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LE BAIX LLOBREGAT, PALETTE DE MÉMOIRES

02 Août LE BAIX LLOBREGAT, PALETTE DE MÉMOIRES

Question patrimoine, le Baix Llobregat se pose un peu là !  De la préhistoire au modernisme, des zones urbaines aux décors agrestes, l’émerveillement est garanti et tisse l’identité d’une région à découvrir pas à pas.

Les terres du Baix Llobregat sont peuplées depuis la nuit des temps comme en attestent deux sites majeurs, devenus de véritables stars touristiques : les grottes de Montserrat à Collbató et le Parc Archélogique des Mines Préhistoriques de Gavà. Les spectaculaires montagnes de Montserrat cachent un monde souterrain incroyable. Beaucoup d’avens et de grottes creusent la pierre calcaire, dont les grottes de Collbató, les plus vastes, également connues sous le nom de « Coves del Salnitre » (grottes du salpêtre), qui remontent à des milliers d’années. Elles proposent un parcours de 400 mètres, magnifié par les ornements minéraux des stalagmites, des stalactites, des chandelles, des dentelles, propres à émerveiller grands et petits… Les guides, non contents d’expliquer cette merveille géologique blottie dans les entrailles du massif, vous montreront où ont vécu les premiers habitants de cette montagne magique, au cours d’une plongée à la fois dans le temps et au cœur de la terre, accompagnée par un vidéo-mapping époustouflant. Autre merveille, plus surprenante encore, les mines néolithiques de Gavà où l’on extrayait, il y a 6000 ans, la variscite, un minéral assez meuble, utilisé pour l’ornementation. Il s’agit des galeries de mine les plus anciennes d’Europe. On sait aujourd’hui que des femmes travaillaient à l’époque à l’extraction du minerai. De quoi tordre le cou à quelques idées reçues… Les reconstitutions du centre d’interprétation, qui font largement appel aux outils audiovisuels, permettent au passage de découvrir le mode de vie de nos ancêtres dans ses moindres détails. Le modeste musée de Gavà, consacré à la préhistoire, recèle deux éléments de fouilles assez incroyables, un crâne trépané, qui montre un des premiers actes chirurgicaux de l’humanité, et une incroyable figure féminine que l’on dirait agenouillée, aux seins en forme de boutons écartés, d’une effarante modernité, « la Vénus de Gavà ». « Je ne peux pas décrire mon émotion quand j’ai vu cette statuette pour la première fois, elle est tellement moderne, c’est sidérant » s’extasie Francesca, artiste peintre. « Quand je la regarde je comprends toute la démarche des peintres du XXe siècle dans leur tentative de retour au primitif, d’une certaine façon, sa stylisation est indépassable ». à Sant Boi, ce sont les Romains qui ont laissé trace de leur passage avec des thermes magnifiques. Les structures, presque intactes, rendent hommage à la savante complexité de leur conception. D’un côté les chambres froides, les vestiaires, le frigidarium (bains froids) et la piscine. De l’autre, les pièces chaudes, le tepidarium (bains tièdes), le sudatorium (hammam) et le caldarium (bain chaud) : un spa, en somme, preuve s’il en fallait que nos temps modernes n’ont rien inventé. Les visites se font exclusivement le week-end et permettent de découvrir, en raccourci, toute la sophistication de la vie romaine dans sa dimension la plus collective.

Princesses et châteaux

Vous aimez le Moyen-âge, les histoires d’huile de poix et de donjons ? Les châteaux et bâtiments romans ou médiévaux du Baix Llobregat proposent un itinéraire passionnant qui commence au Castell del Papiol (à El Papiol), construit au XIe siècle, un magnifique bâtiment crénelé de pierres de taille, particulièrement bien conservé. Il se poursuit à Molins de Rei avec le castell de Castellciuró, une ruine partiellement restaurée, puis avec le Castellnou de Cervelló : attention au choc, ce château dont on repère encore les remparts puissants date de l’époque de Guifré le Velu, soit du IXe siècle, et tout indique qu’il a été édifié sur un ancien site ibère. Autant dire que ce site est mythique. Jaume, élu nord-catalan, retraité de l’administration territoriale, est un habitué des lieux. « Je viens une fois par an, au moins, j’ai l’impression d’être témoin de la naissance de la Catalogne, c’est fabuleux ». Ensuite vient le château de Pallejà, qui n’a rien à voir avec les précédents, puisqu’il s’agit d’une sorte de palais urbain. Il mélange le style roman d’origine du château médiéval et son extension gothique, puis renaissante. « J’ai longtemps habité Barcelone, mais depuis que j’ai découvert les paysages du Baix Llobregat, à deux pas de la capitale, je me demande comment j’ai attendu aussi longtemps pour sauter le pas » estime Guillem, menuisier, « tous les week-ends ou presque, je découvre quelque chose d’inattendu.

