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VALLES ORIENTAL : UNE ETRANGE HARMONIE

02 Avr VALLES ORIENTAL : UNE ETRANGE HARMONIE

Le Vallès Oriental est une des comarques les plus peuplées de Catalogne, un privilège dû à sa proximité avec Barcelone, dont il a partagé le destin industriel au XIXe et au XXe siècle. Mais on est loin, très loin des caractéristiques d’une banlieue de métropole.

Une identité secrète

La masse sombre du Montseny chargée de sources, de rivières et de forêts, celle plus sèche du Mont Negre, plus méditerranéen et moins vertigineux, semblent faire escorte à une plaine fertile que traverse la Via Augusta, la grande route romaine reliant Barcelone, la Barcino romaine, au col du Perthus. Depuis des millénaires, ce couloir riant est un passage obligé du sud au nord et marque l’entrée vers Barcelone. Logiquement, mémoires romaine et ibère s’y tressent à l’envi et se mêlent au patrimoine médiéval et moderne pour donner naissance à une identité palpable, basée sur la valeur du travail et le respect de l’héritage.

Né d’une scission territoriale

Au départ, le Vallès était une grande comarque en arc de cercle au-dessus de la capitale, qui s’étendait des sombres forêts du Montseny à la Serralada Littoral, matérialisée par le Mont Negre. Elle a fait l’objet d’un redécoupage territorial et s’est donc divisée en deux entités, le Vallès Oriental,qui subit encore des influences méditerranéenneset le Vallès Occidental résolument continental. Pour artificielle que soit la césure, elle n’en correspond pas moins à une réalité identitaire, géographique, physique et dans une certaine mesure, linguistique. Pas de doute, le Vallès Oriental est une vraie comarca !

Depuis la préhistoire

Un peu partout, des vestiges préhistoriques indiquent la présence de l’homme dès les balbutiements de l’humanité. Pour les cueilleurs chasseurs, les grandes forêts giboyeuses, les sous-bois gorgés de baies et de champignons, les rivières profondes, étaient un milieu idéal. Dolmens et menhirs ponctuent les collines, comme la Pedra d’Aca de Vilalba Sassona, le dolmen de Pedra Gentil à Vallgorguina ou encore les vestiges de la Roca del Vallés. Cet enracinement au fin fond des siècles semble avoir agi comme un antidote contre les dérives de la modernité et les mirages de l’industrie. Ici rien ne monte à la tête, on a les pieds bien campés sur le sol. Le Vallès Oriental est une terre de racines.

Magie des eaux

Les Romains, friands de bains et d’eaux chaudes, ont laissé d’authentiques merveilles, comme les thermes de la fontaine du Lion de Caldes de Montbui, à admirer sur la place du village avec leur piscine intacte nichée sous une sorte de péristyle, qui a traversé les siècles en beauté. A ne pas manquer non plus à Caldes, le pittoresque lavoir à l’eau thermale, où les lavandières se pressent encore dans un joyeux désordre, la vénérable église et le magnifique pont roman du XIIe siècle. Les rues étroites, les petites places, sont un paradis pour les piétons en quête de sérénité, et un peu partout, des trouées vertes s’ouvrent sur la jolie vallée.

Depuis toujours, les eaux

La magie des eaux a également frappé la jolie commune de la Garriga depuis l’époque romaine, comme en attestent les restes de la magnifique villa de Can Terrers. Les nombreux établissements thermaux de La Garriga sont cerclés de parcs et de jardins ouverts à la promenade et à la contemplation. Inutile de dire que la déclinaison contemporaine, au début du XXe siècle, a permis aux architectes modernistes et noucentistes de donner libre cours à leur imagination, servie par la beauté des sites naturels, source d’inspiration infinie, çà et là ornée d’un pont roman intact. Le Vallès Oriental aime les contrastes.

Terre de villégiature

La proximité de Barcelone où de riches industriels ont prospéré, l’existence sur place d’une bourgeoisie enrichie par l’industrie cotonnière ou les tanneries au milieu du XIXe siècle, ont favorisé la construction de maisons et de résidences secondaires somptueuses. Ne dit-on pas « una llotja al Liceu i una torre a Cardedeu » ? (Une loge au Liceu et une villa à Cardedeu). La flambée moderniste, perceptible le long des belles avenues de Cardedeu, de La Garriga, de l’Atmella de Figaró-Montmany, mais aussi au centre de Granollers, est principalement due à un talentueux  architecte local : Manel Joaquim Raspall.

