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CASTELL DE SANT FERRAN, « LA BELLE INUTILE »

05 Oct CASTELL DE SANT FERRAN, « LA BELLE INUTILE »

Première forteresse après la frontière d’état instituée par le Traité des Pyrénées, le château de Sant Ferran impressionne par ses incroyables dimensions, beaucoup plus vastes encore que celle de l’immense château de Salses !

Jusqu’en 1659, date de la signature du Traité des Pyrénées, la Catalogne était défendue au nord par la belle forteresse du Perthus, le Fort de Bellegarde, que Vauban n’avait pas encore modifiée et qui était considérée comme un fleuron de l’art militaire espagnol. Elle n’était cependant que la deuxième ligne de défense face à l’envahisseur français après l’imposante forteresse de Salses située sur la frontière nord du royaume d’Espagne, au niveau des Corbières. Une fois le Fort de Bellegarde passé à l’ennemi, et donc en quelque sorte retourné contre la plaine de l’Empordà, le nord du Principat devient extrêmement vulnérable, aussi parait-il urgent de le doter d’un appareil défensif efficace capable d’arrêter une incursion française. Pendant les siècles précédents, les armées françaises n’ont en effet cessé de passer les Pyrénées ! Juste à l’entrée de Figueres s’élève alors, sur une butte toute proche de la ville, le couvent des Augustins. Qu’à cela ne tienne, il sera déplacé pour permette aux ingénieurs et architectes royaux Pedro Martin Zermeño et Juan Martin Zermeño d’édifier ce qui est à ce jour le plus grand monument de Catalogne. Le château occupe en effet 32 hectares pour un périmêtre de plus de 3 kms. énorme ! Edifié entre 1753 et 1766, au moyen d’un chantier qui a duré treize ans, il a mobilisé 4000 ouvriers et a transformé durablement la population de Figueres où nombre de ces travailleurs se sont fixés. Il est baptisé Sant Ferran en hommage au roi Ferdinand VI et promis à un glorieux destin. Il faut dire que l’ouvrage est impressionnant. Par l’extérieur, il faut parcourir 3,125 km pour en faire le tour. Par l’intérieur, malgré l’incroyable épaisseur des remparts et des fossés d’une superficie de plus de 10 ha, il faut marcher plus de 2 km avant de revenir à son point de départ.

Des échecs cuisants

Autour de la très vaste place d’armes qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer celle de Salses, les remparts sont hérissés de 89 casemates, tandis que les 8 citernes destinées à approvisionner l’ensemble en eau potable présentent une capacité totale de 1200 m3, presque un lac intérieur ! Six fortins et des écuries capables d’accueillir 3 escadrons soit 450 cavaliers complètent cet ouvrage colossal capable de loger une garnison de 4000 hommes, une vraie ville, plus importante que le Figueres d’alors. à peine étrenné, l’imposant château va se trouver confronté aux vents de l’histoire. Tout ne va pas se passer aussi bien que pourraient le laisser augurer ses dimensions et son ambition affichée. Tout commence en effet pour lui par une piteuse capitulation, après quelques jours de siège à peine, face aux armées révolutionnaires de la Convention, en 1792. Les Français, peu cléments, trouvent un surnom à cette forteresse énorme mais somme toute facilement prenable : « la belle inutile ». La légende noire est en marche ! Plus tard, ce sont les armées napoléoniennes, fortes de 10000 hommes, qui l’occupent pendant dix ans. Deux échecs cuisants de la belle forteresse qui colleront à tout jamais à sa mémoire et lui vaudront de conserver le surnom maudit inventé par les Français !

Caserne et prison

Au XXe siècle, en l’absence – jusque-là inédite – de guerres extérieures et de conflits avec la France, la forteresse, transformée en immense caserne, vivote comme garnison frontalière jusqu’à la terrible guerre d’Espagne. Son seul titre de gloire sera paradoxalement lié à une défaite. Pendant la guerre d’Espagne, elle sera le cadre de la dernière session du parlement républicain, le 8 février 1939, avant l’exil définitif des politiques vers la France toute proche et la destruction de tous les documents dont aurait pu se servir le pouvoir franquiste. Sous la dictature, elle deviendra une redoutable geôle qui abritera nombre d‘objecteurs de conscience et de prisonniers politiques. Une fois la démocratie restaurée, après 1975, elle continuera sa fonction de prison. Elle abritera même le Major Tejero, sinistre franquiste, qui y sera emprisonné quelques années après son coup d’état raté aux Cortes de Madrid. Rien, en somme, qui corresponde au glorieux destin militaire auquel elle semblait promise, comme si Sant Ferran était passé à côté de son destin. Enfin, en 1997, la forteresse ouvre ses portes au public et propose un certain nombre de visites thématiques passionnantes dont la star incontestée porte un titre évocateur : la cathédrale de l’eau. Il s’agit de parcourir les 2,5 km de douves à bord de véhicules tout-terrain et de zodiacs, toute une aventure. Attention, la visite est assez sportive et n’est pas possible pour tous ceux qui souffrent de claustrophobie (une partie du parcours est souterraine), ceux qui ont une mobilité réduite, et même, les femmes enceintes ! Elle est toutefois inoubliable, parce qu’elle permet de prendre toute la mesure du gigantisme de l’enceinte tout en offrant une expérience vraiment insolite. La citerne principale, située à 8 mètres au-dessous de la place d’armes, évoque un lac fantastique ! Autre émotion, carrément contraire, la promenade vertigineuse sur les chemins de ronde qui dominent la plaine et font face à la ligne des Pyrénées et au Canigou. Au choix on peut aussi visiter les six fortins et tous les équipements adaptés à la vie quotidienne d’une colossale garnison pensée pour vivre en autarcie. Parfaitement conservée, cette forteresse moderne, qui reste la plus grande d‘Europe, dégage une impression de puissance qui saisit le visiteur. à l’intérieur de l’enceinte, un itinéraire audioguidé regroupe quatorze points d’intérêt, pour tout voir en un minimum de temps. Un conseil, quel que soit votre choix, partez en visite comme on part en excursion, avec de bonnes chaussures de marche !

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