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BEGUR, FILLE DES ÎLES

02 Avr BEGUR, FILLE DES ÎLES

Bien cachée derrière des montagnes plantées de pin serrés, plissées de buttes et de ravins qui l’isolent de la plaine de l’Empordà, Begur semble avoir choisi son camp de toute éternité. Un camp bleu et profond comme l’immensité et l’infinité de ses possibles : la mer.

Il faut dire que le cadre a de quoi séduire. à partir de la colline sur laquelle se hisse le village, loin des dangers venant du large, des caps rocheux partent à l’assaut de la haute mer. Ils plantent dans la Méditerranée leurs doigts de pierre ocre, écartés comme une main tendue, bagués de pins parasols et de sentiers étroits. Ils ouvrent ainsi aux flots de larges fjords où s’engouffrer et créer des plages secrètes, blotties dans les rochers, apparemment inaccessibles. Ici, les criques se succèdent dans un crescendo de beauté, reliées par un chemin de ronde pittoresque, souvenir d’une époque où le danger pouvait venir de la mer et des razzias barbaresques, mais aussi de temps de guerre et de contrebande encore proches. Il offre aux heureux promeneurs une excursion en technicolor et des descentes inoubliables jusqu’au ras des vagues le long de sentiers escarpés ou d’échelles vertigineuses. Au printemps, le spectacle est irisé par des centaines de fleurs sauvages qui s’invitent dans la moindre anfractuosité. à Begur, parcourir l’intégralité du chemin de ronde est un must et en toutes saisons on s’y bouscule. Après la petite Platja del Racó, Illa Rotja offre sa petite île rougeâtre et ses 200 mètres de sable fin à ceux qui n’aiment pas les marques de maillot et leur préfèrent la caresse intégrale du soleil sur la peau. Puis vient la grande plage, la plus touristique, Sa Riera, coupée en deux par la rivière qui lui donne son nom. Elle est flanquée de deux minuscules calanques et ornée de quelques maisons de pêcheurs devenues logements de villégiature. Un peu plus loin, la très chic Aiguafreda est surmontée du Puig Rodó et défendue par la Punta del Plom et le Cap Sa Sal, véritables gardiens de pierre. Sa Tuna reste la plus sauvage et la plus boisée, pratiquement à fleur de pinède, mais c’est Platja Fonda qui reste la plus singulière avec son grand escalier et sa belle virginité de sable épais. Fornells enfin, qui ne déparerait aucune carte postale d’outre-mer, est un charmant mini-port de plaisance qui loue à l’année un orchestre de choc, le vent qui fait chanter l’ample corolle des pins. Le petit port d’Esclanyà, le charmant hameau médiéval qui se cache dans la garrigue, clôt la marche. Dans ces huit criques magnifiques, les amoureux du soleil sont toute l’année à l’affût du moindre rayon.

La brise des tropiques

Surfeurs, amateurs de kayak, de paddle surf ou de snorkel, plongeurs et amoureux des bateaux effeuillent joyeusement dans le glissement soyeux des eaux un éphéméride local qui ne ressemble à aucun autre : à Begur on célèbre l’été en toutes saisons. Côté terre, la vieille ville médiévale est toujours couronnée de son imposant château en ruines, littéralement posé sur un socle de roche, encerclé de verdure, dont subsiste une tour unique, vestige perdu des temps de guerre. Les rues qui y donnent accès ont les courbes, l’étroitesse et la pente caractéristiques de l’urbanisme médiéval. Les tours de défense, destinées à prévenir les habitants d’une éventuelle arrivée de pirates barbaresques, se dressent encore çà et là comme la tour de Sant Marquès et la tour de Sant Ramon, ou celle de chez Pellas et Forgàs. Sur la petite place de l’hôtel de ville du plus pur style americano, les murs conservent le souvenir de siècles de commérages autour du marché au poisson, dans le plus pur catalan de l’Empordà (Salat), « es cantó del peix ».

Des terres fauves

L’église, de style gothique tardif a quelque chose de martial. Mais l’originalité de Begur, enracinée dans cet héritage de l’Empordà qu’elle partage avec Pals ou Peratallada, est ailleurs. De tout temps, la ville a regardé vers le large : longtemps, ses aventuriers se sont risqués dans les profondeurs pour y glaner l’or rose, le corail, jusqu’à ce que les marchés n’en soient littéralement trustés par l’Italie. Quand le phylloxéra et les guerres coloniales ont sonné la corne de brume, jeunes viticulteurs et travailleurs de l’industrie du liège (on en dénombrait six cents dans Begur) ont tracé vers le Nouveau Monde. Certains sont revenus, fortune faite, pour vivre la fin de leurs jours sur leur terre natale, y construire écoles et hôpitaux et lui apporter un peu de cette douceur de vivre des tropiques découverte outremer. Leurs demeures à colonnades blanches, ornées de bougainvillées et de riches fresques, donnent à la ville une physionomie particulière de fille des îles, et un rythme alangui qui invite aux vacances. Ne manquez pas Can Sora et ses peintures murales qui représentent des paysages cubains, le mas Carreras, qui semble tout droit sorti des alentours de La Havane, la maison Termens avec ses ferrures, ses piliers cannelés et ses moulures, la maison du Senyor Puig avec ses panoramas d’outre-mer ocres et bleus, ou le Casino culturel créé en 1870 par les « Indians » eux-mêmes. Il suffit de se laisser aller au charme des rues pour croiser cette architecture hybride qui répond si bien au syncrétisme naturel du modernisme et donne à Begur une nonchalance particulière. Et l’arrière-pays est de la fête avec ses collines odorantes et son hameau médiéval d’Esclanyà, ancien fief des seigneurs de Cruïlles qui garde les vestiges d’une église romane du Xe siècle et une belle tour crénelée du XVIe, haut-lieu d’excursions et de pique-nique. à proximité également, l’ermitage Sant Ramon, une charmante petite chapelle chaulée qui n’est pas sans rappeler Notre-Dame de La Salette à Banyuls-sur-Mer et qui récompense ses pèlerins du jour par une vue splendide. Les montagnes de Begur, dominées par le Puig de Son Ric (325 m) avec leur falaises et leurs vallées serrées, favorisent la survie d’espèces végétales endémiques. Elles sont couvertes de bois épais de pins maritimes et de chênes lièges typiquement méditerranéens. En longeant la côte, on découvre des eaux dont l’incroyable pureté a permis l’installation d’immenses herbiers de posidonie et de nombreuses populations de mérous et de homards. à pied ou en VTT, les environs de Begur offrent toute une série d’itinéraires praticables en toutes saisons, qui prolongent les routes proposées dans la ville sur les pas du patrimoine indien, du poète Joan Vinyoli – à qui Begur a inspiré quelques-uns de ses plus beaux poèmes – ou ceux de la grande danseuse de flamenco Carmen Amaya qui termina ses jours ici. Begur a quelque chose d’ensorcelant, parce qu’elle est multiple, comme si la mer y avait plusieurs visages. Dans tout le village, des restaurants de charme célèbrent les noces de l’Empordà et de Cuba avec une cuisine joliment métissée qui sublime les produits du cru. Tous les printemps, la campagne gastronomique du poisson de roche entraîne les papilles dans un maelström de fraîcheurs iodées. Ici les « mar i muntanya » et les suquets d’anthologie sont en majesté, accompagné des vins puissants de l’Empordà. Ne cherchez pas les lointains, Begur vous les apporte sur un plateau : la jolie sirène indienne n’a pas son pareil pour jouer avec les espaces et parler d’aventures et d’exotisme à l’oreille de ses visiteurs pour mieux les prendre dans ses filets.

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