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Le Barrio Chino

01 Avr Le Barrio Chino

Aussi connu que Pigalle ou que le quartier rouge d’’Amsterdam, le Barrio Chino continue d’intriguer et de séduire. Suivez le guide !

Barrio3La légende du Barrio Chino

L’appellation serait due à la plume de Francisco Madrid, qui publia en 1925 dans le journal « El Escándolo » un article dans lequel il décrit les rues du Raval, étroites et mal éclairées, fréquentées par les marins et les filles de joie, vaguement colorées de lanternes en guise d’enseignes comme un quartier chinois, surpeuplé et louche. La mode est alors à l’Orient mystérieux, associé aux plaisirs de la chair et de l’opium et ce nom fait florès au point de passer dans le vocabulaire catalan dans sa version castillane ! Il faut dire que les trafics en tous genres accompagnent le commerce des corps : dès le début du siècle le Raval est une plaque tournante pour la drogue, l’alcool, le tabac. Les gitons, déjà, y côtoient les filles comme dans tous les ports du monde.

Vous avez dit nostalgie ?

Qu’est devenue aujourd’hui la légende du Barrio Chino dans la ville-monde qu’est Barcelone ? Y entend-on encore les échos des marins américains de la 6e flotte, disparus depuis que les bases américaines ont quitté la Péninsule dans les pas des franquistes ? Y rêve-t-on encore de poulpe à la « gallega » avec Pepe Carvalho, le détective de Montalban ? Ce petit monde presque insulaire existe-t-il encore ? Premier constat : tous les métros mènent au Raval qui dispose de trois lignes dont la station Liceu, sans doute la plus pratique. Pas mal pour un quartier qui n’a pas toujours une bonne image ! Il faut dire que question géographie, le bougre est plutôt bien placé…

Barrio4Un quartier en mutation

Le Raval est séparé du quartier gothique par la Rambla, qui en arabe, signifie torrent. En quelques mètres, le monde bascule dans un joyeux mélange des genres. Ici, un petit peuple laborieux et basané s’affaire dans des boutiques colorées : les communautés pakistanaise et maghrébine ont pris possession des rez-de-chaussée qui évoquent souvent un souk d’outre-Méditerranée. Mais comme c’est le cas dans le Marais ou à Bastille, ce petit monde évolue sous l’œil d’autres résidents : des bobos accourus à l’appel des vieilles pierres et de la légende sulfureuse du quartier, si longtemps dévolu aux plaisirs des marins en goguette… Pas besoin d’être grand clerc pour savoir qu’ici comme ailleurs, les jours des habitants les plus laborieux sont comptés : la revalorisation du quartier – et des loyers – les pousse inéluctablement vers des cieux plus éloignés du centre-ville… C’est le moment de profiter de ce haut lieu de mixité et de rencontres !

Barrio2Plus « Chino » que nature

C’est le carrer de l’Hospital qui coupe le quartier en deux, parallèlement à la mer, juste derrière la Boqueria. Lorsqu’on descend vers la mer et les Drassanes, les anciens chantiers navals, on approche des anciennes tavernes et gargotes à filles de joie et à marins, qui, pour être devenues des bars plus modernes, n’en ont pas moins conservé la physionomie caractéristique des quartiers chauds : enseignes borgnes, déambulation et conciliabules dans le chambranle des portes de corridor ouvrant sur la rue. Signe des temps, des toxicos hagards en quête d’une dose se mêlent aux michetons… On pense au « Journal d’un voleur » de Jean Genet, ou au héros de Manuel Vasquez Montalban, Pepe Carvalho : au Raval, la boue et l’or s’entremêlent et les bars louches tutoient les restaurants gastronomiques. C’est une atmosphère unique, à vivre sans préjugé et sans modération. Décapant !

Traversé par la modernité

Comme en surimpression, on entre aussi en Orient : la myriade de petites mosquées évoque davantage le Maghreb que la Catalogne et la viande halal est plus fréquente que l’agneau de nos montagnes. Fait étrange, cette influence n’a pas dénaturé le quartier, au contraire. C’est même elle qui lui conserve son aspect intrinsèquement populaire. Sur les trottoirs, les gens s’interpellent. Des commerçants chargés comme des mules croisent des touristes un peu effarés. Le Raval est éminemment vivant ! Pourtant il existe un autre Raval, plus calme, plus lisse, flambant neuf autour de la Rambla du même nom. Un Raval construit sur le site d’un ancien bidonville. Une Rambla où trônent le chat géant et dodu sculpté par Botero et l’immense hôtel cylindrique baptisé Barceló Raval, bordée d’immeubles ultramodernes. Et pourtant, verre et béton, n’ont pas réussi non plus à canaliser la folle énergie de ce quartier atypique : au milieu de la Rambla, Pakistanais nostalgiques de la perfide Albion jouent au cricket, des Catalanes bon teint promènent des poussettes et des cadres affairés peuplent les terrasses design des cafés : le génie du mélange, on vous dit !

Voilà, le Raval, c’est le tout en un. On s’encanaille dans une atmosphère décadente de docks, on y voyage vers tous les orients, les pieds bien ancrés dans le Barcelone d’aujourd’hui. On y trouve toutes les nuances de l’or, de la précarité des immigrants aux professions libérales en pleine prospérité. On y croise des étudiants, des ménagères et des prostituées de tous âges. Mais surtout, on y prend au passage une belle leçon d’humanité et de dynamisme !

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