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Les deux “Vallès”, la folie du vert

28 Juil Les deux “Vallès”, la folie du vert

Ici, la marque industrielle, aussi forte soit-elle, n’a pas eu raison des espaces naturels, loin s‘en faut ! Un pays de forêts, de cascades, de fontaines dont le caractère sauvage, indompté, surprend, à quelques kilomètres à peine de Barcelone.

Le Vallès se décline en deux comarques, le Vallès Occidental avec pour capitales Terrassa et Sabadell, énormes villes industrielles tout autant que centres culturels, et le Vallès Oriental avec pour capitale Granollers, plus commerciale. à l’origine, cette méga comarca englobait même le Maresme mais l’ultime réforme territoriale a eu raison de ce lien maritime ! Les Vallès reposent donc un peu comme une couronne sur la tête de la métropole barcelonaise et lui permettent sans doute de garder le nord et le sens du travail. C’est ici au nord, juste derrière le parc Guëll, que tout commence. Le passage vers le Parc de Collserola, juste derrière le Tibidabo, propulse le visiteur dans un autre monde, paisible.  8260 hectares de beauté qui sont en réalité le poumon de la capitale catalane, striés de petites routes calmes et agrestes. Le climat méditerranéen a favorisé la naissance de forêts de pins blancs et de chênes verts tandis que les cours d’eau, nombreux, sont entourés d’ormes et de peupliers. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la faune est extrêmement nombreuse et variée avec bien sûr des sangliers et des renards, mais aussi beaucoup d’oiseaux. Vous pouvez suivre la route des eaux (carretera de les aïgues) très fréquentée par les cyclistes et le chemin des crêtes pour contempler d’un côté l’extension urbaine, immense, grise, que seule la mer parvient à stopper, de l’autre la grande dépression du Vallès, entourée de son cercle de montagnes de hauteurs diverses. Un paysage saisissant. De nombreuses sources et fontaines émaillent le parc de Collserola qui porte aussi les traces de sa longue histoire avec un gisement ibère à la Serra del Moro ou encore une série de châteaux gothiques pour la majorité en mauvaise état, mais toujours enclins à se transformer en miradors de choc. Outre les innombrables visites guidées qui vous sont proposées par le Centre d’Information du Parc, offrez-vous la Nuit de l’Astronomie en famille : vous allez adorer regarder les étoiles dans la dorure diffuse mais perceptible de la fausse nuit citadine ! Plus au nord s’étend un autre parc naturel, celui de Sant Llorenç del Munt i l’Obac, plus sauvage et plus escarpé, composé en réalité de deux chaînes de montagnes séparées par la rivière des Arenes, qui se rencontrent au Col d’Estenalles. Elles sont recouvertes de chênes verts, de pins blancs, de rouvres et de noisetiers, pour autant qu’ils aient pu trouver une faille dans la roche nue, abrupte, qui règne en maître. Deux sommets dominent ce royaume, La Mola (1104 m) et le Montcau (1057 m). Plus de trois-cents grottes et gouffres perforent et aèrent ce monde minéral et le transforment parfois en habitat troglodyte encore peuplé il y a quelques décennies par des paysans sans le sou. C’est un fantastique terrain de jeu pour les spéléologues et les mordus d’escalade qui trouvent ici des défis à leur mesure quel que soit leur niveau. Les vestiges archéologiques, notamment néolithiques et médiévaux, font de la moindre promenade une chasse au trésor inattendue et gratifiante. Le must reste bien sûr le monastère de Sant Llorenç del Munt, une expérience tout simplement bluffante. Au crépuscule l’ascension du pic de la Mola est extraordinaire et récompensée par un bon repas dans des restaurants offrant des vues sublimes. Vous ne manquerez pas de croiser en chemin des « puits de glace ». Ici, l’hiver, avant l’invention des réfrigérateurs et congélateurs, on faisait geler l’eau dans de grands bacs avant de la découper en pains de glace destinés à Barcelone livrée aux nouvelles modes venues d’Europe. Du côté de Tagamament, les montagnes tutoient le Montseny dans une splendeur circulaire de tertres et de collines marouflées du velours des feuilles persistantes. Rien ne vaut les Vallès, comme le proclame le poème de Joan Oliver « Com el Vallès no hi ha res » ! Car en ces terres de confins, voici que se profile un carrefour de sentiers bien connu des excursionnistes, Aiguafreda, qui ouvre, plus à l’est, là où le Vallès change de nom, sur la très belle vallée de l’Avençó. Au nord, les « Cingles de Bertí », d’énormes barrières rocheuses qui s’offrent en bayadère de gris prononcé, soutiennent à bout de falaise la petite comarca du Moianès et sa dizaine de villages, littéralement posés au sommet.