Parcs et baroque

Pour compléter cet itinéraire médiéval, il vous reste à voir le château Castellvell de Rosanes (difficile d’accés), avec ses ogives évidées et ses créneaux déchiquetés, et bien sûr le château de Castelldefels, un must local, très carte postale, entouré d’un parc qui offre des vues saisissantes sur la mer. Au-delà de ces châteaux, héritage de la longue confrontation entre Maures et Chrétiens, le Baix Llobregat décline un beau patrimoine médiéval religieux comme le prieuré bénedictain de Sant Ponç, de style lombard, situé à Cervelló, niché dans la verdure et entouré de grands mas, l’un des plus importants de Catalogne, ou civil comme le noyau urbain de Collbató. Situé juste au milieu des falaises de Montserrat, l’ensemble est de toute beauté avec ses maisons de pierre qui côtoient les belles demeures estivales des bourgeois barcelonais. Vous aimerez la fraîcheur à l’ombre de ces montagnes qui semblent découpées par une scie géante. Un peu partout une autre architecture civile, plus tardive celle-là, s’affiche en vastes mas, flanqués de caves, de chais ou de moulins à huile qui racontent l’histoire de cette terre paysanne et fertile, dévolue aux cultures méditerranéennes de l’olivier et de la vigne. à Corbera, l’antiquité et la modernité se télescopent : n’oubliez pas de parcourir l’itinéraire utilisé par les acteurs de la crèche vivante, un décor de cinéma perpétuel, composé de puits et d’humbles demeures évoquant la Palestine, planté dans la roche rouge. Il mène à l’église romane perchée sur un piton rocheux au-dessus du village. Un conseil, montez lentement, les pentes sont vertigineuses ! La région n’est pas chiche non plus de demeures historiques plus opulentes, aux accents baroques, nichées dans des parcs ornementaux. à Sant Feliu de Llobregat, la capitale de la comarca, ne ratez pas le Palau Falguera, c’est une merveille. En plein milieu de la ville s’ouvre un jardin enchanté, littéralement couvert de rosiers, planté d’arbres vénérables, qui offre 1,5 ha de paix inattendus. Une magnifique pièce d’eau sur laquelle règne un Bacchus de pierre annonce la présence du palais proprement dit, orné d’un joli escalier à double révolution, seule coquetterie d’une façade somme toute classique, presque à la française. Elle cache pourtant un intérieur nettement baroque avec sa chapelle romantique et surtout son salon de la Maison d’Autriche marqué par des scènes de la Bible comme « Jonas et la baleine » ou « Jésus ressuscitant Lazare ». Un magnifique carrosse, encore en très bon état, explique en partie la taille respectable des écuries, tandis que le salon des éventails suggère ici une vie d’oisiveté nourrie de conversations languides dans la torpeur des étés. à Cornellà de Llobregat, la très belle demeure de Can Mercader, construite comme maison de villégiature par un grand industriel barcelonais, Joaquim Mercader Belloch, présente un style éclectique qui fait la part belle aux dorures, aux draperies monumentales et au mobilier d’inspiration orientale et notamment néo-arabe. La visiter permet d’embarquer pour plusieurs univers esthétiques à la fois. à l’époque il était de bon ton de passer, dans sa propre demeure, d’une culture à l’autre. Le parc, absolument sublime, très étendu, se caractérise par l’existence d’un petit train, El trenet de Can Mercader, qui permet de parcourir parterres et bosquets sans se fatiguer. Il ravit tout particulièrement les plus jeunes : en effet on ne monte pas dans un wagon, mais on s’assied littéralement à cheval sur une des voitures ! Fous rires et convivialités garantis. En fait ces grandes demeures préfigurent un peu ce que sera le modernisme plus tard dans sa recherche de marqueurs de réussite. Et s’il fallait une dernière escale, ne manquez pas les musées d’Esplugues de Llobregat : le Musée de la Céramique (Can Tinturé) et les fours à céramiques (La Rajoleta). Toute la région est imprégnée de cette quête de nature des grands industriels de Barcelone, comme si elle était destinée à rester, contre vents et marées, un immense jardin. Malgré les voies de communication qui la zèbrent, elle a su garder cette fonction héritée de ses origines rurales et que la pandémie a renforcée. « De plus en plus de gens préfèrent habiter au calme, d’autant que la ville est à deux pas. Le miracle du Baix Llobregat c’est qu’on peut oublier complètement cet aspect urbain si on le désire » confirme Sara, employée de banque. Et ils sont nombreux à venir oublier, pour un week-end ou pour le reste de leur vie, ces désagréments urbains sans rien perdre des avantages de la capitale !

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