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Rencontre avec Vicenç Roig i Soler

30 Juil Rencontre avec Vicenç Roig i Soler

Vicenç Roig i Soler est le maire du joli village de Montoliu et le conseiller en charge du tourisme au Consell Comarcal de la Segarra. Rencontre avec un – jeune – passionné de la vénérable institution.

Cap Catalogne : Bonjour Vicenç. Si vous deviez dresser un portrait chinois de votre comarca, qu’est-ce que vous mettriez en avant ?

Vicenç Roig i Soler : D’abord, il faut bien voir que c’est une petite comarca. Il y a Cervera, bien sûr, avec son énorme patrimoine mais sa gestion touristique dépend de la municipalité. Nous, notre mission est toute autre, elle consiste à aider à se développer de petits noyaux de population à caractère essentiellement rural, une vingtaine de petits villages qui ne disposent pas de moyens propres pour assurer leur promotion et leur développement. L’enjeu se situe beaucoup autour du tourisme rural et des gîtes.

CC : Vous pariez beaucoup sur le tourisme vert et familial ?

VRS : Oui, mais dans un deuxième temps. Nous voulons d’abord promouvoir nos atouts, au premier rang desquels nos châteaux. Nous avons été une zone de frottement entre les Musulmans et les seigneurs chrétiens de la reconquête. Chaque butte, chaque colline a été l’objet de combats. Du coup, nous possédons des merveilles, comme par exemple la tour de Vallferosa dont la datation au carbone 14 indique une construction initiale au VIIIe siècle ! Ou encore la magnifique ville close de Montfalcó. Tout n’appartient pas à des entités publiques, beaucoup de châteaux sont privés, souvent conservés dans les familles par la lignée féminine, mais nous avons créé des routes généralement faisables en vélo et en famille pour permettre une découverte qui allie nos paysages et notre patrimoine. Au château de Concavella, un centre d’interprétation permet d’aborder plus directement l’histoire de la comarca. Il faut d’abord donner envie aux gens de venir, ensuite, se donner les moyens de bien les recevoir !

CC : Il y a beaucoup de gîtes ruraux. Les propriétaires ont-ils été aidés par des fonds publics ?

VRS : Dans un premier temps, oui. Les crédits européens FEDER ont accompagné une première vague et nous avons été au centre du dispositif, puisque le Consell Comarcal était le service instructeur. Mais la crise de 2008 a rebattu les cartes et depuis maintenant quelques années nous voyons des gens investir des fonds privés pour créer des lieux d’accueil magnifiques dans d’anciens mas ou dans de belles maisons seigneuriales du XVIIe et du XVIIIe siècle, un âge d’or pour la comarca qui était un véritable grenier à blé. C’est un excellent signe, les gens investissent dans le tourisme de la Segarra parce qu’ils croient, comme nous, à son énorme potentiel sans qu’il y ait de contradiction, au contraire, avec la tradition paysanne.

CC : On voit qu’il y a beaucoup de terres agricoles, et aussi de l’élevage…

VRS : C’est assez varié, nous avons des vaches et des veaux à viande au nord, puis des chèvres et des brebis disséminées un peu partout avec une belle production fromagère. Évidemment, nous comptons aussi avec des élevages de porcs et de volailles et des cultures céréalières de colza, de blé et d’orge qui côtoient les oliviers et amandiers traditionnels des zones plutôt arides. Mais nous avons également de la vigne au sud de la comarca qui doit beaucoup aux Français ! Quand le phylloxéra a frappé le vignoble français, ils sont venus produire ici avant que l’insecte ne les rattrape ! Il a fallu arracher et replanter mais beaucoup se sont établis ici et ont apporté leur savoir-faire en matière de vinification. C’est ainsi qu’est née notre appellation d’origine contrôlée « Costers del Segre ». Tout cela, les visiteurs peuvent le découvrir en suivant la route des châteaux. Tous les ans, nous organisons en outre une « marche des châteaux » qui attire de plus en plus de monde, sans parler des visites commentées ou certaines théâtralisées. Comment mieux découvrir nos paysages que du haut des chemins de ronde ? C’est le rôle du Consell Comarcal d’essayer de mutualiser les ressources pour faire connaître la Segarra.

