31 Juil Agly – Fenouillèdes, de l’eau et des pierres
La région géographique Agly-Fenouillèdes, c’est une branche de croix d’Oc crânement plantée en limite de pays catalan, entre eaux vives, nobles vignobles, senteurs de thym et murets de pierre sèche : un petit pays fier et beau.
Bienvenue sur ces terres discrètes, aux paysages spectaculaires, contrastés et souvent inattendus. Dans la torpeur parfumée de l’été, il devient difficile de savoir où porter son regard. Les montagnes ocres des Corbières, si dénudées que l’œil les perçoit presque blanches, ponctuées de touches de vert, résonnent du chant des cigales et des insectes. Cette apparente aridité, soulignée par une palette de gris et de beige, semble ne convenir qu’à la vigne, dont les racines profondes trouvent l’eau là où nul ne l’imaginerait. Ses rangs verdoyants structurent alors toute la verticalité du paysage. Rassurez-vous, cet aspect sec est vite démenti par la présence de deux magnifiques massifs forestiers. Les géographes identifient les Corbières comme un premier piémont pyrénéen et leur luxuriance tranquille en apporte la preuve. Ces forêts ouvrent le bal des plaisirs de l’ombre et du clair-obscur, rappelant la permanence de l’influence montagnarde. La forêt domaniale de Boucheville, répartie sur les communes de Fenouillet et de Vira, au nord du territoire, bénéficie d’une situation singulière. Elle reçoit à la fois les vents humides venus de l’Atlantique, moins éloigné qu’on ne pourrait le croire et les influences plus douces de la Méditerranée toute proche.
L’eau, burin inspiré
À cela s’ajoute la fraîcheur de l’altitude, particulièrement appréciable durant les nuits estivales. Chênes verts et sapins Douglas y prospèrent, ces derniers comptant parmi les plus grands conifères d’Europe. Pendant des siècles, les troncs coupés dans ces forêts étaient acheminés jusqu’à Caudiès. Aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui, la Boulzane servait alors au transport du bois par flottage. Les grumes étaient assemblées en radeaux puis conduites jusqu’à l’Agly avant d’être utilisées pour la construction navale, au service de la Marine royale puis de la Marine nationale. Aujourd’hui, ce temple d’émeraude est sillonné de randonneurs émerveillés par le camaïeu des verts et la taille impressionnante de certains sapins qui semblent rêver en silence de Tyrol ou de Forêt Noire. Près du Vivier, sur une ancienne prairie devenue forêt, s’élève le Fajas d’en Baillette (entendez par là le grand hêtre), un arbre vénérable qui a fêté allégrement ses cinq siècles d’existence contre tempêtes, incendies et orages. Sa circonférence respectable (5,75m) et sa hauteur de plus de 30 mètres lui ont valu le label d’arbre remarquable, une distinction amplement méritée par ce véritable monument historique. Si le végétal règne ici en maître – avec la vigne souveraine, audacieuse sur les coteaux et généreuse en nectars de caractère -, si la garrigue n’en finit plus de dispenser ses fragrances de thym à la moindre brise, le minéral, vous allez le découvrir, n’est pas en reste. Près de Fenouillet, laissez-vous gagner par le vertige en parcourant les gorges de Saint-Jaume. Entre falaises et torrent, ce site spectaculaire dévoile une succession de marmites, de cascades bouillonnantes et de gouffres profonds d’une grande beauté. Le parcours s’achève au pied d’une imposante chute d’eau écumeuse, offrant une parenthèse de fraîcheur particulièrement appréciée lorsque le soleil se fait ardent. Les gorges constituent l’une des grandes signatures paysagères de ces terres. Le défilé du Gouleyrous, près de Tautavel, voit le Verdouble se frayer un passage entre d’impressionnantes falaises avant de former un vaste bassin naturel aux eaux limpides, très apprécié des baigneurs et des amateurs d’escalade. Plus spectaculaires encore, les gorges de Galamus impressionnent par leur canyon vertigineux. Taillée à la barre à mine pour désenclaver les villages des Corbières, la route serpente entre les falaises jusqu’à un remarquable ermitage troglodytique fondé au XVe siècle.
La chapelle et son campanile actuels datent quant à eux de 1782. Plus de cent mètres plus bas, l’Agly poursuit son œuvre de sculpteur en façonnant marmites, cascades et vasques aux eaux turquoise, prisées des amateurs de rafting, de canyoning et d’escalade. Dans ce paysage spectaculaire, véritable frontière naturelle entre les Pyrénées-Orientales et l’Aude, prospèrent plusieurs espèces remarquables, comme le Cyclamen des Baléares et l’Azuré du serpolet. Au-dessus des falaises planent régulièrement le faucon pèlerin et l’hirondelle de rochers. Ce dialogue entre l’eau et la pierre se poursuit un peu après Saint-Paul-de-Fenouillet avec la Clue de la Fou. Ces gorges étroites et profondes abritent une source thermale sulfurée et calcique dont l’eau jaillit à environ 24 °C. Un établissement thermal y avait même cherché fortune entre 1906 et 1914. Au contact de cette eau minéralisée, les roches se parent de nuances bleutées qui renforcent encore la beauté du site.
