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LA NEIGE EN SANG ET OR

05 Jan LA NEIGE EN SANG ET OR

Méditerranéenne jusqu’au bout de ses caps rocheux les plus orientaux, la Catalogne reste pourtant très pyrénéenne et montagnarde. Une facette plus cachée, sans doute, mais qui n’est pas la moindre de ses séductions !

Dès la mi-novembre, elle est là, qui étend ses doigts doux et glacés sur la cime des plus hauts sommets, qui atteignent tous près de 3000 m, et donne aux paysages leur visage hivernal le plus pur. La neige, c’est l’ADN des hautes vallées pyrénéennes, le révélateur qui les rend à elles-mêmes dans leur beauté sauvage, leur hostilité naturelle à la présence des hommes. Sur le dos laineux des montagnes, l’homme a construit des villages de pierre et de bois où perpétuer ses activités traditionnelles, l’élevage, la fabrication de laitages, la coupe du bois et les cultures vivrières. Et puis, lentement, les sports d’hiver sont arrivés et ont bouleversé cette économie de subsistance et bousculé l’éternité des paysages ! à côté des mas et des bories, au-dessus, bien au-dessus des vieux villages rythmés par les saisons et les cycles du soleil, d’autres cités ont vu le jour, faites de chalets de toutes tailles, d’hôtels, de restaurants et de boutiques. Aujourd’hui, la Catalogne compte au total, nord et sud confondus, presque 25 stations de ski, dont une dizaine dévolues au seul ski nordique. Une offre d’une incroyable variété de paysages, de patrimoine, d’ambiances pour varier les plaisirs à l’infini. La station la plus chic, la plus snob, la plus léchée esthétiquement, celle que les Madrilènes affectionnent et que les Catalans délaissent un peu, c’est Baqueira Beret, au cœur du Val d’Aran. Le fait est que le village semble tout droit sorti d’un épisode de Heidi et évoque irrésistiblement les chalets tyroliens avec ses balcons ouvragés et son architecture cossue. C’est ici que la famille royale espagnole choisit de passer ses vacances d’hiver depuis des décennies. Skieurs en quête de simplicité, s’abstenir, ici c’est le Deauville des Pyrénées, avec des boutiques de grand luxe et des prestations assorties ! Il faut dire que les sommets sont parmi les plus hauts de la chaîne et que 200 lacs ou étangs y reflètent le ciel au cœur de paysages grandioses. « J’avais l’habitude de Megève et je ne jurais que par les Alpes mais quand mon mari a été nommé à Toulouse, j’ai découvert Baqueira. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde, parce qu’ici c’est chic, mais toujours chaleureux », explique Cécile, responsable d’une société informatique. Un peu plus à l’est, tout près du Parc d’Aigüestortes que dominent une trentaine de sommets donc quinze dépassent ou frôlent les 3000 m d’altitude, la station Espot réserve notamment à ceux qui aiment les descentes sportives et rapides, des émotions fortes sur – mesure. Charmante, à échelle humaine, c’est une des stations favorites des citadins de Lleida qui y trouvent une atmosphère de refuge montagnard et une certaine simplicité. L’espace nordique traverse des steppes neigeuses vraiment sauvages et des forêts profondes. Au bout de l’Alta Ribagorça, juste au sud du Val d’Aran, à deux pas des huit églises romanes de la Vall de Boí inscrites au patrimoine immatériel de l’Unesco, la station pyrénéenne de Boí Taüll est la coqueluche des jeunes Barcelonais qui aiment l’authenticité de la vallée, la proximité des eaux chaudes de Caldes de Boí, et sans doute aussi, la proximité du Lac de Sant Maurici. Les paysages, qui étagent littéralement les prairies en épi à partir du lit bouillonnant de la Noguera Ribagorçana, évoquent la Suisse, impression renforcée par la présence du bétail. On y pratique le ski alpin le plus sportif ! Plus à l’est, Port Ainé, la plus familiale, jouit d’un environnement magnifique qui invite au ski de fond, au mushing, aux raquettes, bref à tout ce qui permet d’évoluer au plus près de la nature, juste entre la neige et le ciel. Entre la Seu d’Urgell et Solsona, la jolie station de Port del Comte tire le meilleur de sa situation géographique ensoleillée à équidistance de Tarragone et de Barcelone. C’est la ligne droite la plus courte entre la Costa Daurada et les Pyrénées, et les étudiants, notamment, ne se privent pas de l’emprunter ! « C’est idéal, on met à peine deux heures et hop, on est au pied des pistes. C’est un luxe de n’avoir que si peu de distance entre la neige et la mer ! » commente Ferran, étudiant en chimie à Barcelone.  Côté Cerdagne, plus à l’est encore, La Masella, a gardé dans son nom et dans son aspect beaucoup de son sang paysan. Son domaine skiable est aujourd’hui relié à celui de La Molina, la station la plus ancienne de la péninsule ibérique et la mieux équipée avec son grand snowpark et le plus grand half pipe des Pyrénées.

