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CHÂTEAU DE MONTSORIU : UNE MERVEILLE RARE

31 Mai CHÂTEAU DE MONTSORIU : UNE MERVEILLE RARE

Dans un pays où presque toutes les forteresses ont été démantelées après la guerre de conquête menée par la Castille en 1714, sous le commandement de Philippe V, le château de Montsoriu est à la fois une merveille et une rareté.

Il s’agit en fait du plus important château gothique de Catalogne, campé au milieu du massif du Montseny, à 632 mètres d’altitude. On ne sait pas trop d’où vient son nom, mais l‘étymologie proposée par le grand linguiste Joan colomines est belle et poétique « El Mont Soliu », le mont solitaire. Et solitaire, il l’est ! étrangement isolé du monde par le cercle des montagnes couvertes de chênes, à des lieux de nos grands axes, il voit pourtant la mer, au loin, et par temps clair, les tours génoises qui veillent sur la côte.

Une leçon d’architecture militaire

Il fût le témoin silencieux de cette Catalogne intérieure, si intrinsèquement féodale, tendue vers la conservation du territoire, déchirée par ses luttes entre nobles, que l’on connait sans doute moins que les deux autres. Moins que celle de la Catalogne qui attend la bataille de Muret (1213) pour renoncer aux terres occitanes de ses vassaux et moins que celle de la Catalogne qui poursuivit outremer, et par la conquête, son rêve méditerranéen, faisant de l’époque gothique son âge d’or. Pour le château de Montsoriu, appelé à régner sur un vaste territoire qui s’étend de Blanes à la plaine de Vic, en passant par Hostalric et Breda, soit une paretie de la région de l’Osona, du Vallès et de la Selva. Tout commence en 1002 quand Giscafred donne un alleu au monastère de Sant Cugat del Vallès, qui a son tour le cède au comte de Girona, dont la fille épouse Guerau Ier de Cabrera, représentant d’une lignée qui va conserver le fief pendant des générations. En 1285, soit trois siècles plus tard, le grand chroniqueur de Jaume Ier, scribe de la conquête de Majorque, parle même du château dans ses écrits, un insigne honneur : « En Vallés il y a le château de Montsoriu qui est un des plus beaux et des plus nobles du monde ». C’est l’apogée avant la chute. Un siècle plus tard se noue en effet une authentique tragédie. Suite à une sombre affaire de complot ourdi par Eléonore de Sicile et le clan aragonais, le seigneur du lieu, le vicomte de Cabrera est décapité. Son fils, Bernat IV, pourra récupérer ses biens mais la révolte des serfs Remences, en 1462, sonnera le glas de sa grandeur et son entrée en décadence. Dès lors, le château sera vendu plusieurs fois et tombera peu à peu en ruine.

Légendaire…

Sur la petite route sinueuse route qui mène d’Arbúcies au lieu dit Fogueres de Montsoriu, il ne faut pas rater le petit parking en contrebas, assez timidement signalé. C’est d’ici que s’élance le chemin vers le château, une piste carrossable abrupte, interdite aux véhicules. Quarante minutes de marche vous attendent pour parcourir presque trois kilomètres dans les odeurs de garrigue et les chants d’oiseaux avant le choc. Sur son piton, le château est énorme, aussi grand qu’un petit village, resserré dans ses formidables remparts. On se demande immédiatement par quel miracle ses bâtisseurs ont pu transporter les pierres qui le constituent. Il faut dire qu’il comporte trois enceintes concentriques. Autour du donjon initial du tout premier château-fort, construit à la fin du Xe siècle et de sa petite chapelle préromane, une nouvelle enceinte a été construite autour de 1200, avec l’adjonction devant l’entrée principale d’une cour d’armes et d’une salle d’apparat gothique, d’une tour carrée, de douves veillées par deux tours cylindriques creusées de meurtrières et d’une deuxième chapelle. En 1347, le vicomte Bernat de Cabrera, transforme le château militaire en château de résidence.

…et préservé

Il est alors équipé d’une salle à manger, de citernes, d’une deuxième salle d’apparat au-dessus de la salle gothique avec fenêtres et cheminées. Pourtant, les murs ont un mètre cinquante d’épaisseur, et les chemins de ronde montrent que la vocation défensive n’a en rien disparu ! Plus tard, une citerne en marbre de Gualba apportera sa beauté à la cour d’armes. Ce qui est formidable, à Montsoriu, c’est que ces changements architecturaux sont clairement lisibles. Mélange étrange de raffinement et de force, le château de Montsoriu est aussi un haut lieu de légendes populaires pour les gens du Montseny. On dit qu’à chaque nuit de la Saint Jean, quand les cloches sonnent minuit, une dame nue apparait en haut de la « Tour des Heures », une lanterne allumée dans une main et un cor de chasse dans l’autre. Dès qu’elle en joue apparaît sur le col de Castellar (non loin du parking où vous avez laissé votre voiture) un cheval de feu qui enlève la dame et s’enfonce dans la nuit. Autre légende : Non loin du château on voit encore l’empreinte du pied de Dame Guilleuma, âme damnée et maléfique, qui se jeta dans les gorges du gouffre noir de Gualba après avoir reçu l’eau bénite apportée par l’évêque. Grâce à l’action conjuguée de l’Association des Amis du Château (fondée en 1992 !), du Consell Comarcal de la comarca de la Selva, des communes d’Arbúcies, Breda, Riells, et Sant Feliu de Buixalleu, du Museu Etnològic del Montseny, de la Generalitat de Catalogne et de l’ancienne propriétaire, la família de Ribot, le château a retrouvé une partie de sa splendeur d‘antan et constitue un lieu de visite passionnant. Tout n’est d’ailleurs pas fini puisqu’une grue se dresse encore au-dessus des créneaux !

Lors des campagnes de fouilles qui ont accompagné la restauration, on a découvert de sublimes pièces de céramique, des vaisselles bleues et blanches raffinées aux motifs végétaux et animaliers d’une modernité incroyable, des cuillères de belle facture et même de jolies verreries qui sont visibles au Musée d’Ethnologie du Montseny « La Gabella » à Arbúcies. Malgré ces légendes lugubres, et le souvenir que doivent garder les montagnes des luttes d’autrefois, le château de Montsoriu est infiniment paisible, grandiose sur son piton, et témoigne à sa façon de la puissance médiévale de l’une des plus vieilles nations européennes.

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