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TARRACO VIVA, LE FLASH BACK MAGNIFIQUE

01 Avr TARRACO VIVA, LE FLASH BACK MAGNIFIQUE

Tous les ans, la ville romaine de Tarraco reprend vie au sein d’un festival pas comme les autres : des dizaines de manifestations de toutes sortes propulsent les spectateurs il y a plus de deux mille ans en arrière.

Depuis vingt ans, le festival culturel international Tarraco Viva fait revivre Tarragone à l’heure de sa splendeur romaine, quand la ville, idéalement placée sur la Via Augusta, servie par un port naturel et la proximité relative du Delta de l’èbre, s’imposait comme l’une des capitales les plus importantes de l’Empire ! Ce passé glorieux affleure partout. à Tarragone, les siècles s’intriquent, se tissent et se répondent. Impossible de passer à côté de la mémoire romaine quand certaines maisons sont encore construites sur les restes du cirque. Certes, Tarragone possède nombre de joyaux architecturaux plus tardifs comme sa cathédrale ou encore sa remarquable nécropole paléochrétienne, mais ce qui fait son unicité, son identité, c’est cette profusion de ruines antiques qui proclame la gloire de l’ancienne Tarraco. Ce sont elles qui font de Tarragone une capitale. Dès la fin de la transition, au milieu des années 1980, les instances politiques, touristiques et culturelles se penchent sur cet héritage. Objectif : trouver dans le passé les germes de l’avenir et donner à Tarragone le rayonnement international qu’elle mérite. Au-delà de ces visées touristiques, il s’agissait aussi de créer un produit culturel de qualité autour d’un patrimoine historique hors du commun et de favoriser l’émergence d’un espace de participation citoyenne, qui soit aussi un cadre de rencontre et de partage d’expériences pour les directeurs de musées, de sites archéologiques, d’ensembles monumentaux et de centres d’interprétation d‘Europe et d’Afrique du nord. Comme le dit Antonio Barrone, le directeur de la Route des Phéniciens (Sicile) : « on a tous à apprendre d’un projet aussi ambitieux et aussi probant. C’est une source d’inspiration pour toute l’Europe ». Malgré cette dimension internationale, les citoyens de Tarragone se sentent concernés par ce focus posé sur leur histoire. « Les élèves adorent se projeter en tant que Romains de Tarraco, ils apprennent sans s’en rendre compte » nous confirme Laia, institutrice à Cambrils. Très vite, des groupes locaux ont émergé qui se sont spécialisés dans les reconstitutions historiques in situ et en costume. La population s’est mise à participer aux festivités, dopée par l’organisation de nombreuses sessions de divulgation de l’histoire locale en milieu scolaire. Il faut dire que la totalité des manifestations du festival se déroule uniquement dans des lieux historiques romains, dans un esprit réel d’immersion qui permet aisément de s’identifier aux citoyens de Tarraco. Le public ne s’y trompe pas. Il vient d’un peu partout pour vivre un festival pas comme les autres. Un festival qui est aussi un morceau de vie et de voyage dans un autre espace-temps.

450 manifestations

Cette année, Tarraco Viva se déroule du 5 au 19 mai et regroupe plus de 450 manifestations, pour aussi incroyable que puisse être le chiffre. Oui, vous avez bien lu. Bien sûr, il y a là les nombreuses sessions dédiées aux scolaires et aux enfants, mais aussi une myriade d’initiatives originales. Ici, on n’est jamais à court d’imagination. Désormais, par exemple, le festival se territorialise et s’étend sur l’ensemble du patrimoine romain situé autour de Tarragone, englobant à ce titre des actions réalisées aux emplacements de villas et propriétés romaines alentour, situées à Cambrils, Vila-Rodona, Altafulla ou Falset. Ainsi, ces villes au passé médiéval prestigieux renouent-elles avec un passé beaucoup plus lointain dans le sillage de leur vaisseau amiral de toujours, Tarragone. Magí Seritjol, l’heureux directeur du festival, se félicite de cette extension qui correspond aux peuplements de l’époque et aussi à la réalité culturelle partagée de ce Tarragonais côtier, si spécifique dans sa fausse nonchalance. « N’oublions pas que les Romains nous ont pratiquement tout légué à commencer par la langue, l’organisation territoriale et administrative, le droit, l’agriculture, les infrastructures urbaines et de transport…