Sources de plaisir
Sur près de 500 mètres, promeneurs et amateurs de sensations fortes se partagent ce décor exceptionnel. Partout, vous aurez le sentiment puissant d’évoluer dans un cadre immuable. Vous en aurez la confirmation dans la Caune de l’Arago, curiosité géologique creusée de grottes et lieu de découverte de l’un des plus anciens représentants de la présence humaine en Europe, l’Homme de Tautavel, vieux de 550 000 ans. Quand même ! Bien sûr, à la moindre ascension correspondent des vues vertigineuses qui embrassent successivement la plaine du Roussillon, le Canigou et les Pyrénées. Si vous souhaitez encore flâner le long de l’Agly, vous ne résisterez pas à la beauté de son lac, également connu sous le nom de lac de Caramany. Navigable toute l’année, notamment pour les pêcheurs en barque, il constitue une véritable exception locale. Plusieurs parcours ont d’ailleurs été aménagés pour les amateurs de truites, carpes, perches et brochets, avec un fort accent mis sur le « no kill ». Vous n’êtes pas pêcheur ? Le site regorge de possibilités de randonnées thématiques parfaitement balisées, comme le sentier des oiseaux, une curiosité ornithologique qui ravira aussi les photographes, celui des dolmens ou encore le balcon de l’impressionnant barrage. Il faut bien cette démesure pour contenir un fleuve réputé pour son caractère imprévisible, responsable de crues parfois dévastatrices. Faire le tour du lac, vaste de 408 hectares, en VTT ou à vélo est un enchantement pour les sens et l’occasion d’admirer les amandiers, les figuiers et les parfums de lavande ou de fenouil. Si l’Agly a beaucoup souffert des récentes années de sécheresse, elle offre, comme la Desix et la Boulzane lorsque leur débit est normal, un chapelet de sites de baignade et de pique-nique très appréciés des habitants comme des visiteurs. Ainsi, à Feilluns, vous apprécierez le plan d’eau aménagé à l’ombre des arbres, son aire de pique-nique et le gouffre Saint-Michel. Plus loin, le Gourgouillidou marque le confluent de la Desix et de la Matassa. La Marbrière, qui doit son nom à un ancien affleurement de marbre rose exploité, offre un cadre boisé où l’Agly dessine de superbes méandres.
En aval de Planèzes, le fleuve a creusé de vastes bassins naturels, véritables piscines sauvages très appréciées l’été. Si l’eau apporte son contrepoint à ces paysages minéraux, c’est que Les Corbières reposent sur l’un des plus vastes réservoirs souterrains d’eau du sud de la France. Elles renferment plusieurs centaines de millions de mètres cubes d’une eau potable d’excellente qualité, naturellement renouvelée. Un trésor discret, véritable richesse des Corbières et précieux atout face aux évolutions climatiques qu’il convient de préserver. Si vous aimez les dénivelés, les défis, la rocaille rugueuse sous les semelles et les fragrances mêlées de garrigue, les Corbières vous tendent les bras. Leurs versants, ponctués de tours de guet et de châteaux perchés, sont parcourus de drailles ancestrales, d’éboulis et parfois de surprenantes parcelles de vignes accrochées à la pente. Vous pourrez suivre les crêtes au-dessus de Tautavel, explorer les falaises de Cases-de-Pène ou rechercher la fraîcheur des grands arbres qui entourent le château de Jau. En franchissant l’Agly vers le col de la Dona, la silhouette imposante de Força Réal s’impose au regard. Les sentiers serpentent alors entre vignobles et garrigue, avec en toile de fond l’apparition majestueuse du Canigou. Derrière Latour-de-France, là où se dessine la frontière historique et linguistique entre Catalogne et Occitanie, des chemins plus confidentiels conduisent à plusieurs orris, ces cabanes de bergers en pierre sèche, témoins muets d’une économie pastorale ovine qui cohabitait, il n’y a pas si longtemps, avec la culture de la vigne. Le Fenouillèdes est une terre de passages discrets et de découvertes inattendues. Il sait transformer ses reliefs en chemins, ses pierres en repères et ses paysages en invitations à la marche. Plus de 500 kilomètres de sentiers sillonnent le territoire, dont le célèbre GR 36 qui traverse la France de la Manche jusqu’à Bourg-Madame. Un petit pays de caractère, farouche, authentique et profondément attachant.

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