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SANTA COLOMA DE FARNERS, CHIC ET MINIMALISTE

05 Jan SANTA COLOMA DE FARNERS, CHIC ET MINIMALISTE

Là où la plaine de la Selva s’arque pour dessiner les premiers contreforts du massif des Guilleries, Santa Coloma de Farners s’étale, blottie entre forêts, rivières et fontaines. Une destination 100 % nature élégante et infiniment zen !

Les créneaux précis du château de style roman dentèlent le haut de la colline. Ils ornent une muraille et un donjon circulaire de 12 mètres de haut. Nous nous trouvons en effet exactement sur la ligne qui relie l’Osona à Girona, une des transversales les plus importantes de la vieille Catalogne, essentielle à surveiller au Moyen-âge pour prévenir toute invasion et contrôler l’économie. Ici, commerce et guerres n’ont jamais manqué de se cotoyer, faisant tantôt la fortune tantôt le malheur de la ville, d’ailleurs presque totalement détruite pendant la Guerre des Faucheurs (1640) et peu épargnée par les grands tremblements de terre du début du XVe siècle. C’est pourtant aujourd’hui une atmosphère de prospérité tranquille qui semble prédominer et inviter à une vacance sereine. Le XIXe siècle est passé par là avec sa révolution industrielle, ici incarnée par la culture du liège, dispensant une aisance bienvenue qui s’est aussitôt traduite par une architecture cossue et avant-gardiste. Tout, en effet, évoque ici la villégiature, à commencer par une belle curiosité locale, le Parc Sant Salvador situé non pas en lisière du noyau urbain, mais en plein centre de l’agglomération. « C’est notre monument vivant » explique Lluís, étudiant en Arts Plastiques. « Il sait tout de nous à tous les âges. Pour moi, c’est l’emblème de notre ville, parce qu’il est vraiment unique. C’est bien plus qu’un parc ». Si cet espace vert est impeccablement soigné, il garde la magie des jardins à l’anglaise avec leur supplément d’âme lié à l’aspect naturel de la végétation qu’aucune taille ou dessein humain ne contrarie. La présence têtue des arbres, le libre cours de la rivière, évoquent irrésistiblement une vraie forêt et distillent un incomparable sentiment de liberté qui semble aimanter les promeneurs, toutes générations confondues. Planté de plus d’un millier d’arbres, surtout des platanes, il épouse le lit de la rivière, juste au pied de la montagne. C’est un haut lieu de promenade, prisé pour ses vastes zones ombragées, ses aires de jeux, la beauté de ses feuillages en toute saison, et bien sûr ses deux fontaines. La première, la fontaine de Sant Salvador est un énorme rocher d’où sortent trois sources. Elle rappelle la légende qui veut que le saint ait fait jaillir de l’eau de la roche. La deuxième, rouillée et chaude, livre des eaux sulfureuses. Le génie populaire, qui n’apprécie guère ses qualités gustatives, l’a qualifiée de « Font Picant ». Les deux fontaines président aux innombrables activités qui se déroulent dans le parc où les habitants se retrouvent pour aller chercher de l’eau, faire un tour en vélo, s’offrir un petit parcours de santé ou participer aux nombreuses fêtes qui s’y déroulent au fil de l’année. Tout au bout de cette oasis naturelle se trouvent les Thermes d’Orion, d’une belle architecture néoclassique : « le pouvoir de nos eaux a été découvert en 1860 quand un médecin a trouvé un blessé immergé dans une mare d’eau chaude, encore vivant malgré des blessures considérées comme létales. Depuis lors, nous sommes devenus une station thermale » explique Laura, spa practicienne. Les bienfaits de ces eaux silicatées, sodiques, fluorées et bicarbonées ont même donné naissance à des thermes ultramodernes, le centre Magma, qui offre toute une série d’expériences sensorielles soutenues par des dispositifs numériques hi-tech autour de l’immersion dans les sources locales. Ici tout invite au bien-être et à l’harmonie. à la belle saison, les gorges d’en Vilà, une jolie retenue d’eau en forme de piscine, accueillent d’autres baignades encore. Santa Coloma est un paradis pour tous ceux qui aiment s’immerger dans la nature.

