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Hôtel Pams : une pépite Art Nouveau

04 Fév Hôtel Pams : une pépite Art Nouveau

Situé en plein centre ville de Perpignan, l’Hôtel Pams est une pépite Art Nouveau, une enclave résolument française qui raconte l’histoire dorée de l’industrie nord-catalane au tournant du XXe siècle et les rêves de grandeur de sa bourgeoisie.

En 1852, l’industriel Pierre Bardou, fils de Jean Bardou qui fonda en 1849 la marque de papier à cigarettes JOB, achète, à Perpignan, dans ce que l’on appelle à l’époque le quartier Saint Sauveur, une première maison qui sera l’embryon de l’Hôtel Pams.En 1872, il acquiert toutes les maisons limitrophes qu’il fait raser afin de pouvoir y installer son usine. Il meurt en 1892. Sa fille, Jeanne, est alors l’épouse de Jules Pams, l’un des hommes les plus en vue de l’hexagone, successivement député, sénateur puis ministre. Ensemble, entre 1896 et 1902, et sans limite budgétaire, ils vont faire de la vieille demeure un rien campagnarde un élégant hôtel particulier, miroir éclatant des toutes dernières modes parisiennes. L’architecte Léopold Carlier, particulièrement actif en Languedoc est chargé de cette métamorphose éclatante. L’Hôtel Pams devient un épicentre de la vie mondaine et bourgeoise de Perpignan. Devenu veuf depuis 1916, Jules Pams épouse en secondes noces Marguerite Holtzer qui parachèvera l’œuvre en rehaussant notamment le jardin, initialement en rez-de-chaussée. Immense, la maison possède un grand garage en sous-sol, des cuisines, des offices, et jouxte l’usine où l’on fabriquait le fameux papier au losange. De l’extérieur, on note une belle enfilade de fenêtres cossues et la beauté de la porte massive au heurtoir impeccable, et l’imposant volume des trois étages. Rien, pourtant ne prépare le regard à la splendeur monumentale du vestibule de marbre, orné d’un bronze de Raymonde Maldes « Le temps passé » et d’un très beau portrait de femme, celui de la maîtresse des lieux, en robe noire aux manches de tulle, qui semble encore accueillir les visiteurs comme elle a dû le faire tant et tant de fois. Les colonnes de stuc en imitation de marbre rouge donnent le ton d’une décoration baroque digne d’un palais. Le marbre du sol, explosé en petits éclats, dessine des motifs de trencadís et joue sur les surbrillances autour d’un motif central qui dispose deux carrés en étoile. Sur la droite, l’escalier monumental de stuc et d’onyx, ourlé d’une somptueuse rampe de fer forgé particulièrement ouvragée, se déploie le long d’une fresque murale grandiose représentant l’arrivée triomphale de Vénus, signée du toulousain Paul Gervais, un peintre très prisé à l’époque. Les salons du premier étage s’organisent autour d’un puits de jour au somptueux décor végétal très art-nouveau et d’une série de fresques représentant des épisodes maritimes de l’histoire de Port-Vendres, où d’ailleurs, le couple possédait une jolie maison de villégiature qui abrite aujourd’hui les collections du musée. Le salon le plus élégant de l’étage, lambrissé, est devenu le lieu où la ville de Perpignan reçoit ses invités les plus prestigieux et depuis peu, un haut-lieu de tournages. Autour d’un second vestibule monumental s’ouvrent une grande salle de réception ornée d’une vaste cheminée et de lambris de chêne et la beauté singulière d’une terrasse devenue jardin suspendu, longée d’une belle galerie à colonnades. à l’entresol, on devine des pièces plus ancillaires, et notamment les cuisines et la buanderie. Au milieu de l’espace joliment carrelé chante une fontaine carrée au bassin en forme de conque qui sert d’abreuvoir aux moineaux et aux pigeons. 

Miroir fidèle des enjeux sociaux

Cyprès et hortensias apportent à l’épure des lieux le mouvement de leurs feuillages sous la tramontane et confèrent à l’ensemble une touche méditerranéenne. Les toits en terrasse sont ornés de balustres si bien que l’ensemble des corps de bâtiment, avec ses trois étages, prend des allures de manoir urbain. Une statue de femme aux bras levés, qui n’est pas sans évoquer les rondeurs généreuses d’un Maillol, orne un angle de ce patio : il s’agit de la « Vénus à la myrte » de Victorien Bastet. Dans une sorte de petit temple délimité par deux colonnes au décor de mosaïque dorée bordé d’une frise bleu turquoise, s’élève la statue du dieu Pan ici représenté dans toute sa grâce de jeune éphèbe, sa flûte à la main. Les lieux respirent une sérénité tranquille, on sent qu’ils ont été pensés pour le plaisir de leurs heureux habitants et s’ils respirent l’hédonisme, ils ne manquent pourtant pas d’évoquer l’insularité silencieuse des cloîtres d’abbaye… Le deuxième étage, noble, accueillait autrefois chambres et bureaux et offre ainsi plusieurs grands balcons donnant sur le patio. On est saisi par l’immensité des lieux, le nombre incongru de fenêtres, les vitraux frappés du monogramme Job et la pertinence du puits de jour qui donne vie et lumière à l’ensemble, et permet une circulation fluide. Et pourtant, l’hôtel Pams n’a pas été simplement pensé pour le plaisir de la résidence. Derrière la grande pièce à la cheminée s’ouvre une énorme verrière qui est en réalité une nef d’usine. Autrefois, c’est là que les ouvrières travaillaient dans le joyeux brouhaha que l’on peut imaginer, à relier en livret les précieuses feuilles de papier à rouler de marque Nil ou Job. Ainsi juxtaposait-on sans toutefois les mélanger deux réalités sociales bien distinctes du Perpignan industriel d’avant 1939.

L’Hôtel Pams est ainsi un témoin précieux en termes architecturaux et plastiques mais aussi un miroir fidèle des enjeux sociaux portés par l’usine. En 1946, après de nombreux déboires et le désastre de la guerre, Marguerite Holtzer, la seconde épouse de Jules Pams décédé en 1930, décide de vendre l’ensemble à la Ville de Perpignan, qui y installe ses services les plus prestigieux, comme la bibliothèque municipale. Pendant des décennies, tous les mois de septembre, les photoreporters de Visa pour l’Image seront accueillis dans ce lieu emblématique et feront du patio leur quartier général dans un entrelacs joyeux de langues et de rires. Aujourd’hui, l’Hôtel Pams, devenu municipal, ouvre ses portes au grand public pour des visites, ou plus largement pour des manifestations ciblées. Lors des Journées Européennes du Patrimoine, il attire tous les ans une foule de curieux qui reviennent émerveillés de ce voyage dans le temps.

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