Un modernisme très inventif

Malgré cette signature prépondérante, la variété architecturale est au rendez-vous. Raspall a décliné le modernisme sous toutes ses formes, avec une belle liberté, tentant toutes les alliances de matériaux, jouant avec les fers forgés des balcons, les pinacles vernissés, les céramiques, l’asymétrie. On lui doit, d’avoir donné à la comarca une physionomie particulière, une patte stylistique reconnaissable. Son chef d’œuvre se trouve à la Garriga où les quatre villas qu’il a dessinées portent le nom « d’îlot Raspall ».

Rurale malgré tout

Malgré le processus d’industrialisation qui est venu se substituer à un monde viticole balayé par la violence de l’épidémie de phylloxera, le Vallès Oriental garde une forte composante agricole, surtout centrée sur l’élevage de bovins. Il suffit de quitter la plaine où se bousculent des zones industrielles aussi diversifiées que denses, et la ruralité se montre dans toute sa force, dopée par l’émergence d’un tourisme rural en pleine expansion. Pourtant, en pleine campagne, d’innombrables fabriques de meubles rappellent la composante artisanale et industrielle, en clin d’œil au bois des forêts, omniprésent.

Marquée par l’art roman

Etant donné sa situation géographique, le Vallès Oriental a vécu de plein fouet les conflits médiévaux. Dans un pays né des abbayes et des codes de chevalerie, le roman et le gothique ont donné lieu à de véritables chefs-d’œuvre d’architecture civile, militaire, et bien sûr religieuse. D’innombrables églises romanes rythment la douceur vallonnée du paysage. A voir absolument, le roman primitif du portail ouvragé de Canovelles, le roman hiératique de Sant Vicenç de Gualba, mais aussi Santa Justa et Rufina à Lliçà d’Amunt, St Cebrià de Cabanyes… Presque tous les villages méritent le détour !

Hérissée de châteaux forts

A Sant Pere de Vilamajor vous attend un véritable ensemble médiéval avec des remparts et des tours de guet, la Tour rouge et la Tour noire. Encerclé de hautes murailles et adossé au rocher, le château de Granera, construit au Xe siècle n’a rien perdu de sa superbe au fil du temps. Ne pas rater non plus le château de Montclús, au-dessus de Palautordera, ou encore celui de Bell Lloc, juste au-dessus de La Roca, particulièrement bien conservé.Le Vallès Oriental est une haute terre d’histoire et ses collines hérissées d’églises et de châteaux sont à lire comme un livre ouvert sur le passé.

Sublimée par le gothique

Le gothique a embrasé toute la comarca pour lui laisser quelques joyaux comme Santa Maria de Palautordera et surtout, la sublime église troglodyte de Sant Miquel del Fai, nichée dans une falaise de plus de 300 m de hauteur d’où coule une cascade blanche et fine, un site magnifique, en pleine montagne, qui attire en été des foules en quête de fraîcheur et de spiritualité. L’habitat dispersé des masies perdues dans les collines a donné lieu à une efflorescence d’ermitages pour la plupart construits à l’époque baroque. Il n’est pas rare de deviner entre les frondaisons serrées, la pointe timide d’un petit clocher, parfois simplement adossé à un mas.

Grain de folie achitectural

Mais, c’est au XIXe que le Vallès Oriental a rendez-vous avec son destin. L’empreinte industrielle, l’héritage thermal, vont ouvrir la voie à la créativité des architectes et artistes modernistes et noucentistes et doter la comarca d’un patrimoine extraordinaire. Autour des sources thermales se blottissent des villas patriciennes, souvent magnifiques villégiatures de Barcelonais aisés. Granollers, la capitale, Cardedeu, Figaró-Montmany, Fogars de Montclús, la Garrigue, Ametlla del Vallès, se couvrent de demeures aux riches façades décorées, de pharmacies aux devantures en trencadís, de jardins ourlés d’étranges clôtures fantasmagoriques.

Balafrée par la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne a ici laissé des traces profondes. Le territoire a été défendu pied à pied, car il couvrait l’exode de milliers de civils vers le nord. On trouve donc un peu partout des refuges anti-aériens comme à Granollers, à Montorgès et à la Garrigue, et même un camp d’aviation, celui de Rosanes. Il n’est pas rare de distinguer la silhouette trapue d’un bunker dans les rochers des collines. L’église St Josep de Llagostera, totalement détruite a dû être reconstruite en néo-roman. A l’Espai Franc vous attend d’ailleurs un musée insolite dédié à l’art de la guerre !

Ici, activités humaines récentes ou millénaires, paysannes, industrielles, artistiques, nourrissent l’harmonie des paysages, comme si les ombres tutélaires du Montseny et du Mont Negre tiraient la vie des hommes vers l’excellence.

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