Modernisme et tradition

Le centre-ville alterne curiosités locales et éléments prestigieux du patrimoine, comme l’église paroissiale d’origine romane largement remaniée à l’ère baroque. Elle abrite un très bel ensemble sculptural signé Josep Martí i Sabé et s’adosse à un imposant clocher carré de 36 mètres. Au fil des rues, non loin de la grande place qui accueille tous les lundis un marché coloré, un jardin insolite regorge des plantes aromatiques et médicinales qui composent la ratafia, la liqueur fétiche des Catalans, dont Santa Coloma est l’épicentre incontesté. La ville est d’ailleurs le siège d’une fête emblématique qui attire des passionnés venus de tout le pays, qu’ils soient simples consommateurs ou fabricants de liqueur. Un énorme pressoir à raisin, de 7,5 m de long et d’un poids de 3 tonnes retrouvé en 1999 dans un entrepôt municipal à la faveur de travaux, attire le regard. En réalité, il date de 1693 ! Réalisé en chêne local selon une technique qui remonte au Ier siècle de notre ère, il rappelle un temps où les vignes couraient alentours. Mais l’unité profonde de la ville, son empreinte la plus prestigieuse,  c’est le Modernisme. Il trouve ici quelques fleurons notables comme la Casa Bofill avec son bow-window suspendu à sa façade ornementale, ses combles à arcades et sa tour ou encore Can Huix avec ses belles fenêtres rouges, ou Can Gironès, devenu centre culturel sous le nom de « Maison de la Parole »… « Ici on oscille entre plusieurs dominantes, les demeures des fabricants de bouchons de liège, les demeures paysannes cossues, mais aussi les maisons de villégiature liées aux eaux thermales. S’il fallait trouver un dénominateur commun, ce serait sans doute la force tranquille. Ici, on vit au rythme de la nature. Quand on a vécu vingt ans à Barcelone comme moi, c’est appréciable » nous dit Linda, commerçante et catalane d’adoption ! Sans compter qu’ici, le miracle économique du XIXe, porté par les suberaies qui recouvrent les adrets, a entraîné dans son sillage toute une vie culturelle brillante avec des journaux, des associations, des ensembles musicaux, des cafés et des foires agricoles de premier plan. Santa Coloma est la patrie de l’immense Salvador Espriu, qui manqua de très peu le Prix Nobel, et du poète Joan Vinyolí, à qui un espace est d’ailleurs dédié. Une vraie petite capitale culturelle ! Tout autour de la ville, la montagne abrite des hameaux un peu perdus et surtout, des ermitages nichés dans la verdure ou perchés sur d’improbables belvédères.

Oasis et errances

Ils font l’objet d’un itinéraire balisé particulièrement agréable : la Route des 10 Ermites, un périple de 66 kms à travers le Massif des Guilleries bouclé en 3 jours. Outre les ermitages, ce parcours permet de découvrir d’autres splendeurs locales, telles que le château de Farners, la Pierre des évangélistes ou encore la Roche d’Abellara. Cet itinéraire peut se faire à votre gré en fonction du temps dont vous disposez. Notez au passage l’Ermitage de Farners, une chapelle du XIIe siècle dotée d’ajouts réalisés à l’époque baroque et d’une belle abside en demi-cercle. La statue romane de la Vierge de Farners qui y trône fièrement est certes une copie, mais elle mérite le détour. Sur l’esplanade, devant le préau voûté qui jouxte le clocher-mur, se déroulent nombre de rassemblements festifs. Plus loin, l’Ermitage de la Vierge du Pedró, miniature à nef unique avec un beau portail en plein cintre surmonté d’un œil de bœuf et d’un clocher-mur, exhale la simplicité de la foi paysanne. Au contraire, Sant Pere Cercada, un instant pressenti pour devenir abbaye, impose un roman tardif magnifique, notamment dans la belle facture des chapiteaux de son cloître, témoins de son destin contrarié. Le tout petit cimetière de Santa Margarida de Vallors hisse vaillamment ses croix face à l’énormité de la montagne. Son clocher à toit pyramidal couvert de tuiles vertes vernissées prend des airs de minaret égaré. Si vous êtes photographe, ou simplement fou des points de vue époustouflants, ne ratez sous aucun prétexte le mirador de Santa Bàrbara qui vous ouvre l’horizon sur l’ensemble de la plaine de la Selva. Pour traverser tant de beauté, les prétextes ne manquent pas… Outre les ermitages, vous pouvez mettre vos pas dans ceux du grand bandoler Serrallonga (Joan Sales i Ferrer), justicier populaire à la Robin des Bois, qui trouva ici refuge pendant des années avant d’être capturé et exécuté. Dans une comarca qui est d’abord celle de l’eau, ou plutôt des eaux, la « route de l’eau et des roches » est une véritable merveille et une incomparable clé du territoire. Si pour vous, l’histoire est un guide qui fait sens, vous pouvez aussi opter pour le chemin des Faucheurs. Santa Coloma de Farners regorge de propositions à coupler avec la pratique de la randonnée, du vélo ou du VTT. Et n’oubliez pas que les eaux chaudes ne demandent qu’à refermer leurs bras sur vous pour vous accorder le repos du guerrier, en mode classique ou en mode branché ! Une destination bien-être, culturelle, naturelle, inoubliable !

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