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L’URGELL : L’AMOUR DU TRAVAIL BIEN FAIT

09 Juil L’URGELL : L’AMOUR DU TRAVAIL BIEN FAIT

Sous ses airs tranquilles, l’Urgell est une terre de labeur qui n’a cessé de tirer le meilleur parti de ses ressources naturelles au premier rang desquelles son génie populaire !

Au premier temps de la valse, il y a bien sûr l‘agriculture ! Grenier à blé et à céréales dans sa partie baignée par le canal, l’Urgell possède une véritable phalange de minoteries et de nombreux séchoirs à maïs. Il produit aussi grâce à cette eau providentielle, des fruits de saison réputés pour leur saveur, des poires (qui jouissent d’une dénomination d’origine) des pommes et des pêches écoulées sur les marchés des villages en kilomètre zéro.

L’or des mains

Les fruits secs, noix, amandes, noisettes sont un des fleurons de la production locale et entrent dans de nombreuses recettes du cru. Terre d’élevage, l’Urgell excelle dans la charcuterie tirée de son fort cheptel porcin, la production de volailles nourries au grain et de lapins parfumés aux herbes de la garrigue. Longtemps dévolu aux cultures non irriguées par sa situation continentale, et fort de siècles et de siècles de tradition, il tire son épingle du jeu dans la production d’huile d’olive appartenant à la prestigieuse dénomination d’origine « DOP de les Garrigues » et aussi dans l’élaboration de vins d’appellation Costers del Segre qui puisent à l’âme de cette terre rude et authentique. Le deuxième temps de la danse, c’est bien sûr l’artisanat, et là, l’Urgell ne craint personne !  On trouve mention des fours à bois où cuisaient les cruches noires d’inspiration arabe au pied des remparts de Verdú dès 1470 ! Autour de 1000 degrés, le fer contenu dans l’argile donne à la poterie cette belle couleur sombre qui fait merveille sur nos tables. Il semblerait que ces cruches aient le pouvoir de maintenir plus longtemps l’eau à température. Aujourd’hui les femmes ne vont plus aux fontaines, mais la valeur décorative et le témoignage historique de cet objet usuel font la fortune de la grosse dizaine d’ateliers-boutiques qui le produisent encore et décorent les rez-de-chaussée de Verdú. La cruche noire, appelée ici « selló » s’invite à toutes les fêtes, le dicton ne dit-il pas « Càntir o selló, és senyal de bon festejador » ? ( la cruche est la marque des bons vivants)…Pour autant, les artisans ont adapté leur technique ancestrale à toutes sortes d’objets et d’éléments de vaisselle.

Touron et chocolat

Vous y trouverez sûrement votre bonheur. à Vallbona, au cœur du monastère, fidèles à la règle de Saint Benoit « ora et labora » (prie et travaille) les moniales peignent au pinceau de délicats motifs géographiques, floraux ou religieux sur des carreaux de céramique avant de leur donner une deuxième cuisson qui fixe définitivement les couleurs. Cet art du peu et du feu qui nait dans le silence des pierres est particulièrement prisé en décoration et souvent vendu comme souvenir de visite. Beaucoup de boulangers du cru fabriquent un pain paysan, le pa de pagès català, si caractéristique qu’il est lui aussi classé. Il s’agit d’un pain rond à croûte épaisse, mie moelleuse et alvéolée cuit dans un four à pierre réfractaire. C’est l’amant jaloux du pa amb tomàquet et de l’huile d’olive ! Vous trouverez à ses côtés une grande spécialité locale, la coca de recapte, en fait la pizza locale. Sur une base de pâte à pain, un lit d’escalivada ou de légumes accueille selon ce qu’il y a dans le frigo et dans les placards, des anchois, des champignons, de la saucisse… Ce petit plat simple et roboratif est une véritable institution des comarques lleidatanes ! Quand on a beaucoup d’amandes, beaucoup de fleurs où les abeilles viennent butiner et qu’on a connaissance depuis des siècles de la hava des arabes, on invente… Le touron ! Lorsque les nobles de l’Urgell, leurs chevaux et leur piétaille sont partis rejoindre Jaume ler le conquérant à Cambrils pour l’embarquement pour les Baléares, en 1229, ils avaient dans leurs sacs une sorte de touron primitif fait de miel et d’amandes. Ce produit vraiment basique ne tarda pas à faire ses preuves : il résistait au temps sans moisir et restait comestible ! Quelques siècles plus tard, la maison Vicens voyait le jour à Agramunt. L’entreprise connut un crépuscule relatif dans les années 2000 avant d’être rachetée par un pâtissier barcelonais : aujourd’hui l’enseigne a ouvert boutique dans toutes les capitales européennes et aux états-Unis et collabore avec de grands chefs pour inventer de nouvelles saveurs comme le touron au beurre salé ou le touron au chocolat et au piment d’Espelette ! Dans la foulée, cet entrepreneur inspiré, amoureux de sa ville, a racheté un autre fleuron local, les chocolats Jolonch, connus pour offrir un breuvage d’une incomparable saveur.

Des machines paysannes

Même recette, même miracle, l’enseigne fait florès. Vous visiterez avec plaisir le Musée du Touron et du Chocolat qui conserve toute la machinerie d’origine et vous éclairera sur les procédés de fabrication de ces deux produits emblématiques, une belle aventure en famille ! Toutes les valses comptent trois temps. Le dernier mot revient à l’industrie avec la production textile qui a miraculeusement survécu, la fabrication de papier, la métallurgie et surtout l’épopée de la machinerie agricole incarnée par une entreprise locale, Trepat. Au départ, en 1913, le fondateur a l’idée de coordonner quelques petits ateliers locaux qui travaillent le métal et une équipe de concepteurs. Bons connaisseurs des travaux des champs, ils dessinent et fabriquent toutes sortes de machines capables d’exécuter les tâches les plus fastidieuses : mettre en gerbe, lier, faucher, herser et surtout, labourer. Dès 1930, il faut construire une usine, énorme avec sa série de nefs et de verrières : Trepat inonde toute l’Espagne, alors majoritairement agricole de sa machinerie maniable, simple d’utilisation et accessible. C’est une véritable success story qui se poursuivra jusqu’à ces dernières décennies. Le Musée, créé grâce à des fonds européens Feder, propose un véritable tunnel du temps. Instructif, émouvant, il rend un hommage appuyé à des générations de paysans qui n’ont eu de cesse de travailler des terres souvent ingrates. Un hommage, aussi, à l’Urgell qui a su forger son avenir en pariant sur ses propres talents !

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