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Ordino, ouverture princière !

29 Mai Ordino, ouverture princière !

Troisième paroisse andorrane dans l’ordre protocolaire, Ordino, juchée à 1300 mètres d’altitude occupe la haute vallée de la Valira du Nord, à proximité du Pays de Foix, au cœur de paysages si vertigineux qu’ils ont donné naissance à la station de ski d’Ordino Arcalis/Grandvalira Resorts, une star des neiges. Rassurez-vous, elle garde toute sa magie au cœur de l’été !

Ici, pendant des siècles, les montagnes altières dont les pics resserrés flirtent gaiement avec les 3000 mètres, se sont embrasées des feux des nombreuses forges. L’extraction et la transformation du fer étaient, aux côtés du pastoralisme montagnard pratiqué sur les estives grasses, le nerf de la survie de populations isolées par la géographie et contraintes à une quasi-autarcie, acharnées à tirer le meilleur de leur environnement. La trace de ce travail sacré est partout. La Ruta del Ferro mène encore à la mine de Llorts à 35 mètres de profondeur. Ce parcours est ponctué de sculptures en fer qui accompagnent les anciens sites industriels et les paysages environnants.

Terre de fer et de mémoire

Il relie vestiges de forges, habitats ouvriers et installations hydrauliques, tout en mettant en valeur les liens étroits entre travail du fer, exploitation du bois et usage de l’énergie hydraulique. Travail du bois, du fer, de l’ardoise, tout est là pour abriter humains et bêtes. Bien sûr cette route est aussi celle des traginers, ces convoyeurs de l’impossible qui transportaient le précieux minerai à dos d’ânes ou de mulets bâtés et équipés de grands paniers d’osier ou de bois tressé. Ces deux chemins étroitement enlacés sont aussi un immense hommage sculptural au dur labeur des mineurs locaux. Des artistes venus de tous les horizons comme Toshimitsu Imai, Alberto Carneiro, Rachid Khimoune, Mark Brusse, Jordi Casamajor, Guy de Rougemont ou Satoru Sato ont mobilisé leurs talents pour saluer le geste ancestral des hommes partis vaillamment creuser la terre dure devant l’indifférente majesté des Pyrénées nourricières. Cette montagne gorgée de fer et d’énergie, buvez-la donc à l’eau des sources ferrugineuses diaprée de reflets rougeâtres !  Parmi les sites remarquables l’église Sant Marti de la Cortinada, ses superbes fresques romanes, son retable en bois sculpté et surtout ses grilles torsadées, pur produit d’un savoir-faire local unique littéralement dicté par l’or rouge de la montagne. À proximité, le Centre de la Nature propose une découverte interactive de la faune et de la flore pyrénéennes, des marmottes aux isards, des aigles aux coqs de bruyère, des forêts aux prairies joyeuses tandis que la vieille scierie à colombages de Cal Pal vous propose une belle démonstration de découpe de planches et de meubles, à l’aide d’une spectaculaire scie hydraulique : tout à la fois un vrai spectacle et un émouvant retour en arrière, le tout dans les senteurs entêtantes de l’été, sous un soleil pur dans le ciel étrangement proche.

L’art omniprésent

Le village d’Ordino se compose en réalité de huit hameaux dispersés sur des reliefs escarpés. Ces ensembles pittoresques, organisés autour de grandes fermes parfois dotées de chapelles, ont conservé une forte authenticité architecturale et un héritage pastoral préservé. L’offre de randonnées y est particulièrement riche, adaptée à tous les niveaux et tous les âges. Les occasions ne manquent pas d’évoluer au cœur de la nature entre fermes de pierres taillées aux toits d’ardoises (ici appelées « bordes »), enclos pour le bétail « cortals» et abris de bergers en pierres sèches « orris ». Ces constructions jalonnent des prairies en pente qui s’ouvrent parfois sur des lacs ou des étangs d’altitude. Tout autour s’étend le Parc Naturel de la vallée de Sorteny, un miracle de végétation exubérante, de ruisseaux chantants, de fleurs d’estive et d’animaux en pleine liberté, un petit éden ! Près du refuge gardé et de son restaurant, le jardin botanique aux essences rares et endémiques est dominé par trois grandes sculptures représentant les grilles traditionnelles qui barreaudent joliment les fenêtres andorranes en rez-de-chaussée, les « estripagecs ». Le jardin jouxte une belle forêt de pins noirs colorée de rhododendrons sauvages. Non loin de là, l’étang de l’Estanyó, paradis des truites et des pêcheurs, regarde passer, et souvent galoper, ânes et chevaux ivres de vent et de soleil. Respirez ! L’Andorre vous appelle vers les sommets, au fil de ses sentiers et de ses télécabines, aussi utiles en été qu’en hiver pour accéder aux hauteurs Le point culminant reste l’impressionnante horloge solaire située sur le pic de Peyreguils, à 2 701 mètres, au cœur du cirque de Tristaina. Conçue par le sculpteur Joan Viladomat, cette sphère métallique suspendue, de 25 mètres de diamètre, offre une expérience visuelle singulière. On y accède par la télécabine de Tristaina, puis par le télésiège de Creussans, avant une courte marche. Tout au long du parcours, notamment au dixième pylône, une photographie souvenir peut être prise et téléchargée via un code-barres. Le site s’inscrit dans le domaine d’Ordino Arcalís, connu pour ses pistes spectaculaires en hiver, mais tout aussi remarquable en saison estivale. Les panoramas y sont saisissants, donnant la sensation de survoler les Pyrénées.

