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Altafulla

04 Juin Altafulla

Altafulla assoit la puissance sereine de ses remparts entre la silhouette minérale des montagnes littorales de Sant Joan et Sant Antoni et l’étendue immense de la Méditerranée. Des falaises blanches strient l’ocre profond éclaboussé de rares taches vertes, et veillent de loin sur la mer qui s’abandonne en longues plages sableuses et dorées.

85 m au-dessus de la mer, couronnés de vert, plantés dans l’azur, se hissent église, presbytère et château. La ville se pénètre à revers, à partir d’un parking orné de lauriers roses, tout au sommet de la butte. Deux portes de pierre s’ouvrent dans la muraille. L’une d’elles conduit, par un sentier odorant qui longe l’arrière de la nef, jusqu’à la place de l’église. Construit entre 1701 et 1705, le temple affiche un néoclassicisme décomplexé avec sa triple nef, sa tour octogonale et sa majestueuse coupole.

Toujours plus haut

Même sa tour carrée, inachevée, apporte une note de charme. Son beau retable baroque, sculpté en 1745, a échappé aux destructions de la guerre d’Espagne. Le long de sa façade, le jardin aux essences méditerranéennes la sertit de vert. Sur ces terres de reconquête, le château, aujourd’hui propriété privée, est mentionné dès 1059. Il appartenait à la puissante dynastie des Requesens, avant de tomber au XVIIe siècle entre les mains de la famille de Montserrat, des hobereaux également titulaires du marquisat de Tamarit. L’ensemble, entouré d’une forêt de pins blancs qui porte beau ses 600 ans et dont les faîtages culminent à plus de cinq mètres de hauteur est en excellent état mais hélas non visitable.

Belle mosaïque

Il a conservé sa cour d’origine et une jolie galerie renaissante. Devant l’église au modeste portail baroque, flanquée d’un presbytère devenu centre paroissial et culturel, la petite place trapézoïdale possède une acoustique si extraordinaire qu’elle est un écrin prisé pour les concerts et les lectures des festivals de musique et de poésie qui émaillent les chaudes soirées d’été. Un joli cannage de venelles et de placettes embrasse la colline, la grimpe et la dévale, ouvrant de temps en temps une fenêtre impromptue sur la mer, tout en bas. Justement, une volée d’escaliers irréguliers conduit de l’église à la petite place du puits sur laquelle règnent la mairie et ses arcades de belle maison seigneuriale. On note la beauté d’une façade sérigraphiée arborant des motifs maritimes particulièrement graphiques. à l’angle de deux maisons s’élève un étrange monument de terre cuite, en fait des castellers grandeur nature en pleine ascension. N’oublions pas que le tarragonais est la terre d’élection de ces tours humaines, symboles de fraternité et d’effort partagé. Le sculpteur, Martí Royo est un enfant du pays.

Une ville close

Sur une toute petite place, encore, une minuscule chapelle s’appuie à la maison adjacente. Les demeures sont harmonieuses et cossues, mais contraintes par l’étroitesse des rues et la parcimonie du soleil. Au détour d’une rue, deux maisons jumelles tutoient elles aussi une petite chapelle baroque, comme s’il fallait toujours un morceau de ciel pour justifier la beauté. Les fenêtres ourlées de blanc se détachent sur le jaune des façades et envoient les chevelures vertes de leurs plantes tombantes à la rencontre de la fougueuse ascension des bougainvilliers fuchsia et mauves qui ensanglantent les murs nus. Pour autant, ici, toute exubérance est contenue par la sobriété de l’architecture fortifiée et la monochromie résolue des pierres.

D’abord romaine

Nous sommes dans une ville close, un microcosme de tranquille beauté. Les anciens remparts sont percés de trois belles portes restaurées et datées. L’ensemble est si homogène que la Generalitat de Catalogne l’a déclaré Bien d’Intérêt National en 1989 ! D’autant qu’Altafulla n’a pas attendu l’an mil pour laisser son nom sur les cartes. Des blocs de pierre de l’époque romaine ont servi à ériger les remparts ! Près de la plage, des fouilles ont mis à jour une villa, celle d’un haut fonctionnaire romain en poste à Tarraco, la Tarragone antique. Elle fait partie de l’ensemble romain de Tarragone que l’Unesco a inscrit en 2000 au patrimoine de l’humanité. Un joyau de plus pour ce village décidément pas comme les autres, situé pile entre les sublimes ruines de Tarragone et l’arc de triomphe de Roda de Berrà. Tout autour du site romain, dans ce paysage qui évoque si fort la campagna romaine, s’étend l’Altafulla moderne avec ses immeubles de standing aux immenses terrasses et ses belles villas blanches. Partout des jardins jaillissants et des rues larges quadrillent la côte presque jusqu’à la mer.

