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Collioure en hiver : Instants « d’insolitude »…

01 Fév Collioure en hiver : Instants « d’insolitude »…

Collioure en hiver, silencieuse et harmonieuse. Délivrée de la foule, portée par son « insolitude », Collioure brille à contre-courant et toujours surprend. Entrez dans les coulisses d’une ville qui sait aussi faire l’éloge de la lenteur.

Coll. C’est le surprenant prénom qu’une Américaine a choisi de donner à son fils. Tombée en amour pour le berceau de la Côte Vermeille, elle a ainsi fait traverser l’Atlantique à la perle de la Méditerranée : Collioure. Cette petite anecdote dit à elle seule la renommée internationale du port de pêche catalan. Alors aujourd’hui, écrire sur Collioure, en vanter ses charmes et ses trésors reviendrait à composer un des portraits les plus classiques, tant Collioure a été peinte et repeinte. Par les plus grands artistes. Par les Matisse, les Derain, les Dufy, les Picasso et tant d’autres. Les Cubistes comme les Fauves y ont capturé l’extraordinaire luminosité des couleurs. Écrire sur Collioure en deviendrait presque banal, tellement la cité a été citée et félicitée pour sa beauté naturelle. C’est donc de « l’autre Collioure » dont nous parlerons. La « Collioure en hiver », celle qui échappe aux pages des guides touristiques, celle qui se vide de ses hordes de vacanciers, celle qui s’éteint de ses feux d’artifice et se libère de ses libations festives. Nous vous invitons à une promenade hors saison, une déambulation qui augmentera votre capacité à accueillir cette autre Collioure. Avec lenteur et disponibilité. Sans se laisser brusquer par le bruit, sans se laisser bousculer par les effluves saturés de snacks à la va-vite… Parce que c’est en hiver que Collioure se prête finalement le mieux à la flânerie. Une partie plus qu’honorable des restaurants continue à vous accueillir afin de recharger les batteries après vos lentes vadrouilles. Les magasins, eux, s’illustrent plus par leurs stores baissés. Indémodables et indétrônables des rendez-vous authentiques, le Café Sola et l’institution des Templiers. C’est ici que l’on vient encore taper le carton et lever le coude. Pour « un fil » (comprenez un petit jaune) et parfois même un vermouth, pour les plus Catalans du cru. Il fut un temps, on y croisait les grands peintres. Aujourd’hui, on se contente d’en admirer les œuvres sur les murs des Templiers ou les reproductions qui jalonnent la cité. On cause pétanque, météo et rugby. L’hiver, on est entre-soi. Finalement, c’est inhabité par ses touristes que le port ouvre ses plus beaux horizons, que les plages se prêtent aux plus fortes des expériences sensorielles. On se délectera du sable vierge de la plage du Port d’Avall, petite étendue de « sorra fina » comme disent les Colliourencs. Il suffira alors de ramasser un bâton de bois flotté pour inscrire quelques lettres sorties de son imagination. Du côté de la plage du Boramar, on glanera quelques beaux galets roulés pour les lancer en ricochets sur l’onde pure de la baie. Plus loin, sur la plage nord, au pied de la chapelle, on se laissera éclabousser par le ressac sur les rochers escarpés.

L’inventaire du silence

Pas d’attroupement, pas de voitures en quête de places de parking, pas de cohue devant les boutiques, ni de files d’attente devant les terrasses de restaurants. L’hiver, Collioure retrouve ses subtilités, sa sérénité et son honnêteté. On y respire mieux, on y voit mieux, on y découvre et redécouvre ces petits détails étouffés par le trop-plein du succès estival. En longeant le Château Royal, on lèvera les yeux sur la colline au-dessus de la plage de la Balette. On cherchera sur la colline verdoyante, le délicieux kiosque autrement appelé « La Gloriette ». Une étrange construction de style mauresque qui servait de reposoir et de fumoir à l’actrice Arletty lors de ses séjours à Collioure, avant ou après un passage par le comptoir des Templiers. De la Gloriette, Arletty pouvait embrasser toute la baie de Collioure de son regard amoureux. Toujours sur la même colline, un autre élément singulier attire l’œil : le moulin. Selon la position du soleil, on ne distingue même pas ses ailes. En fin d’après-midi, les pales crèvent la rétine et racontent la trituration des olives et l’élaboration d’une huile 100 % faite maison, made in Collioure. Le luxe absolu d’un après-midi d’hiver à Collioure réside toutefois dans la promenade solitaire sur la jetée qui mène au phare vert derrière la Chapelle Saint-Vincent.