Trois collines pour une montagne

C’est là que des rivières têtues se fraient un passage dans la roche, à fleur de précipice, et s’y laissent parfois suspendre, dessinant de leur chevelure mousseuse de fabuleuses cascades comme à Saint Miquel del Fai, un site tout à fait incroyable qui allie monastère troglodyte, beauté de la vasque turquoise qu’il surplombe, et majesté des vertigineuses chutes d’eau qui l’encadrent. Le Parc de la Serralada Littoral, qui intègre pour partie la Serralada de Marina, est un des plus grands affleurements granitiques de Catalogne. Il culmine en un florilège de sommets dont l’altitude moyenne flirte avec les 500 m, matérialisés par des miradors, aménagés pour certains avec une rambarde et une table d’orientation. Les cours d’eau sont très nombreux, mais, avec la proximité relative de la mer, pour la plupart saisonniers, avec des régimes d’oued à l’exception du Besos, du Riudemaia, du Clarà et du Sant Bartomeu dont le débit se maintient tant bien que mal au fil des saisons. Voilà qui explique les très nombreux forages, pour la plupart abandonnés, remarquables par leurs galeries voûtées et leurs belles constructions de pierre de taille. La quête de l’eau a toujours fait partie de la vie des hommes en ces points reculés. Si le chêne vert, les traces d’anciennes suberaies et le pin mangent toute la montagne de leurs verts profonds et immuables, il arrive de croiser un arbre insolite, énorme marronnier, immense mélèze, platane géant ou micocoulier hors normes. Il doit généralement sa survie à sa fonction : marquer une sortie de territoire, signaler un carrefour… La montagne a ses sentinelles. Tout ce monde de chemins sous la voûte émeraude trouve une nouvelle expression dans un autre parc, celui du Montnegre et del Corredor, qui sépare le Maresme du Vallès, de sa masse à la fois granitique et schisteuse. La végétation, brumisée par les brises marines qu’apporte la marinade présente parfois des caractéristiques dignes de l’Atlantique. Elle affiche une variété florale insolite ainsi que la présence de rouvraies et de hêtraies généralement peu présentes en Méditerranée, du moins à cette altitude. Les pins présents ne sont pas de simples ornements végétaux, ils produisent au contraire de précieux pignons. Noisettes et marrons font également florès pour faire des collines une sorte de mendiant gourmand à ciel ouvert tandis que les rivières s’ourlent de grands bois de peupliers. La faune est somptueuse, avec ses aigles et ses chevreuils. Bien sûr ces forêts regorgent de menhirs et de légendes liées aux sorcières, de vestiges ibères comme ceux de Turó del Vent et de Puig del Castell, mais aussi de chapelles et ermitages romans, caractérisés par la modestie de leur architecture. Au sommet de la chaine, le sanctuaire du Corredor domine la situation terrestre et maritime, une véritable aubaine pour les photographes. Côté Montnegre, le relief se cabre et favorise un habitat isolé, plus sauvage. Pour autant, n’allez pas croire ces espaces vierges de toute présence humaine : on y cultive encore la vigne et les céréales, on y élève ovins, caprins et bovins, on y lève la peau précieuse du liège et on y tente des cultures de châtaigniers et de fruitiers. Les montagnes résonnent encore des blessures bienfaisantes des bûcherons qui éclaircissent les fûts et protègent la survie tranquille des arbres. Pour cheminer dans ce temple vert, les itinéraires foisonnent, accessibles à pied ou en voiture et les circuits possibles en VTT sont innombrables. Presque toutes les excursions sont récompensées par la découverte de vues stupéfiantes ou d’éléments patrimoniaux uniques. Les plus sportifs seront comblés par les innombrables parois et grottes à conquérir. En famille, les occasions de baignade inattendues ne sont pas rares au fil des torrents et ruisseaux. La proximité de Barcelone, pourtant réelle, vous semblera improbable, et plus encore dans la traversée des villages que la montagne semble avoir protégés des maléfices de la ville. Les parcs des Vallès, oriental et occidental, sont une véritable Arcadie, une invitation à renaître.

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