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L’ARMADA DE PORT-VENDRES

30 Mar L’ARMADA DE PORT-VENDRES

Port Vendres est né de l’insolite profondeur de ses eaux qui lui permettent depuis l’Antiquité de tutoyer la haute mer et d’apprivoiser le lointain. Sa rade naturelle, bien abritée des vents, creusée à vif dans le pied ocre des Albères, accueille avec facilité des tonnages considérables. Le port de Vénus a donc eu depuis toujours trois vocations, si intriquées en réalité, qu’elles ont fini par devenir sa griffe identitaire : la pêche, le commerce, la défense. Encore faudrait-il y rajouter l’accueil des voyageurs et bien sûr l’épopée tragique des fils d’Algérie dont tant ont pris racine sur cette terre si proche, dans son exubérance méditerranéenne, de celle qu’ils avaient quittée. Plurielle, Port Vendres est grecque, catalane, pied-noir. Son obélisque porte haut la fleur de lys, un cas unique en Roussillon et l’armée française y a pris depuis longtemps ses quartiers, qu’il s’agisse de la noble marine ou de l’armée de l’air, notamment du 5e régiment d’hélicoptères de combat. Les eaux du port de défense accueillent d’ailleurs à l’occasion cuirassiers et sous-marins pour le plus grand plaisir des visiteurs et des habitants. La découverte constante d’épaves de vaisseaux grecs et romains, illustre amplement le rôle commercial de Port Vendres au fil des siècles. Au XIIe siècle, le comte-roi catalan Jaume le Conquérant décide d’en faire un port d’attache de ses galères royales, et c’est le début d’une autre histoire, celle d’un port de défense que Vauban va hérisser de redoutes et de fortins. Celle d’un port royal dédié à Louis XVI, le roi mal aimé, qui a vu l’Indépendance Américaine puis les assauts des Espagnols à la Révolution. Celle d’un port français où le Général de Castellane a fait creuser une deuxième darse et construit une jetée, et que les Allemands ont partiellement détruit en 1944 avant de repartir. Port-Vendres entretient donc un lien organique, affectif, avec les autorités militaires qui possèdent encore en partie sa rade, et tout particulièrement avec la Marine Nationale. Depuis des décennies, donc, Port Vendres accueille ses plus prestigieux navires comme ce fut le cas pour l’Hermione ou le Belém. La ville est d’ailleurs la marraine de deux bateaux, le Sabre (cédé depuis 2008 à l’armée sénégalaise) et l’Achéron, le bâtiment de base et d’entraînement des plongeurs démineurs. à chaque escale de ces géants des mers, la fête envahit quais et pontons. On se précipite pour visiter les vaisseaux et comprendre la vie des marins dans ses moindres détails. 

Une goélette majorquine

Cette année, ce public mêlé de curieux et de passionnés va assister à une résurrection, rien moins, celle du Miguel Caldentey, une goélette franche à deux mâts, construite à Palma en 1913, qui a livré jusqu’en 1972, depuis les Baléares, des oranges et des amandes dans les ports de Toulon, Sète et Port Vendres. Classé monument historique en 1988 juste avant son naufrage un an plus tard, ce vaisseau a mobilisé à son chevet pouvoirs publics et associations maritimes. Il a donc fait l’objet d’un chantier visant à le reconstruire dans un hangar narbonnais. Chaque étape de sa restauration a donné lieu à des actions de médiation en milieu scolaire et à des sessions de formation professionnelle. Le Miguel Caldentey a rejoint Port Vendres pour sa dernière phase de travaux à quai, qui sera réalisée sous les yeux du public. La motorisation, le gréement et même l’aménagement intérieur, installés par des stagiaires en structures d’insertion, feront l’objet d’un chantier spectacle. L’occasion aussi de célébrer autrement le jumelage noué entre la ville de Port-Vendres et le port majorquin de Sollers situé au nord de l’île. Entre ces deux extrêmes de la Couronne d’Aragon, les liens, culturels et commerciaux, ont été constants et étroits. Amarrées le long des quais, deux magnifiques goélettes attendront les visiteurs. D’abord « l’Oosterchelde », une goélette néerlandaise à trois mâts et hunier d’une longueur de 50 m, ultra-moderne à l’époque de sa construction, qui bat pavillon allemand.

