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La Catalogne et l’Unesco

03 Fév La Catalogne et l’Unesco

Derrière l’expression « classé par l’Unesco » se regroupent des éléments de patrimoine bâti ou historique, mais aussi des fêtes, des traditions et des savoir-faire. Le premier groupe est considéré « patrimoine mondial de l’humanité », le second « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ». La Catalogne, sud et nord réunis, inscrit à ce prestigieux palmarès huit sites et six traditions. Et ce n’est certes pas fini…

Pour rappel, l’Unesco est l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et le futur. Cet organisme créé en 1945, suite aux deux guerres mondiales, s’attache à soutenir une solidarité intellectuelle et morale entre les différentes cultures qui peuplent la Terre. Son objectif est de se mobiliser pour l’éducation des enfants, le dialogue interculturel, la protection du patrimoine, la liberté d’expression et le développement de projets scientifiques en liaison avec la protection de la nature. Pour que l’Unesco prenne en compte un élément culturel et l’inscrive sur sa très précieuse liste, il faut d’abord qu’il démontre son unicité ou à défaut, son caractère exceptionnel parmi ses pairs. Ne sont donc éligibles que les trésors artistiques et les référents identitaires transgénérationnels. Notre histoire aussi riche que tourmentée, notre situation géographique qui se porte vers l’Afrique, l’Europe du nord et l’Orient, et sans doute aussi notre sens inné du syncrétisme ont fait merveille.

Il y a 8000 ans

En 1998, l’Unesco adoubait « l’art rupestre du bassin méditerranéen de la Péninsule Ibérique » dont les styles de peintures et sculptures pariétales dominants, presque toujours dans une subtile alliance de rouges et de noirs, sont le style naturaliste (qui consiste à reproduire fidèlement la réalité), l’art levantin au contenu nettement narratif et enfin l’art schématique (qui réduit la représentation au trait. Tenez-vous bien, en Catalogne, une soixantaine de sites sont concernés ! Les régions du Montsià, de les Garrigues et de la Noguera. Et en particulier les Grottes de la Serra de Godall (Terres de l’Ebre), l’art rupestre des Montagnes de Prades (Costa Daurada) et la Roca dels Moros (Terres de Lleida). Plus près de nous, l’incroyable ensemble archéologique romain de Tarragone, dont on n’écrira jamais assez qu’il est le deuxième gisement à ciel ouvert de monuments de l’Antiquité après la ville de Rome, a été sacré en 2000. Sont toujours visibles les murailles romaines, l’enceinte du culte impérial, le forum provincial, le cirque, le forum colonial, l’amphithéâtre, la basilique et l’église romane, la nécropole des débuts de la chrétienté, les conduites hydrauliques entre Tarragone et l’aqueduc de Les Ferreres, la tour des Scipions, la carrière de Mèdol, la villa mausolée de Centcelles, la villa d’Els Munts et l’arc de triomphe de Berà. Une authentique merveille. Il a fallu attendre l’an 2000 pour que les onze églises romanes de la Vall de Boí soient distinguées. Imaginez une petite vallée dont chaque palier est peuplé d’une petite église massive et discrète, jouxtée d’un clocher séparé de type lombard dont l’élan semble inspiré par la démesure des montagnes. 

Plus haut que les montagnes

à l’intérieur c’est l’émerveillement ! Des fresques à la polychromie joyeuse lancent sous les voûtes en plein cintre une action de grâces qui n’a rien perdu de sa ferveur. Sant Climent et Santa Maria de Taüll, Sant Joan de Boí, Santa Eulàlia d’Erill la Vall, Sant Feliu de Barruera, la Nativitat de Durro, Santa Maria de Cardet, l’Assumpció de Cóll et l’ermitage de Sant Quirc de Durro vous attendent de chœur ferme, au nord de l’Alta Ribagorça. Dès 1991, l’enceinte du Monastère Royal de Poblet (Conca de Barbera, Tarragone), un des ensembles monastiques les plus importants d’Europe, et le plus grand encore habité, avait remporté tous les suffrages. Cette merveille gothique absolue est depuis le règne de Pierre le Cérémonieux (XIVe) le panthéon des comte-rois de Catalogne. Le dortoir des moines, le cloître aux chapiteaux travaillés en dentelle, la salle capitulaire et le scriptorium encadrent la majesté dénudée de la nef, immense. Les formidables murailles, les tours imposantes ajoutent au hiératisme de l’endroit, tandis que tout autour, les vignes impeccablement travaillées apportent une douceur inattendue. L’hostellerie est à la fois accessible et confortable. à bien noter sur vos tablettes ! 

