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Site archéologique d’Empúries, le testament des pierres

02 Août Site archéologique d’Empúries, le testament des pierres

A l’Escala, le site archéologique d’Empúries est situé en bord de mer, tout près de l’embouchure du Fluvia, dans un paysage magnifique qui évoque irrésistiblement la Grèce. C’est le gisement gréco-romain le plus important de Catalogne.

On y trouve en effet les vestiges de la ville grecque d’Emporion, un comptoir installé en 580 av. JC par les Phocéens sans aucune velléité de colonisation. Il s’agissait pour ces Grecs de faire du commerce avec les tribus ibères. Selon Strabon, reporter infatigable de l’épopée romaine, ces Phocéens se seraient installés au départ sur une petite île aujourd’hui disparue, au sud extrême de la baie de Roses. Un endroit chargé d’histoire puisqu’il était déjà occupé pendant l’âge de fer par des peuples en lien avec les Phéniciens ! C’est tout autre chose à partir de 218, quand les Romains, inquiets de l’avancée des troupes carthaginoises et englués dans les guerres puniques, décident de leur couper la route au niveau de la péninsule ibérique. Emporion devient alors un port stratégique, avant de prendre le nom latin d’Emporiae. Il voit bientôt arriver en masse des troupes qui installent un immense campement. Très vite, ce qui devait être une campagne militaire devient le tremplin d’une occupation en règle qui voit naitre l’Hispanie Citérieure et ouvre en quelque sorte le chemin de la gloire vers la Tarraco Romana, l’actuelle Tarragone qui en devient la rayonnante capitale. Très vite, dans la foulée des militaires, des familles s’installent et bâtissent une ville. Ce cas unique permet aux archéologues et au public d’avoir une vision croisée de l’urbanisme grec et de l’urbanisme romain, même si, inéluctablement, l’identité phocéenne finira par se dissoudre dans cet ensemble plus vaste et plus puissant. Sans surprise, les Grecs adaptent toujours leurs constructions à la configuration du terrain comme le montrent leurs amphithéâtres adossés au relief. En l’occurrence, ils ont construit à même les rochers du bord de mer alors que les Romains ont cherché à aplanir pour créer un plan en échiquier sur le plateau immédiatement afférent. Chance pour les archéologues, la cité tombe peu à peu en désuétude dès le IVe siècle du fait de l’ensablement, et à l’époque médiévale, préférence est donnée à l’arrière-pays. à l’exception de la partie encore enfouie sous le hameau de Sant Martí d’Empúries, il reste ainsi intact et ne doit sa dégradation qu’aux ravages du temps et aux inévitables rapines des hommes, comme les bâtisseurs du port de l’Escala tout proche. En 1908, le grand architecte Josep Puig i Cadafalch et l’association des musées de Barcelone lancent une première campagne de fouilles. Plus de 100 ans plus tard, le site ne cesse de livrer de nouveaux secrets, comme une mémoire en marche, pressée de raconter sa fabuleuse histoire. Et il n’est exploré qu’à 40 % à peine ! Vous savez presque tout. La visite peut commencer et révéler des maisons et des infrastructures qui n’ont pas grand chose à envier à nos équipements modernes : de fabuleuses céramiques  aux motifs géométriques ou réalistes, souvent polychromes, ornent les sols, parfois les murs. Quelques peintures murales ont survécu, et surtout, on trouve trace des latrines et des thermes publics et privés avec leurs adductions d’eau incroyablement perfectionnées, des bâtiments administratifs, deux forums et des places qui permettent, avec un peu d’imagination, de retrouver la vie ici, il y a une vingtaine de siècles. Eau chaude, chauffage central, œuvres d’art ornant les demeures, grands marchés, discussions politiques, les patriciens vivaient au fond une vie très semblable à la nôtre.

Une histoire à revivre

L’impeccable agencement des rues pavées, avec leurs trottoirs, évoque nos villes modernes. Du côté de la ville grecque, même si le port a été totalement ensablé, un môle de 80 mètres subsiste. Il suffit de regarder la baie de Roses, classée parmi les plus belles du monde, et là encore, un monde de pêcheurs et de commerçants semble reprendre vie. Empúries, s’il n’a pas été conservé par la lave comme Pompéi, est remarquablement préservé. Il faut deux bonnes heures pour faire le tour de ces ruines somptueuses, mais elles sont si parlantes, si diverses qu’on ne voit pas le temps passer. Un conseil, prenez un chapeau, car malgré la jolie scansion des cyprès, l’ombre est rare ! Le passage au musée apporte, outre une fraîcheur bienvenue, un éclairage indispensable. Vous y trouverez des outils ibères en bronze, qui comptent parmi les plus anciens jamais fouillés mais témoignent d’une certaine sophistication, comme des faux et des haches taillés avec précision et aussi la monnaie des Indigètes, les Ibéres locaux, portant l’inscription « Untikesken » et ornée d’effigies d’Athéna et de Pégase, preuve s’il en faut de l’inéluctable fusion des cultures dès la plus haute antiquité. Au hasard des vitrines, une lettre commerciale sur plaque de plomb rédigée en grec, un sublime cratère attique à figures rouges certainement réalisé dans un atelier athénien, la figurine d’un boulanger enfournant en terre cuite, racontent l’histoire des populations du site au fil des siècles. Plus insolites, un tintinabulum (la sonnette des Romains) en forme de phallus ailé, et une fantastique mosaïque racontant le mythe d’Iphigénie vous éblouiront.

Pourtant comme souvent, la palme revient au virtuel avec une incroyable reconstitution en 3D qui remet en place le puzzle de la visite et reconstitue avec une incroyable précision les bâtiments et les rues, et en explique l’évolution sur les dix siècles de vie du site. Autre merveille, la reconstitution en 3D d’une domus romaine dans ses dimensions de réception, mais aussi ses pièces les plus ancillaires, et son organisation autour du patio central orné d’une fontaine : impossible de ne pas reconnaître la maison traditionnelle de nos villes catalanes ! Tous les samedis et dimanches de l’été, une visite guidée a lieu à 11h30 et vous entraîne sur les pas de Iulia Domitia et Caius Aelimius, deux habitants du cru. Consacrez sans hésiter une demi-journée à cette immersion aux sources de notre civilisation et n’hésitez pas à entraîner les plus jeunes, ils vous diront merci !

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