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Le Val d’Aran, le haut pays Gascon

01 Déc Le Val d’Aran, le haut pays Gascon

D’entrée, on le devine, le Val d’Aran ne s’offre pas : s’il propose quatre chemins, deux au sud, deux au nord, il fait en sorte que le visiteur connaisse tout le prix de son isolement. Seule la Garonne, qui rêve déjà peut-être des douceurs aquitaines, esquisse un geste de côté pour permettre le passage et bien proclamer l’enracinement occitan !

Catalans du sud et Aragonais ont le choix entre la bonne vieille route de toujours, par Sort, la capitale du Pallars Sobirà, un enchantement acrobatique de lacets, ou bien le récent tunnel de Vielha, en venant l’Alta Ribagorça, plus efficace, sans doute, directement relié à Lleida et à l’Aragon, mais sans poésie. Les Occitans de France peuvent, eux, suivre le joli cours de la Garonne balbutiante ou même opter pour les pentes folles du Col du Portillon, au-dessus de Luchon, un enfer sans pavés où bien des maillots à pois ont vu leur rêve s’effondrer sous les assauts conjugués des dénivelés. Rassurez-vous, quel que soit votre choix, l’arrivée est belle, une vraie plongée dans un hiver de contes de fées avec de petits villages de montagne qu’on dirait dessinés par les enfants des écoles, et d’énormes masses rocheuses qui protègent de tous côtés la vallée, étrange étrave occitane suspendue entre Catalogne et Aragon.  Ici, les enseignes sont rédigées en gascon, qu’on se le dise ! L’Aranès est d’ailleurs langue officielle sur le territoire et dans l’administration de la Generalitat de Catalogne, même si c’est le castillan qui caracole en tête dans tous les aspects de la vie commerciale au point de rendre totalement imperceptible l’appartenance territoriale du Val d’Aran à la Catalogne. Une langue minoritaire ça passe, deux, ça casse !

Le vrai pays de Cocagne

L’habitat montagnard est remarquable. Les toits pentus sont recouverts de petites ardoises carrées et dénués de gouttières. Leur faîtage est chevauché par un appareillage de lauzes beaucoup plus grandes qui favorisent le glissement des blocs de neige vers le sol. Les portes et les fenêtres sont sculptées ou plutôt creusées au burin de motifs simples d’inspiration géométrique ou végétale, expression des longues veillées d’hiver devant les feux de cheminée, quand les travaux des champs sont à l’arrêt. Homogènes, souvent fleuris de géraniums qui leur donnent de petits airs de Tyrol, les villages se regroupent autour d’églises romanes modestes, un peu frustres, qui ne sont pas, toutes proportions gardées, sans rappeler celles de la Vall de Boí, voisine. Nous sommes en présence d’un art presque naïf qui atteint au sublime dans la décoration sculpturale puisée au savoir-faire pastoral. Les christs de Mijaran, Salardú, Escunhau et Casarilh, exhalent une foi paysanne venue du fond des âges, exprimée à travers les bois tourmentés des arbres locaux. Une authentique merveille. Les fresques hautement colorées et de tous styles qui ornent les murs des églises de Arties, Unha, Salardú, Cap d’Aran à Tredós et Vielha participent à cette grande action de grâces populaire dans une vallée dont on devine encore le dur mode de vie pastoral, entre neiges et vaches, entre joies de l’été et immobilité de l’enneigement. Les villages ont certes vécu le double miracle du tourisme vert et de l’or blanc qui a propulsé ces hautes vallées vers un avenir radieux et inattendu, mais sans doute leur charme doit-il beaucoup à l’identité si pure de l’architecture, à la musique de la langue, à leur résistance aussi contre le tout-commerce. Vous allez adorer leur côté indomptable ! Tout au long de la vallée centrale, les perles se succèdent, une authentique merveille pour les yeux. Arties, doublement arrosée par la Garonne et le Valarties, entend bien redoubler de talents avec deux temples, une belle église paroissiale romane étrangement flanquée d’un grand clocher gothique et d’un minuscule et charmant cimetière, et une église gothique, l’église de Sant Joan qui abrite le joli musée du Val d’Aran. Les demeures du centre historique sont de styles renaissant ou baroque. On y trouve les origines de grandes familles comme l’explorateur de la Californie, Gaspar de Portolà.  Au bout d’une route pentue et sinueuse, se situe le village le plus haut de la vallée, Bagergue, 1500 mètres d’altitude, qui se trouve également être labellisé plus beau village d’Espagne avec ses grands mas comme « Çó de Menginat » doté d’un cadran solaire et d’un écusson au-dessus de sa porte d’entrée. La petite capitale fromagère abrite surtout l’éco-musée « Eth corrau » (le corral) avec ses 2500 objets d’autrefois.

