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LA CITADELLE DE ROSES

09 Juil LA CITADELLE DE ROSES

Etrangement, ce sont les Français, qui à force de sièges, et trompés par le fait que l’ensemble fortifié semblait loin de la ville, ont qualifié de « citadelle » ce qui est en fait une ancienne place-forte.

En fait, il s’agit de l’ancien village de Roses entouré de ses remparts. Jusqu’au XVe siècle, il n’y avait sur la colline que le monastère bénédictin de Santa Maria, autour duquel des villageois s’étaient établis, une naissance de village tout à fait classique. Il faut donc attendre 1543 pour que le roi Charles Ier, conscient qu’il s’agit d’une base stratégique proche du Roussillon, et soucieux de protéger le village des nombreuses razzias barbaresques, décide de le fortifier. Premier acte de cette transformation, l’architecte Luis Pizaño construit le fort de la Trinité sur la pointe de la Poncella, à 60 m au-dessus du niveau de la mer. Le toponyme est emprunté à un ermitage détruit pour l’occasion. En 1552, toutefois, les choses se précisent avec l’érection des remparts circulaires défendus par de nombreux fortins. Entre temps, Roses, qui appartenait jusque-là aux Comtes d’Empúries, commence à revêtir une importance certaine pour la couronne espagnole, car la situation géographique de la baie, en plein cap de Creus, lui permet de compléter les fortifications de Port-Vendres et de Collioure toute proches, puisque la frontière proprement dite se trouve au niveau des Corbières, autour de Salses. Au XVIIe et XVIIIe siècle, chaque occupant, qu’il soit espagnol ou français, apporte son lot de transformations et d’agrandissements, mais surtout, Roses a rendez-vous avec la Grande Histoire, pendant la guerre des faucheurs, en 1640. La garnison locale reste fidèle à Philippe IV, une rareté dans la Catalogne d’alors, plutôt massivement acquise aux Habsbourg, avant que le Traité des Pyrénées ne vienne confirmer sa nouvelle vocation de défense, car désormais, Roses se trouve juste au sud de la frontière. De temps en temps, les Français s’en rendent maîtres au hasard des incursions. La guerre de Succession d’Espagne confirme cette insolite fidélité aux Bourbons (1702-1715), en particulier pendant la guerre de la Quadruple Alliance, qui vit L’Espagne affronter le France, le Saint Empire Romain Germanique, les Provinces-Unies et l’Angleterre. Enfin eut lieu le siège de 1795, mené par les révolutionnaires français. Convaincue que l’ère des guerres était terminée, la population, très à l’étroit dans les remparts, et rassurée par la cessation des razzias des sarrazins, commença à s’installer hors les murs, considérant que les ouvrages défensifs n’avaient plus lieu d’être ! C’était compter sans les guerres napoléoniennes, particulièrement violentes en Espagne, qui virent les soldats de l’Empire occuper la place de 1808 à 1814 ! Ensuite, la citadelle, dépeuplée, laissée à l’abandon, se dégrada lentement au fil des décennies jusqu’à ce que la mairie de Roses puisse l’acquérir, la restaurer partiellement, l’ouvrir enfin au public et créer, en partenariat avec la Diputació de Girona et la Generalitat de Catalunya, l’espace culturel de la citadelle, dûment inscrit aux Biens d’Intérêt National, ce qui serait en France la liste des Monuments Historiques. L’espace fortifié s’inscrit dans un vaste pentagone irrégulier de 17 hectares présentant un diamètre de 1 km de long, autour duquel s’organisent, comme souvent dans les ouvrages modernes, deux lignes de défense concentriques.

Une énorme place-forte

D’abord un large fossé et un glacis, puis, des murs en talus, de 9 mètres d’épaisseur, renforcés à l’intérieur par de puissants contreforts et des terre-pleins. Deux énormes portes de pierre s’ouvrent dans les remparts, respectivement vers la terre et vers la mer. L’ensemble est réalisé en gros blocs de pierre calcaire. Si l’enceinte est impressionnante, bien sûr, l’intérieur est, lui, passionnant, et surtout unique. Ici se superposent en effet des strates de mémoire parfois distantes de plus de 2000 ans qui permettent de lire dans la pierre l’histoire de Roses depuis la plus haute Antiquité. Premier choc, les vestiges de ce qui fut la Rhode antique, d’abord phocéenne, puis grecque puis romaine, dont le nom se transforma au fil des siècles pour devenir Roses. La graphie catalane restant évidemment beaucoup plus proche de l’original que la graphie espagnole « Rosas ». De fréquentes campagnes de fouilles ont permis de retrouver murs, fresques et objets de cette première ville qui n’a pas pour autant livré tous ses secrets. Deuxième choc, les ruines de l’abbaye bénédictine de style roman lombard, construite sur un temple paléochrétien à l’endroit le plus élevé de la commune. Elle présentait à l’origine un plan basilical avec trois nefs, un transept et trois absides. Malgré l’effondrement inéluctable de la toiture, on distingue encore les voûtes aveugles et les nervures lombardes, quelques ruines reconnaissables de ce qui fut le cloître, quelques bâtiments dévolus à la communauté monastique, et enfin, la muraille épaisse qui encerclait le tout. Le portail de marbre blanc, majestueux mais suspendu dans le vide, a survécu au naufrage et donne une idée précise de la beauté initiale de ce monument, idéalement situé face à la mer et propice à la contemplation. Çà et là, des ruines de simples maisons suggèrent l’emplacement du village, blotti, comme il se doit à l’époque, autour du monastère. C’est une toute autre Roses, qui se révèle. Une Roses qui se tient loin de la mer et de ses dangers, tout le contraire de la Roses actuelle bâtie face au large, résolument marine.

Et bien sûr, tout autour, admirable, s’élève l’ensemble défensif lui-même, caractéristique des ouvrages renaissants et modernes avec ses nombreux fortins et sa puissance de dissuasion. Tout cela fait l’objet de visites passionnantes, guidées au fil d’un itinéraire étudié pour ravir petits et grands. Mais il y a encore autre chose, quelque chose d’immatériel qui distille un charme puissant : la beauté du site naturel, face à l’une des plus belles baies du monde, classée et reconnue comme telle.  Il suffit de laisser le regard s’envoler vers l’élan du Cap de Creus qui semble pourfendre les flots, vers les derniers contreforts des Albères, et la baie, plus petite, de l’Escala… Un lieu magique.

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