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Rencontre avec Neus Vila

01 Fév Rencontre avec Neus Vila

Neus Vila a travaillé pendant quinze ans à promouvoir la destination touristique Gironès au Conseil Comarcal. Depuis deux ans, elle est la directrice de la communication de la Fortalesa : toute une vie au service de l’amour d’une terre.

Cap Catalogne : Bonjour Neus. Nous sommes sur la terrasse de La Fortalesa et devant nous s’étend la plaine du Gironès. L’émerveillement est toujours au rendez-vous ?

Neus Vila : Je suis née à Salt et je vis depuis plus de vingt ans à Girona. Ce pays, il est marqué à jamais dans ma chair et mon âme. Je l’ai parcouru, enfant, dans les pas de mon père. Chaque dimanche, il nous faisait découvrir un village après l’autre et nous avions la mission de faire une rédaction ou un dessin en guise de compte-rendu, si bien que tout est resté dans ma mémoire. J’ai su très jeune qu’il y avait des dépaysements tout proches. J’ai arpenté les forêts, les rues pavées, j’ai assisté à des aplecs, si bien que j’ai pu acquérir dès l’enfance une approche globale de ce territoire. C’est pour cette raison que lorsque j’ai dû réfléchir à un slogan – et je suis heureuse de constater qu’il est toujours le même aujourd’hui -, j’ai immédiatement pensé à la notion de promenade, d’itinérance : « Terra de Passeig » (Terre de Passage). Parce que vous savez un slogan ne fonctionne pas que vis-à-vis de l’extérieur. Il faut que les gens d’ici puissent se l’approprier. La notion de promenade permet d’associer tous les maillons de la chaîne, tous les sites, tous les villages, et aussi de donner au visiteur le désir de découvrir, de se laisser aller le long de chemins balisés. Le Gironès, c’est d’abord ça, une invitation au voyage.

CC : Pour beaucoup de gens, comme la comarca est assez récente, c’est d’abord et avant tout Girona…

NV : La région est née d’un découpage administratif dans les années 80. évidemment, pour tout le monde, le repère c’est la capitale. Ça tombe bien, Girona, c’est le bijou absolu de la comarca. Se perdre dans ses rues étroites, dans les venelles du call, et tomber devant le miracle de la cathédrale avec son énorme escalier, passer des bains maures aux chemins de ronde, tellement poétiques avec leur vue plongeante sur les cours et les jardins… Girona c’est une vraie merveille et maintenant qu’elle est à la mode, qu’elle devient un peu plus cosmopolite, elle a conscience de sa beauté. Elle a tout d’une grande ville mais sait rester un vrai village, convivial et somme toute assez petit. Pourtant croyez-moi, on aurait tort de se limiter à Girona. Quand j’ai commencé à travailler avec les maires des villages et aussi avec les chefs d’entreprise pour développer le tourisme dans toute la comarca, je me suis rendu compte de deux choses : d’abord nous sommes une sorte d’échantillon de la Catalogne continentale, on trouve ici tellement de paysages ! Ensuite, tout est à notre portée, nous sommes à deux pas de la frontière, de Barcelone, de la sublime Costa Brava que j’adore, de la neige… évidemment nous n’avons pas l’identité historique de l’Empordà ou de la Garrotxa mais nous avons de très jolis petits villages médiévaux qui gagnent à être connus comme Madremanya, Llagostera ou Sant Martí Vell. Nous avons des ermitages qui sont de vrais belvédères comme celui de Rocacorba ou le sanctuaire dels àngels que Dalí a choisi pour épouser Gala : de là-haut, on voit la chaîne des Pyrénées, le Canigou, la mer, et de l’autre côté le Montseny. Une splendeur ! Quand on se promène dans la vallée de Llémena, on est au cœur de paysages volcaniques adoucis avec des cratères très larges et des gorges qui dessinent de grandes vasques de lave. C’est un paysage absolument unique, et pourtant extrêmement différent selon les saisons. à deux pas de Girona, on peut longer les rives des quatre rivières, s’enfoncer dans les arbres de la Devesa ou prendre le soleil dans la vallée de Sant Daniel. La nature est partout. Le Gironès invite à l’errance, à la découverte. On s’y perd en permanence pour mieux se retrouver.

