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L’ETERNITE FESTIVE

31 Mai L’ETERNITE FESTIVE

Pour découvrir Céret autrement, il suffit de se laisser aller au fil des rues et de se laisser surprendre par son dosage unique de ruralité et de quête du beau. Une ville douce à vivre et à partager.

Déboucher sur le boulevard de Céret, là où le Musée d’art moderne a jeté l’ancre dans les années 50, c’est débarquer sur un petit cours Mirabeau croisé de rambla catalane. Des platanes sveltes et hauts, très hauts, très sveltes, tendent vers le ciel de longues branches argentées et mouvantes, toute une mer de frondaisons qui joue avec le soleil comme une boule psychédélique. Les trottoirs en pierre de taille, animés par ces jeux de lumière changeants, se laissent ourler de ruisseaux chantants, dans lesquels, il n’y a pas si longtemps, on faisait la lessive, comme le raconte dans sa correspondance le musicien Déodat de Séverac. Des galeries d’art, des librairies, encadrent la belle fresque d’Antoni Tàpies qui signe la façade du Musée d’art moderne. D’entrée, on le sait, on le sent, Céret aime le beau ! Les terrasses des cafés mordent au ras du bitume, ombragées et bruyantes. Les bistrots sont les vrais monuments historiques de la ville. Ils ont accueilli Braque, Picasso, Manolo Hugué, Déodat de Séverac, Soutine ou Chagall. Ils ont veillé sur les ivresses conviviales d’une bohème internationale et locale, de génération en génération, et garanti le maintien des valeurs de convivialité et de partage qui fondent les communautés humaines. Un peu plus haut, là où un reste de remparts lance une arcade gracile au-dessus d’une placette, là où bruisse la fontaine hommage à Picasso, les platanes s’écartent à nouveau pour faire place aux chaises et tables des terrasses du café le Pablo. Aux murs, une myriade d’œuvres picturales donne le ton faisant face aux trophées de rugby, pour bien montrer qu’à Céret on ne renonce jamais à rien et que rien ne s’y exclut ! Deux belles portes ouvrent sur la vieille ville encore enserrée dans d’invisibles remparts. Dans un renfoncement arboré, juste au milieu des arcs-boutants de l’église encore invisible, une belle fontaine de granit moussue sourd doucement. C’est là qu’il faut s’enfoncer dans la vieille ville, vers la place qui est l’œil, la prunelle, le cœur de Céret : la place des neuf jets. Une histoire d’eau, de baisers volés, de bavardages ancestraux, de « xipots » (commérages), toujours sous les platanes, et qui dure depuis le temps des Rois de Majorque ! Même la placette de l’église ne se prend pas pour un parvis avec sa banquette offerte, elle fait face au portail baroque de l’église, une merveille qui mérite votre coup d’œil ! Assis sur la murette, des gens conversent. C’est ça Céret, les gens se parlent encore. On est pour, on est contre, on discute. Il y a tellement longtemps qu’on voit des gens d’ailleurs…

Les marchés d’antan

« On a eu les peintres, les visiteurs du musée, les llanuts (cueilleurs de cerises aux cheveux longs d’où leur surnom « laineux »), les élèves du lycée, les touristes… C’est comme ça que Céret s’est construit » raconte Albert, ancien patron du Pablo et figure cérétane incontournable. « Évidemment il y a quand même un monde paysan qui a disparu. Là je suis heureux de pouvoir parler ma langue, la langue de mes pères, ça devient rare ! ». Preuve par neuf sur le banc devant la sous-préfecture où quelques retraités devisent tranquillement, en catalan. Ici, le sillon de la vie rurale est profond et fécond. Entre la place de la liberté et la sous-préfecture, tous les samedis de l’année, les boulevards qui embrassent le centre-ville se peuplent de stands colorés, comme un immense souk à ciel ouvert. On y trouve absolument tout comme dans les vrais bazars, gastronomie locale et exotique en sus. Des centaines de badauds venus de tout le département et de l’Empordà voisin s’y bousculent dans un joyeux brouhaha. « Le marché c’est une institution, parce que ça s’est passé comme ça toute la vie. Céret était un centre rural majeur on y tenait marché pour le bétail, pour les cerises. Alors il en reste encore quelque chose le samedi » poursuit Albert. Et c’est vrai, ce marché rassemble comme aucun autre, il fait partie du rituel hebdomadaire, on sait qu’on y trouvera ce qu’on cherche et qu’on finira la matinée par un petit apéritif en terrasse – si l’on trouve une table – ! C’est la force de la tradition, et la tradition, en Catalogne, c’est têtu !