Pirater les plaisirs

minuscules

Quand le pas claque dans la flaque à peine déposée par les vagues, quand personne ne vient troubler l’égoïste trajectoire, alors l’expérience touche à l’infini. S’offrir un aller-retour à dos de jetée, simplement, sans attendre, sans s’excuser de vouloir passer. On ira alors s’asseoir sur les marches de la Chapelle construite en 1701 pour l’arrivée des nouvelles reliques de Saint-Vincent qui, selon la légende, aurait subi le martyre sur ce même rocher… Bonheur à contretemps. On prendra encore le temps d’arpenter les ruelles toutes proches en montant par la bien nommée rue Bellevue et en poursuivant par celle de la Caranque. Par les escaliers fantômes d’un hiver bleu métallique, on s’offrira les plus belles perspectives sur le bleu roi de la mer en contrebas. En mode pirate, à fleur de roche, dans le vide d’une saison pleine de surprises, Collioure pratique l’art du recel. Sans crier gare, en redescendant par la rue de l’Égalité, à l’angle de la rue de la Fraternité, une vierge à l’enfant vient court-circuiter la promenade. Perchée sur une passerelle, volée en 1997, elle n’est malheureusement qu’une copie.

Promenades méditatives

Ce qui ne l’empêche pas de distiller sa bienveillance dans le bleu ciel de son reposoir. Combien sont-ils à l’ignorer durant la saison estivale ? Elle, comme les petites mosaïques représentant des« caganers », comme les latrines en briques rouges suspendues à flanc d’église. Autant Collioure brille par son allure générale, autant ce sont ces petits détails qui viennent parfaire son aura. Prendre le temps, se laisser imprégner par le silence immobile. Et s’aventurer dans l’arrière-décor du Faubourg, ce quartier en lisière du Port d’Avall. Profiter de la seule épicerie, de l’unique boulangerie et du marchand de légumes. Et puis, longer la promenade jusqu’au temple protestant… S’arrêter, entrer et comprendre l’histoire singulière de cet édifice construit par le célèbre architecte danois Viggo Dorph Petersen, à qui l’on doit entre autres le château de Valmy, le château du Parc Ducup ou encore le temple protestant d’Amélie-les-Bains. Comprendre que les habitants du Faubourg, de pauvre condition, adhéraient aux alentours de 1906 au protestantisme. Contrairement aux « nantis » de l’autre partie de la cité. Ainsi, saisir l’âme de Collioure en hiver, relèverait un peu de la méditation. à ces nourritures de l’esprit, il ne saurait toutefois manquer le sel de Collioure, celui qui sert à anoblir le poisson bleu : l’anchois.

Instants de poésie éternelle…

Véritable star des lieux, l’anchois est vendu en précieux pots par les deux grandes maisons du cru : Desclaux et Roques. S’offrir ce plaisir frétillant sans faire la queue, en savourant les histoires familiales des deux maisons, viendra parfaire le goût d’un Collioure bien ancré entre les quatre barres de sa catalanité. Loin du bavardage estival, Collioure en hiver a l’art et la manière de faire passer son mythique clocher au rang des moments existentiels… On profitera ainsi peut-être encore de la sérénité hivernale pour replonger dans la fameuse « Théorie érotique du clocher de Collioure » imaginée par l’artiste MA2F. à partir de la forme phallique et suggestive du clocher, l’artiste a en effet laissé vagabonder l’imaginaire collectif et fait de ce clocher le plus érotique des monuments. Selon MA2F, ce clocher-là est hermaphrodite…

Creuset de poésie

Mais ce n’est qu’une question de « points 2 vue », du nom de ces installations qui mettent en scène l’édifice emblématique de Collioure au moyen de sculptures identiques en forme d’encadrements vides. Objectif: mettre en valeur le clocher à travers un itinéraire de 12 haltes. Et parce que Collioure est naturellement creuset de poésie, il est impossible de la quitter sans faire un clin d’oeil à Antonio Machado, poète andalou au « regard d’ombre ». Ayant fui le franquisme, c’est à Collioure qu’il s’est exilé et qu’il est mort en février 1939. Sa tombe présente depuis de nombreuses années la particularité d’être scellée à une boîte aux lettres. Une initiative de Manolo Valiente aussi incroyable qu’originale puisque le célèbre défunt y reçoit encore la correspondance de ses admirateurs « en poste active ». Une boîte aux lettres qui donne un souffle à l’au-delà, un sens inespéré au cimetière, une foi épistolaire entre le post-mortem et l’ici-bas. Collloure dans toute son élégance.

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