La fête moderniste

Le Modernisme a sollicité toutes les convoitises honorifiques, il ne pouvait en être autrement : d’abord avec le Palau de la Música Catalana et l’Hospital de Santa Creu i de Sant Pau signé Lluís Domènech i Montaner, une profusion de matériaux comme la corde, le verre ou la céramique, qui créent une salle de concerts bucolique et une série de pavillons colorés. Ses colonnes ressemblent aux fûts d’une forêt enchantée. Ensuite, avec pas moins de sept bâtiments civils et religieux signés de la star des stars, l’immense Gaudí. Pour méditer sur les infinies variations de l’art d’habiter en ville au tournant du siècle, cédez à l’appel de la Casa Milà (la Pedrera) avec sa façade ondulante, de la Casa Batlló avec ses murs et son toit chatoyants de trencadis et de sgraffites, de la Casa Vicens toute de briques et de carreaux faïencés verts et blancs ou encore le Palau Güell avec ses vingt cheminées extravagantes et de gabarits différents, recouvertes de céramique. 

La magie de Gaudí

Vous préférez vivre dans un jardin ? Cap sur le Parc Güell, un lieu magique et singulier qui surprend toujours ses visiteurs. Pour ceux qui retiennent de Gaudí l’immense projet (en cours d’achèvement) de la Sagrada Família, allez donc admirer son esquisse de pierre à la crypte de la colonie Güell de Santa Coloma de Cervelló. Vous n’en serez que mieux préparé à l’assaut merveilleux de la lumière colorée des vitraux, au catéchisme de pierre des façades et à ce souffle indéfinissable qui survole l’ensemble… Au nord, c’est le patrimoine militaire qui a été mis à l’honneur avec deux villes closes signées Sébastien Vauban. La première, Villefranche-de-Conflent, ne doit en fait pas grand-chose au grand ingénieur de Louis XIV, juste quelques aménagements qui affectent peu la beauté de la vénérable cité née pour verrouiller la Vallée de la Têt. Justement, deux serrures valant mieux qu’une, c’est la citadelle de Mont-Louis, entièrement conçue, cette fois par Vauban, qui ferme la marche au sommet de la vallée. Elle dessine un carré flanqué de quatre bastions à orillons et couvert par trois demi-lunes. Ses remparts sont encerclés d’un fossé sec. Deux sites impressionnants et beaux. 

La pierre et la vie

Depuis quelques années, l’Unesco a ouvert une seconde liste, dédiée au patrimoine « immatériel ». Fêtes, traditions populaires… Ce ne sont pas tant pour les pratiques en elles-mêmes que pour le vecteur de cohésion sociale et de transmission intergénérationnelle que l’Unesco s’y intéresse. « Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante », considère l’organisation. L’Unesco l’a compris, la pierre ne remplace pas la vie. En 2008, l’incroyable fête de la Patum de Berga avec son étrange personnage central, son tambour géant, son rituel basé sur l’utilisation du feu et surtout sa participation citoyenne intergénérationnelle a convaincu le jury, précédant de peu la magie des Castells, sans doute popularisés par les Jeux Olympiques de Barcelone. Davantage qu’une tradition, ils sont l’expression d’un être-au-monde basé sur l’entraide et la foi dans l’avenir. En 2015, la magie des « falles », ces torches descendues le long des flancs des montagnes à l’occasion des solstices dans les comarques pyrénéennes ont reçu la prestigieuse distinction. Derniers inscrits en 2022 sur cette liste, les Raiers dont l’activité remonte au XIIIe siècle. Leur nom provient de « rai », un radeau fait de troncs unis qu’on utilisait pour transporter le bois des Pyrénées jusqu’à la côte en profitant des courants fluviaux, et enfin, les Fêtes de l’Ours, célébrées en Andorre et en Vallespir, des fêtes de résurgence et ancestrales qui ouvrent les festivités du Carnaval marquant la fin de l’hiver et mettant en liesse Arles-sur-Tech, Saint-Laurent de Cerdans, Prats-de-Mollo ou encore Encamp. Et ce n’est pas fini… Au Nord, des démarches sont entreprises pour classer la procession de la Sanch, tandis que la Sardane et la cuisine catalane mettent tous les amoureux de la Catalogne d’accord. à Majorque, on rêve de faire classer les deux Palais des Rois, celui de Perpignan et celui de Palma. L’Unesco et la Catalogne, c’est une affaire qui roule et qui donne envie de… rouler ! 

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