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TORREILLES : UNE SACREE NATURE

09 Juil TORREILLES : UNE SACREE NATURE

Torreilles ne se livre pas d’un seul coup d’œil. La belle effeuilleuse aime à distiller ses charmes, offerte à la découverte, toujours inattendue. Un village à la mer, authentique, ancré dans ses vignes et ses vergers, juste sur le tracé de la Via Domitia…

D’emblée Torreilles se présente en costume local, parée de cayrou gris et orangé, ornée de grandes maisons aux larges rez-de-chaussée qui signent ses racines paysannes. Autour, la campagne évoque un peu l’Italie, la « Campagna Romana ». On y respire néanmoins un je-ne-sais-quoi d’artistique… Les noms de rues, peut-être, qui célèbrent peintres, écrivains et musiciens ? Ou bien la maison Secall avec ses airs de petit casino du tournant du XXe siècle, devenue aujourd’hui restaurant et temple du trencadís ? Il flotte comme un air de bohème et la moindre bâtisse, restaurée avec soin, prend sa juste place dans le tableau. Torreilles est belle. « J’ai choisi Torreilles parce que je voulais tout. La mer, un village catalan avec une histoire, des voies de communication… tout ! » admet Laurence, cadre territorial, qui a retapé une ancienne grange. L’hôtel de ville, résolument roussillonnais avec ses embrasures de fenêtres ourlées de briques, se paye le luxe d’un clocheton pour bien marquer la solennité de sa fonction. à ne pas rater, le prieuré de Llobet, une belle maison seigneuriale du XVIIe siècle aujourd’hui reconvertie en gîte de charme. L’église, reconstruite sur une base romane magnifique, est à elle seule une leçon de design. Elle bouscule les mémoires et les fait s’entrechoquer : la riche statuaire baroque et la pierre d’autel, taillée dans un sarcophage du IVe siècle, tutoient une toile de lin tendue, peinte par Rosa de Vila qui sublime la lumière qui joue avec les couleurs des vitraux. Mention spéciale pour la jolie chapelle du rosaire qui remonte au XVe siècle et a su garder tous ses mystères. Pour la petite histoire, l’église, qui a rouvert ses portes en 2017 après une restauration de choc, a subi un traitement acoustique qui lui permet d’accueillir dans les meilleures conditions d’écoute des concerts classiques ! La grande place du village est une véritable agora qui se prête à toutes les rencontres avec son café pittoresque, et constitue un cadre de choix pour le marché, rural et tranquille, très prisé des habitants de toute la Salanque. Elle est aussi l’épicentre des fêtes, et devient, une fois par an, le temps d’un week-end, une plage hors-saison à accepter comme un avant-goût d’été ! Autrefois, en cas d’inondation, on mettait les chevaux à l’abri sur cette esplanade un peu surélevée. Car Torreilles est construite sur un véritable treillage de cours d’eau : son canal médiéval bordé de gros buissons de roseaux alimentait autrefois les moulins. De gracieux petits ponts de bois l’enjambent. Puis viennent le Bourdigou un curieux cours d’eau de 4 km seulement, la rivière de la plage, l’Agly majestueux ainsi que de nombreux canaux d’arrosage qui favorisent les cultures traditionnelles de la Salanque : abricots rouges du Roussillon, salades et surtout artichauts, la grande spécialité locale, comme autant de touches d’un vert plus sombre qui éclaboussent l’armée impeccable des ceps de vigne. Les tours qui ont donné son nom à Torreilles ne sont plus là pour nous raconter leurs siècles de vaillance mais le Parc du Jumelage, ainsi nommé en hommage à la sœur sud-catalane de la ville, Torroella de Montgrí offre aux promeneurs, juste de l’autre côté des petits ponts, une profusion d’oliviers, d’eucalyptus, de lauriers roses et d’arbres de Judée qui dispensent une ombre parfumée, irisée de fuchsia et de rose tendre. Un paradis en toutes saisons car Torreilles veille jalousement sur son patrimoine naturel, au point d’avoir obtenu le label de station verte ! « Au début je venais l’été, chez des amis. J’ai fini par acheter un petit appartement et maintenant je viens travailler mes partitions toute l’année, dès que j’ai une fenêtre de tir, explique Florence, violoniste. Un joli chemin vous conduira à la chapelle de Juhègues, un site magnifique qui cache dans une enceinte partiellement disparue une jolie chapelle du XVIIe d’assez belles proportions devenue ermitage.