Le quartier des pêcheurs

Huppée, indolente sous le soleil, Altafulla étend son charme à la modernité avec ses grands ronds-points et ses commerces, vivante et bruissante même sous le Mestral.Tout au bord de la mer, au-dessous, bien au-dessous de la ville close imprenable en cas de razzia de pirates venus des terres levantines, s’ouvre un autre quartier. Ici, les pêcheurs stockaient dans un premier temps leurs filets, leurs outils et parfois leurs embarcations dans de petits hangars chaulés, aux toits pointus. Par la suite, ces modestes bâtiments blancs impeccablement alignés sont devenus résidences secondaires ou boutiques branchées, pour la plus grande satisfaction des touristes qui trouvent ici une magnifique promenade maritime frappée au sceau de l’authenticité, loin des allées de palmiers qui ont fait la gloire du genre. Les façades se sont diversifiées au gré des occupants, intégrant des terrasses, des décorations murales, des escaliers. Un simple dallage, un minuscule muret pour signifier au sable et aux vagues les limites de l’acceptable, et le tour est joué. Enfants en vélo et en trottinette, joggeurs, fous de shopping et promeneurs arpentent le bord de mer de l’aube au crépuscule.

Une nature souveraine

Au sud, le regard est happé par une curiosité bâtie à même la plage. Au milieu des sables s’élève le château de Tamarit, qui mélange avec bonheur gothique, baroque et néoclassique et se présente comme une mini-ville close. Il est situé sur la commune voisine de Tarragone mais n’en ennoblit pas moins le geste large de la plage de sable fin et doré, qui ourle les vagues sur plus d’un kilomètre à l’ombre du pavillon bleu. Dôtée d’un club nautique, elle présente toutes sortes d’activités telles que la voile, le kayak ou encore le paddle… Elle se termine par une petite crique, la plage de Canyadell. Paradis des baigneurs dès que l’air tremble sous le soleil, Altafulla a aussi de quoi séduire avec des atouts 100 % nature.

Le Tourisme…

L’embouchure du fleuve côtier Gaià fait partie du réseau des zones humides de Catalogne méridionale et jouit d’un label Natura 2000. Ses canaux et sa forêt fluviale font l’objet d’une campagne de protection destinée à préserver une faune extrêmement riche de petits oiseaux, de lapins, de renards, de putois, de belettes, et même, dans la forêt de pins blancs, d’écureuils. Une merveille pour ceux qui ne craignent pas de marcher, ceux qui aiment capter l’instant dans l’objectif, et tous ceux qui aiment simplement la nature, à savourer à pied ou à vélo, en famille, entre amis ou en amoureux. En dehors du village, dans les premiers contreforts de la montagne, tout près d’une valeureuse tour de guet destinée à protéger les habitants de toute invasion ou saccage venu de la mer, s’élève le joli ermitage de Saint Antoine, érigé en 1717 avec l’aide financière des pêcheurs du village pourtant très pauvres, mais soucieux de se donner toutes les chances de survie en mer et de prospérité. Traditionnellement, les villageois s’y retrouvent le mardi de Pâques pour une fête catalane avec banquet, castells et sardanes.

… véritable moteur

Aujourd’hui la tour a trouvé la version moderne des signaux d’antan et abrite un émetteur qui diffuse plusieurs radios libres de la région. Une reconversion réussie pour une honorable vieille dame ! Longtemps, Altafulla a vécu de l’agriculture, notamment les amandiers, les oliviers et la vigne, de la pêche et du commerce maritime.

Un destin assumé

Aujourd’hui, c’est le tourisme qui constitue le principal moteur économique de cette île enchantée entre Barcelone et Tarragone, avec une offre hôtelière variée de haute tenue et des adresses gastronomiques de premier plan. Le riche agenda culturel, la gamme étendue de l’offre sportive, le cadre naturel somptueux et la beauté du patrimoine agissent sur le visiteur comme un philtre puissant. Altafulla sait se rendre désirable en toutes saisons.

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