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OLOT, CAPITALE DES PESSEBRES

05 Déc OLOT, CAPITALE DES PESSEBRES

Niché entre les volcans, au cœur de la Garrotxa, Olot est le bastion incontesté de l’identité catalane, le champion de la charcuterie et de la ratafia, un modèle de dynamisme industriel à échelle humaine, le lieu de naissance d’une magnifique école picturale, mais aussi et peut-être surtout, la capitale internationale des pessebres !

olot2Une histoire d’école

Et tout est lié, bien sûr, dans le destin hors normes de la capitale de la Garrotxa. Au départ, il y a l’école de dessin locale, fondée par Iu Pascual, qui va donner naissance à un mouvement pictural centré sur le paysage, connu sous le nom d’école d’Olot et porté par Joaquim Vayreda. Loin d’être le cadre obligé d’une scène mythologique, religieuse ou simplement quotidienne, le paysage devient un personnage à part entière, saisi sur le vif, à l’instar de l’Ecole de Barbizon en France. De nombreux élèves suivent les cours, il est donc vital de leur trouver des débouchés professionnels moins hasardeux que l’aventure artistique.

Un noble artisanat

Or, dès 1750, Olot comptait des petits ateliers d’artisans qui sculptaient, en ces temps de catholicisme triomphant, des figures religieuses. Joaquim Vayreda, son frère l’écrivain Marià Vayreda et le peintre Josep Berga décident donc de fonder un grand atelier de fabrication de saints, El Arte Cristiano, pour permettre à leurs élèves de vivre de leur art sans quitter leur bien-aimée Garrotxa. Très vite, l’activité explose, dopée par l’utilisation du carton-pâte, béni par l’Eglise au contraire du plâtre, trop proche de la glaise dans laquelle Dieu sculpta Adam et Eve. Les dés sont jetés.

Une myriade d’ateliers

Une myriade d’ateliers voit le jour, employant sculpteurs, mouleurs, peintres, décorateurs et costumiers. Ils s’exportent dans toutes les Espagnes, en Amérique du sud, en Europe… Tous ces ateliers ont des noms castillans, signe de l’époque, qui font directement référence à la religion : Sagrado Corazón, las Artes religiosas, El renacimiento, El Arte Olotense, El bueno pastor etc. Sous le franquisme, l’industrie des statues religieuses est florissante mais les réformes de Paul VI, connues sous le nom de Vatican II, qui prisent peu le culte des saints et le monumental, vont y mettre un frein appuyé.

Naissance des santons

Qu’importe ! Entre-temps, Olot s’est diversifié en se tournant vers les santons et les décors de crèche, qui miniaturisent la technique de base. Il ne s’agit pas de figurines standard, mais de petites statues expressives, de véritables personnages destinés à intégrer une dramaturgie. Les pessebres ne sont pas une nouveauté à Olot. Dès 1881, on en avait exposé un dans le joli ermitage de Sant Francesc blotti au cœur de la caldeira du volcan Montsacopa. En 1913, c’était l’église paroissiale Sant Esteve qui recevait une crèche que les Olotins venaient admirer en haut du grand escalier monumental.

Une affaire de famille

Dès la fin du XIXe siècle, l’exemplarité des ateliers, et la facilité à se procurer des figurines conduisent les gens à faire des crèches chez eux, n’hésitant pas à passer des soirées entières à créer des décors, sacrifiant la surface d’un buffet ou d’une table pour retracer les scènes de la Nativité comme cela se fait dans d’autres espaces ibériques et à Naples, ancienne possession catalane. Deux axes sont privilégiés : la reconstitution avec des habits issus de l’Antiquité et une Palestine fantasmée, la transposition en Catalogne avec une nativité pastorale et locale.

olot4Un catéchisme domestique

C’est pain bénit pour l’église, qui peut ainsi décliner le temps de Noël au cœur des foyers, imposer une imagerie populaire et rythmer l’arrivée des santons dans la crèche. Jésus nouveau-né, le 24 décembre à minuit, puis les Rois Mages, le 6 janvier au matin et pas avant. En contrepoint des innombrables crèches vivantes et des pastorets, véritables oratorios naïfs de la nativité, les pessebres sont l’occasion de délivrer le catéchisme au cœur des familles de façon ludique et légère, et de faire des enfants les meilleurs des ambassadeurs.

