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Les trésors intérieurs de la Costa Daurada : une terre qui se boit, se mange et se célèbre

02 Oct Les trésors intérieurs de la Costa Daurada : une terre qui se boit, se mange et se célèbre

Dans la Costa Daurada intérieure, le voyage commence souvent autour d’une table. Il y a le feu qui lèche les calçots, le parfum fruité de l’huile nouvelle, le vin versé dans les verres, le croquant d’une noisette, les légumes revenus du marché et les plats qui circulent de main en main. Ici, le territoire se raconte d’abord par les odeurs, les gestes et les saisons. Manger, boire et célébrer deviennent autant de façons de comprendre cette terre généreuse.

Parmi toutes ces saveurs, l’une résume à elle seule ce goût du partage : simple en apparence, spectaculaire dans le geste et profondément ancrée dans la convivialité catalane, le calçot. Cette ciboule blanche, cultivée de manière à conserver une longue partie tendre et claire, connaît son heure de gloire de novembre à avril. Légèrement sucrée, elle est devenue bien davantage qu’un produit agricole : le cœur d’un véritable rituel collectif, la calçotada. Jetés directement sur les flammes, les calçots noircissent avant d’être enveloppés pour achever leur cuisson dans leur propre chaleur. Il faut ensuite retirer la peau brûlée, tremper la partie blanche dans la « salvitxada », sauce généreuse mêlant notamment amandes grillées, ail, vinaigre et nyores, puis lever le bras pour faire glisser le légume dans la bouche. La grande serviette nouée autour du cou n’a rien d’accessoire : les éclaboussures font partie de la fête. Les calçots ouvrent généralement la voie à de copieuses grillades et à de grandes tablées où l’on partage autant les plats que le plaisir d’être ensemble. Ce savoir-faire possède ses lettres de noblesse avec l’IGP Calçot de Valls. Pour obtenir cette longue tige blanche, le plant est régulièrement « chaussé », la terre étant ramenée autour de son pied. Le cahier des charges impose d’ailleurs une longueur de 15 à 25 centimètres. À Valls, le calçot est bien davantage qu’une spécialité : il est devenu l’un des emblèmes de la ville et le cœur d’une véritable culture gastronomique. Dès l’hiver venu, restaurants, familles et visiteurs se retrouvent autour de grandes calçotades. La Gran Festa de la Calçotada consacre chaque année cette passion et rappelle combien gastronomie, agriculture et identité locale restent ici intimement liées. Même un simple oignon raconte alors une histoire de patience, de terre et de convivialité. Dans le vert profond de l’huile de Siurana se lisent des siècles de travail et la rudesse de terres sèches vouées à la vigne, aux amandiers et aux oliviers. Hivers doux, étés torrides, pluies rares et souffle du mestral favorisent l’arbequina, petite olive dont on tire une huile vierge extra fine, fruitée et délicate. La DOP Siurana est l’une des grandes signatures oléicoles catalanes et permet, à elle seule, de goûter le paysage. Aujourd’hui, l’huile ne se contente plus d’arriver sur la table. Elle devient aussi une expérience. Cueillette dans les oliveraies, visites de moulins, dégustations, ateliers et rencontres avec les producteurs permettent de comprendre tout ce que l’arbequina doit au climat, aux sols et aux gestes des hommes. Pousser la porte d’une coopérative, comparer plusieurs huiles ou observer le travail du moulin, c’est pénétrer dans l’intimité agricole du territoire. À Margalef, le Centre d’Interprétation de l’huile et des économies productives de la montagne du Montsant complète cette découverte. Il fait également office de point d’information du Parc naturel de la Serra de Montsant. Mais l’huile n’est qu’un des trésors de cet immense garde-manger. Reus est célèbre pour ses vins, son eau-de-vie et ses vermouths, mais sa noisette mérite elle aussi le détour. Fine, légère, parfaite dans les desserts comme dans les picades, elle bénéficie de la DOP Avellana de Reus. À Prades la Rouge, la pomme de terre tient le haut du pavé avec l’IGP Patates de Prades. Dans le Baix Penedès, le Gall del Penedès rappelle combien les productions locales ne se limitent pas aux fruits de la terre. Dans les hauteurs, la truffe pointe son nez, tandis qu’à l’automne les sous-bois des Muntanyes de Prades et du Montsant se peuplent de champignons. Cèpes, lactaires et autres trésors forestiers rejoignent alors les cuisines. Partir à leur recherche, faire provision sur un marché ou s’attabler dans une auberge est aussi une manière de voyager au rythme des saisons. Fruits secs, pommes, poires, légumes, herbes aromatiques, volailles, charcuteries et escargots complètent ce généreux garde-manger. Ici, les recettes les plus simples ont souvent le goût du lieu où elles sont nées, portées par des gestes transmis de génération en génération. À chaque vallée sa spécialité, à chaque saison son parfum.