Un habitat noble et beau

La vallée d’Ordino compte de nombreux points de vue remarquables : le balcon d’Ordino, Casa Rosell, la Font de la Navina, le Grau de la Llosa ou encore le Planell d’Encondin. Faites votre choix : à chaque ascension, le même souffle coupé, la même impression d’infiniment petit, la même immersion dans la beauté du monde sous sa facette la plus sauvage. Les familles ne sont pas en reste avec le parcours « Moments : chemins du bien-être », un itinéraire ludique dans la vallée de Rialb, conçu comme un jeu d’orientation accessible aux enfants.  Si un casse-cou sommeille en vous, vous pouvez aussi faire le tour des Estripagecs, devenues cette fois par la grâce de l’art sculptures et totems, comme des croix d’un type nouveau plantées au sommet des pics de Casamanya (2740 m), de l’Estanyó (2915 m), de la Serrera (2903 m), de la Font Blanca (2913 m) de Tristaina (2878 m), et de Cataperdis (2804 m). évidemment, la sagesse conseille d’attendre le dégel des sommets, mais l’été, la promenade est fantastique ! Un peu partout, les falaises offrent de belles voies d’escalade prisées des audacieux et des amoureux de nature libre. En hiver, ces paysages se métamorphosent en l’un des plus vastes et spectaculaires domaines skiables des Pyrénées, très prisé des amateurs de glisse. Comme l’ensemble de la Principauté, Ordino garde l’empreinte de son passé médiéval des hautes vallées, entre pays de Foix et plus au sud, pays d’Urgell, terre de comtes et d’évêques. Cette gloire, la voilà proclamée par des venelles étroites joliment pavées, des tunnels ombreux, tout un labyrinthe minéral bordé de maisons de pierre aux beaux toits de lauzes. Ce paysage s’organise autour de l’église paroissiale Sant Corneli i Sant Cebrià, un temple roman mentionné dès 839, largement revisité par l’esthétique baroque au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est, elle aussi, ornée de grilles ouvragées magnifiques qui ne manquent pas de rappeler certaines pentures des chapelles des versants du Canigou. À l’intérieur, une toute petite vierge romane, Notre-Dame des Remèdes, proclame tout le talent des ateliers médiévaux pyrénéens, entourée de cinq retables baroques remarquables.

Patrimoine et art de vivre

Le clocher carré est dissocié du bâtiment de l’église. L’ensemble, fait rare, inclut, comme à Serralongue, un petit conjurador, une sorte de chaire d’où les prêtres prononçaient des prières destinées à influencer les phénomènes météorologiques. Le village séduit par son charme, ses petits restaurants accueillants et ses grandes demeures aux allures patriciennes. La maison-musée Casa d’Areny-Plandolit en est l’un des plus beaux exemples. Unique résidence aristocratique conservée en Andorre, elle constitue également l’un de ses musées les plus emblématiques. Construite au XVIIe siècle et remaniée au XIXe siècle, elle fut la demeure de la famille de Guillem d’Areny-Plandolit, industriel et homme politique influent. Les différentes pièces – salle à manger, salon noble, salle de musique, bibliothèque, celliers ou chapelle – témoignent d’un niveau de vie exceptionnel dans une société longtemps restée à l’écart des grandes évolutions européennes. Autre lieu singulier, le musée de la Miniature présente les œuvres du maître ukrainien Nicolai Syadristy, visibles uniquement au microscope. Le musée Postal, situé au Mas Raser, propose quant à lui une découverte de l’histoire et de la fabrication des timbres. C’est l’un des charmes de l’Andorre que ce télescopage entre le monde paysan d’autrefois, ultralocal par définition, enraciné dans ses traditions, et la vocation universelle d’un petit état européen qui a tout d’un grand. Au nord de la Principauté, Ordino offre à ce territoire préservé et pourtant résolument futuriste dans sa gestion du tourisme et des sports d’hiver, une belle ouverture, digne de ses princes et de ses paysans.

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