Des décors soignés

Autour de la statuaire, miniaturiste ou non, expressionniste ou pas, il faut fabriquer toute une série d’éléments : rochers, fleuves, vieux mas catalans, poulaillers, troupeaux de moutons, de vaches, dromadaires, ânes, bœufs, grottes, étables, étoiles, glaives flamboyants… Les décors des crèches sont infinis et constituent un commerce parallèle des plus lucratifs qui exporte aux USA, au Canada, au Portugal, en Italie et dans les pays de l’Est. Ici, pas question de délocaliser. Ce qui est prisé, c’est un savoir-faire multiséculaire.

Congrès international

Parallèlement à cette présence des pessebres dans les foyers et les églises, l’idée de les exposer naît en Andorre à Engordany en 1953, mais très vite, Olot s’en saisit. En 1992, dans le droit fil des Jeux Olympiques et de la commémoration de la découverte des Amériques, et à l’initiative de Jordi Pujol, alors président de la Generalitat, Olot accueille un Congrès Mondial de Pessebrisme qui la sacre définitivement capitale. Ainsi voit le jour la Mostra de Pessebres telle que nous la connaissons aujourd’hui et dont 2016 sera la 24e édition.

Une scène immuable

Il s’agissait au départ de revitaliser le secteur de l’imagerie des pessebres et de faire connaître au monde entier les ateliers de statuaire, mais l’intention a été largement dépassée par l’engouement du public, qu’il s’agisse de participation locale ou de visiteurs parfois venus de loin. Dans l’ancien cloître du Musée de la Garrotxa où veillent les œuvres des grands paysagistes du cru et les sculptures de Josep Clara, s’alignent une bonne centaine de dioramas représentant à l’envi la même scène à savoir la Vierge, Joseph et l’enfant-Jésus juste après sa naissance.

Une infinité de variations

La même scène, certes, mais traitée avec une infinité de variations. D’abord, il y a les personnages, tantôt en mouvement, presque dansants, tantôt statiques, dans la tradition provençale, en glaise, en carton-pâte, en pâte à modeler, en bois, en paille. Ils peuvent être vêtus de costumes en tissu ou simplement peints. Mais surtout, la scène se réinvente au soleil du Moyen Orient, dans les neiges de Cerdagne, en pleine campagne, avec toujours un détail pour situer l’action : un pont ou une chapelle reconnaissables, par exemple.

olot3Tout est dans le détail

Les détails sont incroyables de minutie, comme les petits pains ronds qu’un garçon de ferme sort du four et qui sont de vrais pains ! Ou encore ces arbres si réalistes qu’on dirait des bonsaïs ! Une cobla accompagne la ronde de sardanistes chaussés d’incroyables vigatanes plus vraies que nature. Les instruments sont reproduits à la perfection, jusqu’au nombre de cordes de la contrebasse ! On devine les heures de travail minutieux, de patiente documentation, et surtout la passion qui sous-tendent un tel rendu.

Un événement prisé

Chaque année, un artiste à l’honneur est invité à réaliser une dizaine de dioramas et une centaine d’autres sont exposés. Ce n’est pas simple, comme le confie Miquel Serrat, cheville ouvrière depuis le début. Il faut attribuer les espaces de chacun sans mécontenter personne, s’assurer que les dioramas sont éclairés selon la volonté des pessebristes, répondre à toutes les demandes. La récompense, c’est ce flux ininterrompu de visiteurs qui s’attardent devant chaque crèche, souvent accompagnés d’enfants !

Une planète active

Sur la planète Pessebre, Olot est très actif. L’Association des pessebristes de la ville vient de participer au 56e congrès national de pessebristes de Séville le 13 octobre, et au Congrès International de Bergame en Italie, le 19 octobre. En parallèle, de septembre à juillet, le cours de pessebrisme accueille des passionnés de tout niveau : perspective, groupe de personnages, montages, décoration, éclairage, finitions, vraiment, le pessebrisme est un art !

Bref, vous l’avez compris, la relève est assurée, et la passion des pessebres n’est pas près de s’éteindre au cœur de la Garrotxa, à la fois héritière d’un mouvement pictural prestigieux, d’un savoir-faire unique, et attachée à exprimer un enracinement têtu dans les traditions catalanes. Offrez-vous un voyage sur la planète Pessebre, c’est à Olot et nulle part ailleurs !

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