Un pays, plusieurs vignobles

Héritière de la Tarraco romaine, la Costa Daurada cultive la vigne depuis plus de deux millénaires. Ici pourtant, le vin ne se résume pas à une succession d’appellations : il change de visage au rythme du paysage. Dans la Conca de Barberà, le trepat donne des vins frais et expressifs. Dans le Priorat, les ceps s’agrippent aux pentes de llicorella, cette ardoise sombre et friable caractéristique du vignoble. Le Montsant compose un autre relief de terrasses, de coteaux et de vallées, tandis que les secteurs intérieurs du Penedès et les terres de la DO Tarragona ouvrent vers des paysages plus doux. D’une vallée à l’autre, altitude, exposition et nature des sols transforment le vignoble. Certains crus du Priorat figurent régulièrement parmi les mieux notés par les grands guides internationaux, tandis que le cava s’est largement imposé au-delà de la Catalogne. Mais le plaisir demeure aussi sur les petites routes qui serpentent entre les parcelles, dans les caves installées au cœur des villages ou dans ces domaines où le vigneron prend encore le temps de raconter son terroir. Suivre les routes du vin, c’est également croiser les fameuses cathédrales viticoles, découvrir une architecture spectaculaire et multiplier dégustations et rencontres. Rouges, rosés, blancs, tranquilles ou pétillants composent une mosaïque aussi variée que les paysages qui les ont vus naître.

Sous un olivier chargé de cet or vert, une famille récolte les olives à la main, filet tendu au sol pour en récolter les fruits. Cette scène traditionnelle illustre le savoir-faire oléicole du Priorat, terroir réputé pour ses huiles d’olive de qualité. © Joan Capdevila, Costa Daurada Turisme

Quand tout le village descend dans la rue

Dans la Costa Daurada intérieure, les fêtes racontent le territoire aussi sûrement que les paysages. Certaines plongent leurs racines dans les grands récits historiques. À Montblanc, la Setmana Medieval fait ressurgir la légende de Sant Jordi au pied des remparts. À Alcover, la Fira de Bandolers ramène dans les rues brigands, tavernes et personnages d’un autre temps. D’autres célèbrent ce que la terre produit. À Valls, la Gran Festa de la Calçotada transforme chaque hiver la ville en capitale gourmande, avec dégustations et concours autour de son produit emblématique. Quelques mois plus tard, Firagost remet à l’honneur le monde agricole, ses productions et ses savoir-faire, rappelant combien la ville reste liée à la campagne qui l’entoure. Le vin possède naturellement ses propres rendez-vous. À Falset, la Fira del Vi fait rayonner les crus du Priorat et du Montsant. à Poboleda, la Verema a l’Antiga ressuscite les vendanges d’autrefois. à l’Espluga de Francolí, la Festa de la Verema célèbre les vins de la Conca de Barberà. À Vimbodí i Poblet, Vitrum transforme quant à lui le verre artisanal en spectacle vivant. Plus qu’un simple calendrier d’événements, ces rendez-vous disent quelque chose de plus profond : ici, on aime faire ensemble. Marchés, dégustations, traditions, musique, artisanat et grandes tablées prolongent la même manière d’habiter le territoire. La Costa Daurada intérieure ne se contente donc pas de se visiter : elle se goûte, se partage et se célèbre.

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