Des perles de bois tendre

L’église paroissiale, plutôt grande pour la vallée, est de style roman et possède un beau mobilier, dont une partie des originaux sont à admirer au Musée National d’Art de Catalogne. En remontant le cours de l’Unhola, vous voilà à l’ermitage de Santa Margalida, mais surtout au pied de la curiosité locale, le GR 211 qui fait littéralement le tour du Val d’Aran. à quelques kilomètres de la France et de la tranquille station thermale de Les, le village de Bossòst, allongé au bord de la très jeune Garonne, a opté pour le commerce ! Les boutiques et les arbres se conjuguent pour orner la rue principale « eth grauèr », et l’on y entend beaucoup de langues étrangères, proximité de la frontière oblige. Ne ratez pas la visite de l’église « dera Mare de Diu dera Purificacion », très belle avec son fragment de fresque gothique dédié à l’Annonciation. Tout autour, il est indispensable de visiter les 7 chapelles qui encerclent le village, construites à différents moments, dans le but, selon la tradition, de protéger ses habitants de la peste et sont, au temps de Pâques, les jalons d’une procession grandiose. Ne vous y trompez pas, la carte postale cache une activité frénétique, qu’il s’agisse de rafting ou de randonnée via des sentiers de montagne, jusqu’aux anciennes mines de Margalida ou Victoria, témoins de l’importante activité minière du Val d’Aran pendant le XIXe et la première moitié du XXe siècles. Ne ratez pas, notamment si vous décidez de rallier Luchon par la montagne, l’Aran Park, un parc de la faune et de la flore des Pyrénées que les enfants et les plus grands adorent. Plus haut, Vilamós est une véritable séquence émotion à lui tout seul ! Non seulement ses maisons sont magnifiques d’authenticité mais son église romane à plan basilical et à piliers circulaires, présente une bien étrange intrication d’éléments romans et… romains comme des stèles votives paléochrétiennes. Malgré les nombreuses transformations et agrandissements survenus au XIXe siècle, l’ensemble reste vraiment remarquable. Ne manquez pas les fonts baptismaux étrangement ornés de fleurs de lys, preuve s’il en fallait des capillarités transfrontalières. Enfin, avant de quitter ces lieux charmants, cap sur l’éco Musée de ço Joanchiquet, vous y trouvez la clé absolue de la ruralité aranaise avec des maquettes du mas traditionnel local appelé l’« auviatge » un ensemble composé d’une résidence, d’étables, de granges, de porcheries, de pigeonniers et d’écuries, de jardins et de vergers, le tout fermé par des murettes. Plus intéressant encore, vous évoluez dans les meubles d’époque, puisque les habitants des lieux sont partis en 1960. Le petit patrimoine qui orne les rues est une splendeur de simplicité, comme le lavoir ou l’abreuvoir, protégés par un toit d’ardoises posé sur une structure en bois. N’oublions pas que laver le linge et aller chercher de l’eau étaient la mission des femmes, qui se retrouvaient donc là plusieurs fois par jour ! Et que les hommes n’étaient pas en reste à l’heure de faire boire le bétail. Logiquement, ne ratez pas le four à chaux tout proche, ni la petite forge du maréchal-ferrant et poussez donc jusqu’à l’ermitage roman de Sant Miquèu face au royal Aneto, le prince des Pyrénées. Partout, l’eau est à l’œuvre, de rivières en cascades comme au Saut deth Pish et aussi sous forme de résurgences d’eaux chaudes dont on retrouve d’ailleurs les échos à Luchon. Elles se laissent parfois enfermer en étangs et lacs qui répondent à celui de du Parc National de Sant Maurici, tout proche et dotent la montagne, l’hiver de grandes taches bleues qui sont autant de miroirs que le ciel constelle d’argent. Toutes les routes des vallées secondaires finissent par achopper sur la haute montagne, et laisser place à un chemin escarpé, menant parfois à un refuge. Hors enneigement, c’est le domaine des vaches et des brebis, qui sont les deux mamelles de l’économie locale non touristique. Vous ne manquerez pas de croiser des troupeaux d’un autre type, ceux des randonneurs harnachés et munis de bâtons, certains des skis sur l’épaule. Le Val d’Aran a ses inconditionnels ! Le Val d’Aran est beau, très beau, avec ses accents de Gascogne, et surtout l’alliance inattendue du glamour absolu de sa station huppée, prise d’assaut par les people et de sa belle ruralité. Une quintessence de Pyrénées !

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