 

« La notion de promenade permet d’associer tous les maillons de la chaîne, tous les sites, tous les villages, et aussi de donner au visiteur le désir de découvrir, de se laisser aller le long de chemins balisés : le Gironès, c’est d’abord ça, une invitation au voyage. »

 

CC : On vous sent très passionnée. Vous avez voué votre vie à faire aimer cette terre…

NV : Faire aimer une terre c’est un travail de fourmi.  Ici, il y a encore des paysans et il y a toujours de l’industrie. La modernité n’a pas détruit l’agriculture. Les paysages ont été préservés. Les hommes ne sont pas déconnectés de leur milieu naturel. C’est très important pour comprendre, par exemple, pourquoi nous avons une gastronomie aussi extraordinaire avec le meilleur restaurant du Monde au Celler de Can Roca et une myriade de restaurants de très haute tenue sur tout le territoire qui font une véritable cuisine d’auteur. Tout vient du produit. Ici il est traçable, il est local. Il correspond à la philosophie de Josep Pla quand il parle d’un paysage dans la casserole. Par exemple, à la ferme de Selvatana, à Campllong, les vaches produisent un lait local exquis. Quand on le boit, on sait d’où il vient, ça change tout ! Nous avons le sens du travail d’équipe et c’est ce qui me plaît. Tous ces gens qui entreprennent sur une idée, sur une passion du travail bien fait, c’est aussi une marque du territoire. On avance peut-être moins vite ensemble mais on va forcément plus loin. C’est le symbole des castells, toutes les générations, tous les gabarits, un seul but. Ou de la sardane. Ou même dans une certaine mesure du football. Il s’agit d’identité. Je suis un ardent supporter du Barça et aussi du club de Girona. Des deux. Mais si jamais le Barça était opposé au Girona, alors je soutiendrais mon petit club ! Je crois à la force de l’ultra-local parce qu’il est authentique. Il relie les gens à leurs racines et c’est une quête universelle.

 

« Faire aimer une terre c’est un travail de fourmi. »

 

CC : Vous avez choisi le tourisme à cause de cette incroyable envie de partage que l’on sent chez vous ?

NV : Oui. Par exemple j’ai envie de partager ces paysages. Justement, ils font partie de ces signes qui marquent une vie. Enfant, je venais ici avec mes grands-parents et voilà que j’y travaille ! C’est un peu comme si la montagne m’avait attendue… D’ailleurs vous savez, les gens ont tellement besoin de la nature qu’ils adorent étreindre les arbres pour prendre leur force ! Le Gironès, c’est de la nature à l’état pur, un peu de vigne, très peu, en fait une seule cave à la limite de l’Empordà, beaucoup de chênes lièges, les forêts des Gavarres et la plaine, fertile, généreuse. C’est ce que j’aime ici. Il y a quelques années, considérant que nous n’avions pas de façade maritime, nous avons voulu développer des activités aquatiques. Cela a donné un très beau trekking dans les gorges de Canet d’Adri. C’est ce que j’aime, tisser de petites choses ensemble pour obtenir un maillage serré, fédérer les énergies. Parce qu’au fond, toutes les initiatives se rejoignent, elles se renforcent mutuellement pour donner une offre plurielle et rendre justice à la qualité de notre patrimoine culturel et naturel, elles font aussi connaître notre sens de l’accueil et du partage. Ici, les gens ont le sens de l’effort en commun, c’est une constante culturelle et historique. C’est ça la véritable unité du Gironès : l’envie de faire, de savoir-faire et de faire savoir. C’est ce à quoi je m’attelle tous les jours de ma vie. Passionnément !

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