Deux vaillants voiliers

Le bateau a été conçu pour porter une centaine de tonnes de marchandise (briques, bois, bananes, patates) et magnifiquement restauré par la Sailing Ship Fondation de Rotterdam. Il permet à des passionnés de sillonner les mers du globe. Deuxième invité de marque, la « Belle Poule », une goélette à hunier, également connue sous l’appellation de goélette paimpolaise, construite à Fécamp en 1932. Au départ, elle était destinée à pêcher la morue en mer d’Islande, une dure école. Ce vaillant bateau a même participé à la seconde guerre mondiale au sein des forces navales françaises libres. Il arbore d’ailleurs, rare privilège, le pavillon de beaupré à croix de Lorraine. Le « Belle Poule » sert aujourd’hui à l’entraînement de la marine nationale et participe au fil de l’année à différentes armadas et escales, comme l’Armada de Rouen ou l’Escale de Sète. Les scolaires sont invités à découvrir les routes, les cargaisons et les missions de ces vénérables vaisseaux, la composition de l’équipage et la vie à bord.

Un port pluriel

L’occasion aussi de découvrir le bouillonnement commercial de la Méditerranée hier et aujourd’hui, bouillonnement dont Port-Vendres reste un fleuron. Outre le chantier spectacle du Miguel Caldentey et la visite palpitante de ces superbes voiliers, la ville de Port-Vendres offre toute une série d’activités pédagogiques et didactiques et de découvertes, à commencer par le sentier de randonnée qui contourne le phare, mène à la baie de Paulilles, traverse les vignes et surplombe les falaises abruptes. Les plus courageux peuvent pousser vers le joli hameau de Cosprons, l’arrière-pays de Port-Vendres. Un pur moment de beauté et de sérénité dans un environnement particulièrement préservé. Sur le port, le long des quais joyeusement bordés de terrasses de café aux façades colorées, les bateaux de pêche, nombreux et actifs, côtoient les bateaux de plaisance. En face, le port de commerce, énorme, alimente en fruits et légumes le marché international Saint Charles : il est entouré d’énormes cargos, un spectacle permanent car Port Vendres n’arrête jamais !

Une ville royale

Encore faut-il rajouter à ces facettes multiples le port militaire… Port-Vendres est une vraie plate-forme d’activités. Le tourisme est une corde de plus à son arc, mais la ville jouit d’une vie propre rythmée par la mer et ses métiers. La Place de l’Obélisque reste la seule trace de la ville grandiose projetée par Le Comte de Mailly, décapité en 1790 comme nombre d’aristocrates. Il s’agissait d’offrir une vue dont l’obélisque dressé constituait l’axe de symétrie. Les bâtiments de la caserne du Fer à Cheval, de style néo-classique, étaient à l’origine prévus pour être un hôtel pour étrangers et étaient initialement clos par 22 colonnes portant une grille de fer. Suite à l’occupation par l’armée pendant plusieurs décennies et surtout aux destructions perpétrées par les nazis, qui dynamitèrent le site avant leur départ, il ne reste plus que le Dôme, restauré à la hâte, et le frontispice de l’aile sud. La place royale, en grande partie intacte, est pourtant magnifique. L’obélisque, haut de 30 mètres, repose sur un socle orné de bas-reliefs dessinés par Monsieur de Wailly, Architecte du Roy, qui représentent dans la plus pure tradition allégorique de l’époque, La Servitude en France Abolie, l’Amérique Indépendante, la Marine Relevée, soit les toutes premières dates marquantes du règne de Louis XVI. Quatre tortues de bronze soutiennent l’aiguille qui se termine par un groupe terrestre surmonté d’une magnifique fleur de lys. Elle recouvre de ses pétales les quatre parties du monde. Un escalier monumental symétrique annonce la majesté de l’esplanade, signature royale à déchiffrer depuis la mer. Une architecture à la fois raffinée et martiale qui correspond parfaitement à l’esprit de la ville. Tous les ingrédients sont là pour faire de votre week-end « Armada » une future armoire aux souvenirs.

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