Le parc blanc des citadins

Il n’est pas rare d’y croiser des Toulousains décomplexés par le tunnel du Cadí. La Molina est réputée pour accueillir de grands événements comme la Coupe du Monde de ski alpin ou encore les championnats du monde handiski. C’est la station historique des comarques gironines. Pourtant, de plus en plus, les stations les plus orientales, celles du Ripollès, tirent leur épingle du jeu. Vall Núria ne ressemble à aucune autre, suspendue au bord de son lac, uniquement accessible par train à crémaillère dans le vertige de gorges étroites. Il y règne un silence étrange, dû à l’absence totale de voitures. Comme un îlot de paix au cœur des montagnes, minuscule et préservée. Les skieurs s’y sentent comme dans un cocon familial, ils ont l’impression de faire partie d’un club de privilégiés, et à bien y réfléchir, c’est le cas ! Dernière étape côté sud-est, Vallter, au-dessus de Setcases et de Camprodon, à deux pas du col d’Ares. Une vraie station familiale, qui souffre un peu de sa situation géographique méridionale, laquelle ne lui garantit pas un enneigement régulier, mais fédère les Vallespiriens en quête de neige et la clientèle familiale des comarques gironines les plus proches comme l’Empordà, la Garrotxa ou le Pla de l’Estany.

Un nord qui se pense sud

Au nord, les stations de ski alpin et l’espace nordique du Capcir communiquent sous une même bannière « Les Neiges Catalanes » et ont même mis en place un « Pass » commun, conscientes de leur communauté de destin et sans doute aussi de leur propre fragilité. Juste derrière l’Andorre, Porté Puymorens ouvre le bal, en haut de la vallée du Carol ! La station draine un nombre considérable d’occitans venus de Toulouse et au-delà, de Foix ou de Pamiers, qui apprécient le caractère très physique des pistes et l’offre sportive qui les entoure. Ensuite viennent les stations de l’Espace Cambre d’Aze adossées aux Pyrénées, Saint Pierre dels Forcats et Eyne, célèbres pour leur ensoleillement et leur flore endémique si remarquable qu’elle suscitait déjà l’intérêt des botanistes sous Louis XIV ! Depuis ce mirador, le Haut Conflent et le Capcir se laissent contempler dans une symphonie de bleus et de gris. Juste en face, au-dessus du miroir du four solaire d’Odeillo, les flancs de la montagne accueillent Font Romeu et Bolquère, unies dans un seul et même domaine skiable, Pyrénées 2000, ouvert à toutes les disciplines et servi par des voies de communication partagées exceptionnelles. Le petit Poucet est bien là aussi, et il parie sur la convivialité et le caractère familial : la Quillane ne peut que vous séduire ! Il vous reste à découvrir les charmes de la Petite Sibérie, entendez le Capcir, en commençant par son atout maître : l’Espace nordique, un fantastique terrain de jeu entre vallons et torrents, entre forêts et longues prairies, ou glisser, glisser et glisser encore à perte d’horizon. La station des Angles, sans doute la plus intergénérationnelle du groupe, se mire dans les eaux parfois gelées du lac de Matemale, entourées de bois profonds de sapins noirs. Encore quelques kilomètres et voici, juste en lisière d’Occitanie, les jolies stations de Formiguères et Puyvalador. Toutes ces stations reçoivent un afflux de visiteurs venus de la plaine roussillonnaise et au-delà de Montpellier, tandis que le Capcir bénéficie nettement de sa proximité avec l’Aude et l’Ariège. Vous le voyez, le terrain de jeu des neiges du Principat, du Val d’Aran et de la Catalogne nord est aussi varié que les paysages pyrénéens, et l’accueil, qu’il soit simple ou chic, montagnard ou sophistiqué, sait cultiver une hospitalité ancestrale. Résultat, une clientèle de plus en plus internationale et une perméabilité de plus en plus opérante entre le nord et le sud. Proportionnellement à son territoire, la Catalogne est une vraie reine des neiges !

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