CC : Qui vient en Segarra ?

VRS : Une grosse clientèle de week-end qui vient principalement de Barcelone et de plus en plus de Girona car nous sommes très bien desservis : l’autoroute relie Barcelone à l’Andorre, la C25 nous relie à Girona, Lleida est à deux pas et en plus nous avons le train. L’accès est donc très facile mais surtout, les gens sont en quête d’authenticité, ils souhaitent pouvoir se déplacer en famille et trouver une qualité de vie, de silence, de convivialité, qui permette une vraie rupture avec la ville. C’est ce changement de rythme qui est notre meilleur atout.

CC : Donc, une clientèle essentiellement intercatalane. Les gens viennent des autres parties de l’État Espagnol, par exemple les Aragonais, qui sont tout proches ?

VRS : Non, quand ils viennent c’est vraiment de passage parce qu’ils rallient Barcelone, donc ils passent rarement la nuit dans la comarca. En revanche, nous avons l’été de plus en plus d’étrangers, notamment Français en premier lieu, mais aussi Belges, Allemands… Il semble que le bouche à oreille commence à fonctionner. Le tourisme de la Segarra se développe et nous sommes très heureux de pouvoir accueillir ces visieturs et voyageurs venus de tous horizons.

CC : On lit beaucoup d’articles sur des villages qui se dépeuplent. C’est le cas ici ?

VRS : Non, la population est stable. Bien sûr les anciens meurent, mais des jeunes viennent s’établir, donc de ce côté-là tout va bien pour la vingtaine de villages qui compose la comarca. Moi-même, je suis natif d’Igualada. J’avais des racines par ici, je suis venu travailler et je suis resté parce que j’aime ce pays et la vie que j’y mène. Je n’envisage pas du tout de vivre ailleurs…

CC : Nous avons beaucoup parlé des châteaux médiévaux, mais le patrimoine romain de Guissona doit également être un atout ?

VRS : Oui, outre l’indéniable intérêt des trouvailles archéologiques, il montre que ces terres ont toujours été habitées et prouvent stratégiquement leur importance. Enfin, il y a le marché romain qui attire toujours énormément de monde.

CC : Quand on regarde le calendrier de l’année on se rend compte qu’ici on aime la fête.

VRS : On aime la fête et la tradition ! Songez que la Passion de Cervera est la plus ancienne d’Europe, c’est ce qui lui a valu de disposer de son propre théâtre ! Nous essayons aussi de dynamiser le territoire avec des foires comme la Fira de la Carbassa, des fêtes traditionnelles comme la Festa del Brut i de la Bruta, autour du Jeudi gras, et bien sûr des musts comme l’Aquelarre. Il y a toujours quelque chose à voir ou à faire, c’est vrai pour les habitants comme pour les visiteurs.

CC : Vous avez aussi une belle offre gastronomique…

VRS : Là, c’est le kilomètre zéro qui s’impose, ce qui est assez logique dans un pays d’agriculture comme le nôtre. Nos restaurateurs savent allier à merveille les recettes de nos grands-mères et des audaces beaucoup plus contemporaines, mais la qualité est toujours au rendez-vous. On mange très bien dans la Segarra ! D’ailleurs figurez-vous que nous produisons de la bière artisanale et de la liqueur de thym. Les gens de la Segarra sont des bons vivants.

CC : Justement, citez-moi ce que vous considérez comme le plat le plus typique.

VRS : Je dirais l’ « Ofegat », un ragoût local fait à base de museau, d’oreille et de joues de porc. Délicieux et roboratif…

CC : En un mot, qu’est ce qui définit le mieux la Segarra ?

VRS : C’est difficile, il y a tant de choses que je pourrais répondre : nos murs de pierres sèches ou nos paysages vallonnés mais je crois quand même que ce qui résume tout, c’est la qualité de vie. Dans la Segarra on vit vraiment bien.

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