades, complètent cette découverte. Ville de traditions profondément vivantes, Valls ne se contente pas de conserver son histoire : elle continue de la faire descendre dans la rue. Quelques kilomètres plus loin, cette mémoire retrouve la pierre et les anciens métiers. À La Selva del Camp, la mémoire s’inscrit directement dans les murailles. Mentionnée dès 1165 et longtemps placée sous l’autorité seigneuriale de l’archevêque de Tarragone, la ville fut protégée par une enceinte fortifiée percée de plusieurs portes. Jusqu’au XIXe siècle, elle conserva son allure de cité close. Aujourd’hui encore, sept tours et plusieurs tronçons de murailles subsistent, notamment le long des ravals de Sant Pere et de Sant Rafael ou du passeig Josep Cristià. Mais la Selva del Camp conserve aussi la mémoire des métiers. À Ca l’Hipòlit, ancien atelier du potier Hipòlit Martorell, le four et les outils d’origine ont été préservés. Le lieu rend hommage à une activité qui occupa longtemps une place importante dans la vie locale. Une vieille expression le rappelle encore : « A la Selva, tupiners ». Puis la route prend de l’altitude et la pierre change de couleur, comme pour annoncer un autre décor. Au cœur des Muntanyes de Prades, où rouge et gris se disputent falaises et failles, s’élève le village qui leur a donné son nom. Surnommée la « Vila Vermella » en raison de la pierre rouge qui colore ses façades, Prades s’organise autour de sa grande place à arcades, dominée par une célèbre fontaine Renaissance en forme de globe terrestre. L’église Santa Maria la Major mêle héritages romans, gothiques et Renaissance dans une architecture compacte qui annonce déjà la rudesse du climat montagnard. Du haut du clocher, le regard embrasse les toits rouges et l’immense panorama des montagnes, où pousse la pomme de terre locale, couronnée d’une IGP. Plus loin, l’ermitage de l’Abellera s’adosse à la falaise, tandis que la Roca Foradada dessine une étrange arche minérale. Le Tossal de la Baltasana, point culminant des Muntanyes de Prades à 1 203 mètres, ouvre un panorama spectaculaire. La nuit venue, le Parc Astronòmic invite à observer cratères lunaires, planètes et étoiles au cœur d’un territoire certifié Destination Touristique Starlight.

Villages de montagne

Entre pierre rouge et ciel noir, Prades semble changer de dimension. De là, il suffit de quelques kilomètres pour que le paysage bascule franchement dans le vertige. Siurana paraît alors suspendue au-dessus du vide. Le village médiéval, avec ses rues pavées et ses maisons de pierre, se tient sur une falaise dominant les vignes, la rivière et le miroir d’un lac. Sa forteresse défendait autrefois une frontière entre monde musulman et monde chrétien. Siurana fut l’un des derniers bastions musulmans de Catalogne à tomber lors de la Reconquête. Selon la légende, la princesse maure Abdelazia préféra se jeter dans le vide avec son cheval plutôt que de se rendre aux vainqueurs. Le sabot de l’animal aurait laissé son empreinte dans la pierre, au célèbre Salt de la Reina Mora. L’église romane Santa Maria possède un remarquable portail au tympan historié, tandis que les vestiges de l’ancienne forteresse sarrasine veillent encore sur les lieux.

Légendes et mémoires locales

Depuis La Trona, le paysage s’ouvre dans toute sa démesure. Aujourd’hui, Siurana est aussi devenue une référence internationale pour l’escalade et la randonnée, tandis que son lac attire les amateurs de canoë. Mais dans la Costa Daurada intérieure, les légendes ne restent jamais longtemps solitaires. Plus au sud, elles prennent un visage plus sombre. À quelques kilomètres de la mer, la Serra de Llaberia ouvre une vallée encaissée où alternent bois, falaises et cultures. C’est là que se blottit Pratdip, village dont le nom reste associé à la légende des « dips », petits chiens ou loups noirs qui auraient autrefois attaqué troupeaux et voyageurs attardés. Pour entrer dans ce passé revisité par l’imaginaire, il faut grimper jusqu’aux vestiges du château, réduits à quelques pans de murs mais toujours chargés de mystère. L’église Santa Maria conserve une abside romane et une architecture largement gothique. À l’intérieur, le retable Renaissance de Santa Marina, daté de 1602, porte même une représentation du fameux dip dans les armes de Pratdip. Plus loin, le sanctuaire de Santa Marina se cache dans un environnement boisé parcouru de sources. La légende inspira Joan Perucho, qui fit du village l’un des décors de son univers fantastique. Les chemins de la Serra de Llaberia permettent aujourd’hui d’explorer ce territoire sauvage avec, parfois, l’étrange sensation qu’il vaut mieux jeter un regard derrière soi. Après tant de récits flamboyants, le voyage s’achève dans un registre plus discret, presque secret.

Patrimoine et identités intérieures

Plus au nord, Conesa et Santa Coloma de Queralt dévoilent un patrimoine plus intime. Le noyau ancien de Conesa, classé Bien Culturel d’Intérêt National, conserve une remarquable cohérence médiévale autour de l’église Santa Maria et de son ancienne enceinte. Santa Coloma, ancienne possession des comtes de Queralt, rappelle quant à elle l’importance de son quartier juif et du commerce du safran. L’église Santa Maria conserve le remarquable retable d’albâtre de Sant Llorenç, sculpté au XIVe siècle par Jordi de Déu, tandis que Santa Maria de Bell-lloc mêle roman et gothique. Les Fonts de les Canelles et les anciennes portes de la ville complètent cette halte plus confidentielle. Ainsi bat le cœur de la Costa Daurada intérieure. Dans les remparts de Montblanc ou de La Selva del Camp, sur la plaça del Blat à Valls, dans les légendes de Siurana et de Pratdip ou les ruelles silencieuses de la Conca de Barberà, le passé demeure partout visible. En quelques kilomètres, on passe du Moyen-Âge aux bandolers, des châteaux aux castells, des dragons aux chiens fantastiques. Une terre où l’histoire ne dort jamais tout à fait et où chaque village continue, à sa manière, de la raconter.

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