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MÓRA D’EBRE, AU MIROIR DU FLEUVE

30 Mar MÓRA D’EBRE, AU MIROIR DU FLEUVE

Móra d’Ebre se dresse le long du fleuve, adossée à une petite colline surmontée des ruines du château. On y accède par un pont à arcades qui offre une large vue sur le centre ancien et la ville moderne. Comme un peu partout dans la comarca, à Móra, tout commence avec le fleuve. Une belle promenade longe les flots. Elle révèle la beauté des façades anciennes, autrefois cossues, dont subsistent quelques portails parfois peints d’un bleu marial un peu écaillé, et des terrasses qui laissent encore deviner leurs céramiques. Le fleuve roule, indifférent. Mónica, agent touristique, précise « Móra n’a jamais été un village de pêcheurs, ça peut paraître étrange, mais le fleuve a plutôt toujours été considéré comme une autoroute, pas comme un fleuve nourricier. Móra était un point de communication important entre Tortosa et Saragosse, et aussi un point de contrôle militaire sur le fleuve, il y avait même une tradition de péage ! » à droite s’ouvrent de petites places où nichent la mairie et le Consell Comarcal. Au-dessus du ponton, un sentier panoramique abrupt, percé de quelques miradors à balcons de fer forgé, trace sur le château. Les vues sur la vallée valent largement l’effort de la montée. Le pont actuel fait place à son ancêtre détruit pendant la guerre civile par l’aviation italienne, dont les poutres métalliques ont été réutilisées. « Mais avant la reconstruction, on a utilisé un pont de barques, constitué de bateaux plats juxtaposés. La batterie qui les protégeait était installée dans le château, l’Ebre était un objectif prioritaire » raconte Joan, employé de mairie. En haut, le château, partiellement restauré, semble là de toute éternité puisqu’on y a fouillé des traces ibères, romaines et bien sûr, maures. Il offre la formidable largeur de ses remparts, ses deux tours circulaires construites à l’époque de la guerre de succession d’Espagne, sa citerne, devenue salle d’exposition et même les traces de la terrible bataille de l’Ebre. Après avoir adoré l’Ermitage du calvaire et surtout son mirador encore plus haut que celui du château, on peut redescendre vers la ville à travers les rues étroites pour bien s’imprégner de l’atmosphère de Móra et admirer la façade de la maison Montagut de l’Era avec son blason gravé. Sur l’une des places en contrebas, trônent le couvent des minimes et l’Eglise du Sacré Cœur, le premier temple expiatoire de la péninsule, de style néogothique.

Une capitale miniature

Un peu plus loin, l’église historique, dédiée à Saint Jean Baptiste, est un florilège de styles juxtaposés : roman, gothique, renaissant, baroque… Les rues de la partie plus récente ouvrent de larges saignées bordées de petits commerces et de services. En tant que capitale de comarca, Móra d’Ebre reste un centre économique pour l’ensemble des villages de la Ribera d’Ebre, mais on ressent fortement sa ruralité, accentuée par l’absence de toute structure industrielle. « Nous sommes un peuple de paysans. Ici tout le monde vit plus ou moins de l’agriculture, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire à part le commerce et l’artisanat, mais on vit sans grands besoins », raconte Mercè, pharmacienne. « On a tout ce qu’il faut, même un hôpital ». Pourtant, ici, l’industrie a possédé un de ses fleurons. La gare de Móra la Nova, était la toute dernière desservie par une ligne électrique et il fallait donc ici, changer de train pour poursuivre sa route sur des machines à vapeur, ce qui a considérablement développé la ville. De même la centrale nucléaire d’Ascó et l’unité chimique de Flix ont attiré ici une population immigrée d’autres régions de l’état espagnol et contribué à métisser la population.

Le sens du bien vivre

« Ne croyez pas que cette ouverture date d’un siècle. Le fleuve a toujours favorisé l’arrivée de gens venus de Navarre, de Castille ou d’Aragon. L’accueil est dans notre ADN », précise fièrement Ramon, retraité. « Vous savez l’Ebre ici, c’est tout. Cette année je n’ai pas pu le traverser à la nage le 31 décembre, parce que la manifestation a été annulée, les eaux étaient trop hautes, mais l’an prochain, j’y retourne ! ». Il faut absolument pousser la porte de l’un des petits restaurants populaires de la petite capitale, qui reste un gros bourg de moins de 6 000 habitants, goûter l’une des dizaines de versions de la « clotxa », le pain bagnat local, arrosée de vin de Terra Alta (Gandesa est toute proche), et l’agrémenter en dessert d’un formidable pastisset qu’on vous proposera parfois parfumé d’orange, Xerta et ses orangeraies ne sont pas si loin, non plus. Rien de tel pour comprendre la noble frugalité de ces terres. Il vous reste maintenant à visiter les alentours, avec leur alternance de zones irriguées où poussent pêchers et cerisiers, et de collines sèches livrées à la danse bleue des oliviers. Prenez pour guides les ermitages, ils sont un excellent baromètre de la vie sociale et des fêtes traditionnelles. D’abord les chapelles baroques et jumelles de Santa Madrona et de Sant Jeroni, juste séparées par une promenade de cyprès centenaires protégés comme des monuments historiques. Comme souvent, les ermitages ont été construits près d’une belle source claire, et présentent un vaste parvis. C’est un haut lieu d’aplecs sardanistes et de fêtes populaires, avec une procession très courue le 1er mai et une paella géante le quatrième dimanche de ce même mois. Si vous passez par là… Un peu plus loin, sur un tertre relativement élevé (400 m), les modestes proportions de l’ermitage roman de Santa Magdalena veillent sur la route qui reliait autrefois la comarca de la Ribera d’Ebre à celle de Terra Alta : encore un point de vue magnifique sur la cambrure du fleuve et le méandre parfait de Flix. Dans les deux cas, ne vous attendez pas à jouir d’une belle solitude : pique-niques, enfants qui jouent, photographes et peintres se disputent les lieux ! De retour à Móra, vous serez tout de même surpris par l’animation qui règne dans les rues le soir venu.Les gens qui travaillent la terre ont délaissé leurs champs avec la fuite du soleil et c’est une autre tranche de vie qui commence, collective, dans les cafés et les restaurants. à travers les siècles, l’orient pousse encore un peu son croissant…

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