Des thèmes renouvelés

Et que le catalan reste la langue la plus proche du bas-latin, davantage même que l’italien ! Savoir comment vivaient nos ancêtres, des Ibères colonisés et assimilés à la civilisation romaine, c’est comprendre la structure même de l’âme catalane et c’est sans doute ce qui explique que le festival ait réussi à fédérer des centres sociaux, des associations locales de tous ordres, des élus et des personnalités artistiques. Plus de 600 personnes travaillent aujourd’hui à son organisation ! ». Toujours selon Magí Seritjol, « le thème retenu pour 2019 traite des différentes cités qui composent l’Empire romain dans toute leur diversité culturelle, notamment la polis grecque, la cité romaine, ou les villes égyptiennes, puisque l’Empire était en réalité une mosaïque de peuples et de structures diverses ». Une belle occasion de réfléchir à la fois à l’organisation des collectivités humaines et aux particularismes identitaires, qui revêtent encore une actualité brûlante. Autre thème exploré : les combats de gladiateurs. Extrêmement prisées des spectateurs d’hier et d’aujourd’hui, ces joutes dont on retrouve l’écho lointain chez les sumos, par exemple, feront l’objet d’une réflexion sur leur organisation complexe, les trois jours qui les précédaient, la façon dont les gladiateurs s’y inscrivaient ou s’y trouvaient inscrits, qu’il s’agisse de sportifs de l’extrême, d’esclaves ou de prisonniers en quête de liberté, d’étrangers, de citoyens romains… L’illusion est si complète qu’en 2018, la plupart des spectacles organisés dans l’enceinte du palais des foires ont affiché complet, recréant sans doute en partie l’atmosphère de l’époque ! Outre les combats de gladiateurs, les spectateurs peuvent assister à des démonstrations hippiques de haute volée avec notamment des courses de quadriges et de chars extrêmement spectaculaires qui, décidément, n’ont rien perdu de leur attractivité ! Parallèlement aux nombreuses conférences et débats d’ordre historique, les vins et la gastronomie ont toute leur place avec des reconstitutions de recettes et des expositions montrant le périple des produits, notamment des épices et du fameux garum, ce nuoc-mâm de l’Antiquité, d’un bout d’empire à l’autre. Le cinéma s’invite volontiers avec des programmations mêlant vénérables péplums et créations contemporaines.

Un modèle reconnu

Même la musique, plus ou moins reconstituée à partir de gravures et de fresques, est donnée en direct avec des instruments dont la facture tente de renouer avec celle de l’époque romaine, largement extrapolée à partir de travaux scientifiques. Ici, tout est reconstitution. Tarraco Viva est avant tout un gigantesque théâtre, une sorte de maison d’opéra à l’échelle d’une grande ville. Car il s’agit d’abord de rappeler à la vie des temps disparus, en recréant des conditions émotionnelles comparables à celles qu’avaient vécues les hommes de l’époque. Ainsi, les jeux du cirque dont nos sports collectifs sont les dignes héritiers, sont-ils au premier rang de l’offre, dans le cirque, l’amphithéâtre, sous les remparts ! à côté de ce Tarraco « in » ouvert à tous et fréquenté par des dizaines de milliers de spectateurs, il existe un autre festival, celui qui rassemble à Tarragone les professionnels de sites romains et antiques d’Europe et d’Afrique du nord autour de la préservation du patrimoine et de la mise en réseau de leurs différentes structures et/ou itinéraires : route des Phéniciens, routes romaines, routes grecques, routes puniques… Tous mettent en commun leurs expériences, leurs envies, leurs particularités pour créer un réseau de sites capable de restituer l’esprit de l’empire romain dans toute la diversité de ses formes et son génie de la colonisation, puisque la nomenclatura romaine s’adaptait à des substrats existants comme les Gaulois du centre de la France ou nos ancêtres les Ibères. Ainsi Tarraco Viva est-il devenu un modèle et une source d’inspiration. Une belle consécration après vingt ans d’existence à peine ! Qu’il s’agisse du in ou du off, Tarraco Viva porte bien son nom. Le Festival va bien au-delà de la reconstitution historique. Il redonne à vivre la ville romaine, la convoque au présent, en montre l’incroyable actualité dans un tourbillon d’activités qui touchent à tous les domaines de la culture et du divertissement. Un très très grand festival.

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