Et des vagues de dunes….

Est-il utile de le signaler, c’est un lieu privilégié de pique-nique, de concerts… et de mariages ! « Juhègues c’est l’atout-maître de Torreilles. Son diamant culturel. On peut tout y faire » explique Louis ancien élu. « Juhègues se prête aux grandes manifestations populaires comme aux programmations les plus pointues ». Mais bien sûr, Torreilles ne serait pas Torreilles si tous ses chemins, tous ses cours d’eau ne menaient à la grande bleue, là-bas, de l’autre côté de la route, au bout des dunes douces… Pourtant, longtemps, jusque dans les années 70, le village ne s’est guère intéressé à sa façade maritime et se concentrait sur ses activités agricoles. La beauté sauvage des paysages de mer, la clairvoyance du maire de l’époque et l’héliotropisme ont changé la donne. Aujourd’hui Torreilles assume sereinement son destin touristique estival et attire toute l’année des amoureux du beau et du vrai. Ses trois grandes plages se partagent un formidable terrain resté en grande partie intact et vierge de toute construction en dur, car protégé par le Conservatoire du Littoral. Bien sûr, on y trouve des paillotes éphémères, parfois très chics, où se bousculent estivants, autochtones et Perpignanais, et aussi, au nord, essaimés sur le sable dont ils sortent à peine la tête, des blockhaus construits pendant la deuxième guerre mondiale quand les Allemands craignaient un débarquement allié.

Un creuset d’émotions

Justement, en bout de territoire, au nord, l’Agly sépare Torreilles du Barcarès et dessine des épis rocheux propices à la pêche. « Ça peut paraître étrange, mais au large, droit devant l’embouchure, il y a des récifs immergés. C’est un spot de plongée que j’adore » affirme Marc, assureur. La plage centrale, appelée Camps de la Ribera (champs de la rivière) est une zone naturelle protégée hérissée de roseaux qui se permet l’excentricité d’une résurgence d’eau douce, l’Aiguader, une oasis suspendue entre la terre et l’eau qui prend des faux airs de petite Camargue.  Les bâtiments de ce mini front de mer occupent l’arrière-plan pour n’altérer en rien le paysage. Au sud, là où les dunes se creusent pour permettre le passage du Bourdigou, la plage s’encanaille en offrant son sable doré aux corps nus de nombreux naturistes, comme si un élan de transgression éternel traversait les cristaux de ce sable qui a connu, de l’autre côté de la rivière, le village des cabanes des années 70, avant qu’il ne soit rasé sur décision préfectorale. Au-dessus flotte fièrement, dans la tramontane, le pavillon bleu qui atteste de la pureté des eaux. Les trois plages sont surveillées, celle du centre est accessible aux personnes handicapées, et on peut y pratiquer toutes sortes de sports nautiques. Sur le plancher des vaches, pétanque, tennis, parc à tyroliennes, manèges de plage viennent compléter l’offre… Tout est là pour vous distraire et rendre vos vacances inoubliables. D’autant que les plaisirs de l’esprit et du partage ne manquent pas. Torreilles excelle quand il s’agit de monter sur scène. Si la Covid n’avait pas perturbé les programmations estivales, sachez que Torreilles offre en juillet « Jazz à Juhègues », un rendez-vous qui fédère toute la grande eurorégion autour des meilleurs interprètes occitans et catalans, puis en août « Tous Yeux Tout Torreilles » un festival pluridisciplinaire créé par un torreillan célèbre, Claude Blazy, mieux connu sous le surnom de Monsieur Cinéma. Fidèle à ses principes « éclectique, populaire et de qualité », il accueille chaque année un aréopage de chanteurs de variété qui séduisent un large public. Enfin, « Estiu Musical », permet depuis plus de vingt ans de somptueux échanges classiques avec Torroella de Montgrí. Si l’été venu, Torreilles est une véritable vigie culturelle, elle attire toute l’année une communauté de peintres, de musiciens, d’artisans d’art et d’auteurs séduits par son charme puissant et son refus du tape-à-l’œil. Et cette authenticité lui vaut un tourisme de qualité, un tourisme respectueux de l’identité locale et de la spécificité de ce village bouillonnant toujours en avance d’une idée. 

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