La vertu des eaux

Rien de plus agréable que de prendre, derrière la Salle de l’Union et la jolie bâtisse en cayrou qui abrite Músic, le musée des instruments du monde, le chemin qui mène au couvent des Capucins, au-dessus du stade. Un haut lieu historique et pictural qui appartint au peintre Franck Burty-Havilland, un des fondateurs du musée de Céret. Ici, fut signé le pacte des faucheurs en 1640 (début de la guerre des Segadors où l’éphémère République Catalane demanda secours aux Français contre les troupes espagnoles). Du Couvent des Capucins, le plus beau, c’est ce paysage sur Céret, les Aspres au loin, la rayure vert sombre qui souligne la présence de la vallée du Tech, les centaines d’arbousiers et de mimosas… On comprend pourquoi ce lieu a accueilli tant et tant d’artistes ! En poursuivant, on retrouve le chemin de la cascade des Baoussous, charmante et solitaire, idéale pour un bain tranquille dans les premières torpeurs de l’été… On peine à imaginer que la ville n’est distante que de quelques centaines de mètres… « Quand je viens, en général, en été, c’est pour quelques jours » raconte Emmanuel, musicien. « La première chose que je fais en arrivant, c’est un plouf au Baoussous ! ». De retour vers la civilisation sous le cortège majestueux des platanes du lycée, cap sur la galerie Saint Roch, située dans un magnifique bâtiment à la façade en cayrou, ouverte sur une jolie petite cour. C’est ici que s’exposent les métiers d’arts, présents dans la ville depuis toujours, à l’exact mitan du passé rural, paysan, et de l’histoire artistique de Céret. Une belle occasion d’émerveillement, et puis aussi, peut-être, celle de dénicher un cadeau idéal et unique. Dans une autre veine, en descendant l’étroite rue de la République, encore pavée, ne manquez pas de visiter la galerie Odile Oms. Les expositions temporaires sont toujours de très grande qualité et consacrées uniquement aux artistes d’ici, ou travaillant ici, d’hier et d’aujourd’hui, souvent en lien avec la programmation du Musée d’Art Moderne. Odile et son compagnon, le peintre Christian Vila, n’ont pas leur pareil pour expliquer, contextualiser et faire aimer une œuvre ! En bas de la rue, sous la Porte de France, une jolie fontaine chante et ouvre la place où trône la magnifique façade de la maison Companyó. C’est là qu’a élu domicile la médiathèque de Céret, qui surplombe ainsi latéralement le joli ravin des Tins.

L’art est partout

Céret s’est construit sur une succession de vallons et de ravins qui enfoncent leurs coins verts, souvent encore cultivés, dans l’ocre des maisons. Si le Tech est relativement loin, l’eau est partout. Dans le canal d’arrosage, véritable sève vivrière, et aussi dans les jolies fontaines qui émaillent la ville : la fontaine d’amour avec son escalier et sa petite table, la fontaine au masque tragique près de la Maison du Patrimoine, la fontaine de la Capelleta, la fontaine Picasso… Une véritable route bleue qui révèle un autre Céret, du temps où les femmes couraient de fontaine en lavoir tandis que les hommes travaillaient dans les champs et les vergers. Combien de peintres ont dû laver leurs pinceaux dans ces eaux claires descendues de la montagne de Fonfrède ? Ne ratez pas non plus le Céret des sculpteurs. Le grand Gustave Violet a créé en 1937, sur commande publique un magnifique monument aux constructeurs du canal d’arrosage aux bas-reliefs délicats organisé en triptyque surmontant un bassin. Aristide Maillol en personne a sculpté pour Céret un sublime monument aux morts qui se trouve place de la Liberté et représente une figure féminine littéralement écrasée par le chagrin, justement intitulée « la douleur ». La « Catalane assise » de Manolo Hugué vous attend sagement devant l’Office de Tourisme. Il existe entre ces trois sculpteurs, une sorte de complicité secrète, un écho assourdi… La catalanité ? Sur le rond-point qui mène aux arènes, un torero cambré crâne devant les palmiers. Il est également dû au ciseau de Manolo Hugué. Céret est comme un immense château dont on découvrirait, émerveillés, le mobilier secret. Çà et là, des sortes de pupitres en acier rouillé portent des représentations de tableaux, à l’endroit même où ils ont été peints, comme pour vous dire que vous n’avez encore, finalement, rien vu !

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