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Solsona Ville Episcopale

01 Jan Solsona Ville Episcopale

Si belle qu’elle ressemble à un décor, Solsona a l’air sage comme une image pieuse. Et trompeuse, car la belle a le sens de la transgression et de l’’humour.
Evidemment, le Solsonès possède un atout-maître : sa capitale, Solsona, une petite ville qui a vraiment tout d’une grande, grâce à son histoire mouvementée et surtout, sa position stratégique de siège de l’évêché qui lui a permis, au fil des siècles, de tenir la dragée haute aux villes avoisinantes.

Solsones13Une longue histoire

Le site est peuplé depuis le néolithique. Il a connu des peuplements ibères, puis une colonisation romaine qui a certainement donné son nom à Solsona. Mais, c’est au cours du Moyen Age que le destin de la petite ville va prendre une tournure décisive. Dès le Xe siècle naît un noyau urbain avec une église et un château. Le village relève alors à la fois de l’autorité des ducs de Cardona et de celle de l’évêque. Son engagement dans la Reconquista lui vaut le droit de tenir marché dès le XIIIe siècle et son abbaye, Santa Maria, rayonne.

Une vraie prospérité

Cette prospérité culmine au XIVe siècle. Les seigneurs de Solsona prennent l’Alguer, créent leur propre flotte marchande et instaurent un commerce de draps qui va de Constantinople aux Flandres. Elle sera de courte durée. Comme toute la Catalogne, Solsona subit les famines, la grande peste, les guerres de succession et les campagnes napoléoniennes. En outre, elle passe à côté de la révolution industrielle, faute de voies de communication adaptées. Pourtant, la ville se dote de remparts impressionnants, de trois fontaines publiques et d’un hôpital pour les pauvres. Sa situation la rend très accessible aux hérétiques cathares venus de France, ce qui déplaît fortement à Sa Très Catholique Majesté Philippe II. Il sollicite donc auprès du pape la création d’un évêché et l’obtient.

Solsona à l’heure épiscopale

Solsona renoue alors avec la prospérité. Sous l’impulsion des prélats, les commandes de retables et d’œuvres d’art se multiplient : la ville voit naître un immense maître du genre, Francesc Ribalta. On recense alors plus de cent métiers et notamment l’apparition d’une puissante corporation de couteliers. Le XVIIIe siècle apporte son lot de constructions prestigieuses : couvents, collèges et surtout, palais épiscopal.

Pas d’industrialisation

La suppression de l’évêché, lors du concordat de 1851, marque un ralentissement. La ville s’endort : elle ne dispose d’aucun fleuve comme puissance motrice, elle est loin des grands axes, beaucoup de citoyens s’exilent vers le sud de la Catalogne. Résultat, Solsona a été préservée et présente aujourd’hui le profil d’une cité médiévale avec ses remparts et ses portes, ses rues étroites, ses places, ses fontaines et bien sûr des éléments patrimoniaux exceptionnels.

Solsones14Cœur de ville vibrant

Cap sur le Palais gothique de Llobera, qui abrite le Consell Comarcal. Un peu plus loin, un hôtel particulier renaissant abrite la municipalité. Sur la petite place Sant Joan, se dresse une fontaine surmontée d’un petit temple, elle est célébrée par le poète J.M Segarra. Descendez la rue de la Llobera, bordée de maisons de maître à encorbellement, celles des chanoines et des riches marchands, sans oublier le palais épiscopal, un des rares exemples de néoclassique catalan qui apporte à l’ensemble un hiératisme inattendu. A l’intérieur, le musée diocésain et comarcal révèle toute l’histoire de la ville. Les statues de sel, inspirées par les mines de Cardona, sont d’une authentique rareté.

La beauté en héritage

La cathédrale gothique possède outre sa magnifique architecture, un chef-d’œuvre roman absolu, la Mare de Déu del Claustre (Notre Dame du Cloître) considérée comme l’une des plus belles statues romanes au monde. Ne boudez pas pour autant le retable de la Mercé. Sur le parvis, encore une fontaine gothique. Toutes les rues semblent mener à la plaça Major, une place à arcades qui est l’épicentre de la vie festive de Solsona et notamment de sa Fête-Dieu (Corpus), laquelle détient le précieux label de « fête d’intérêt national ».

Des fils illustres

Sous les arcades, la maison Aguilar qui a vu le mariage des parents du découvreur de la Californie, Gaspar de Portolà. Un peu plus loin, la maison natale du prince du ténébrisme ibérique Francesc Ribalta, tout près de la demeure natale de Carles Morató, auteur du sublime retable du sanctuaire du Miracle, à voir absolument. Solsona est une ville de créateurs comme le montre à un autre niveau, le dynamisme de son artisanat.

Solsones15Un savoir-faire hors pair

Visitez au 17 de la rue Quarto dels Gegants qui abrite depuis 1710 le mouvement geganter de la ville. Vous y comprendrez, sans doute, le sens profond de cette culture éminemment populaire et sa force intergénérationnelle. Au passage, notez le puits à glace surmonté de sa coupole et le caractère monumental des trois portes des anciens remparts. Vous pourrez enfin mettre le cap sur l’Office du Tourisme où vous attendent un musée de la coutellerie passionnant et une découverte de la comarca dans son ensemble.

Solsona est pétrie d’histoire et de traditions, mais vous serez surpris par l’animation de ses rues, dopées par une multitude de petites entreprises qui parient sur le commerce local. Elle lutte pour que son rôle géographique central soit aussi économique et culturel. Pari gagné !

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