VOTRE MAGAZINE N° 92 EST EN KIOSQUE
VOTRE MAGAZINE N° 92 EST EN KIOSQUE

Figueres, si éternellement proche

29 Sep Figueres, si éternellement proche

Arrivés en 218 avant Jésus-Christ sur les terres catalanes, les Romains ont tout de suite compris l’intérêt stratégique du peuplement ibère qui est le lointain ancêtre de Figueres. Idéalement situé sur l’axe de la Via Augusta qui desservait leur ville phare de Tarraco (Tarragone)  et à l’intersection de la route des ports de Roses et d’Empúries. Ils vont donc faire du village, alors embryonnaire, une étape recherchée des marchands et des militaires entre Ruscino (Perpignan) et Gerunda (Girona).

Une ville royale

Après les invasions barbares, puis celle des Arabes qui ne restèrent guère que 20 ans avant que la région ne se livre à Charlemagne, on trouve dès 802, mention de la Villa Ficerias, puis en 962 du lieu-dit Figariae. C’est le comte-roi Jaume Ier, soucieux de trouver un contrepoids aux ambitions du turbulent Hug d’Empúries, qui lui donne en 1267 sa charte de ville, et partant de là, l’autorisation de tenir foires et marché. Il y autorise même l’installation d’un quartier juif en 1269. Proche du Roussillon, Figueres a subi au fil des siècles les assauts d’une histoire qui a obstinément fait de la partie nord de la Catalogne, l’objet de luttes incessantes entre la France et la Couronne d’Aragon, puis entre la France et l’Espagne. à ce titre, la ville a subi l’occupation de Philippe le Hardi en 1285, l’occupation des troupes espagnoles en 1652, celle des troupes napoléoniennes chargées d’instaurer le département du Ter, au début du XIXe siècle et a souvent ressemblé à une place d’armes au grand dam de la population. Figueres n’a pas non plus été épargnée par les guerres de succession d’Espagne, et, plus près de nous, par la guerre d’Espagne, au cours de laquelle elle a subi de nombreux bombardements, comme en atteste la présence de 15 refuges aériens, et d’innombrables exactions perpétrées par les deux camps.

Une histoire chargée

L’église Sant Pere a même été partiellement démontée  pour en éradiquer le symbole religieux, sans parler des cohortes muettes d’exilés tentant de rallier la frontière française pour échapper aux soldats franquistes. Dans les années 50, Figueres est encore en proie à une grande pauvreté, mais la ville saura prendre le virage du tourisme et son destin s’en trouvera changé, tout autant que la composition de sa population qui comprend désormais  de nombreux immigrés venus du sud de la péninsule pour participer à la renaissance économique des années 60. Aujourd’hui, Figueres compte 50 000 habitants et draine toute la population de l’Alt Empordà, pour ne pas parler des Catalans du nord, toujours nombreux à parcourir ses rues en quête de shopping ou de bons plans gastronomiques.

Un environnement exceptionnel

Il faut dire que Figueres, majestueusement installée au pied des Albères, au cœur des oliveraies, des vignes, des vergers  et des jardins familiaux, jouit d’un environnement magnifique, à 15 km à peine de la mer, pas davantage de la frontière et 40 km à peine de sa grande voisine Girona. Rien d’étonnant à ce que la ville ait développé cette remarquable bosse du commerce et ce sens de l’accueil qui ont fini par faire sa richesse. La ville dégage un charme étrange, presque imperceptible au premier abord, mais puissant. Arriver à Figueres, c’est confluer presque sans le vouloir vers les rambles, construites sur la rivière Galligans, véritable colonne vertébrale de la ville. Des allées surélevées, pavées, scandées de platanes et de bancs, entourées d’un incroyable mélange de styles architecturaux.

Capitale du shopping

Modernisme, baroque, noucentisme, néoclassicisme s’y sont donné rendez-vous, comme pour offrir un échantillon des talents graphiques de la Catalogne. Miracle, ce foisonnement finit par trouver son unisson et donne envie de s’attarder sur les terrasses des cafés. Ensuite, il reste à prendre une des petites rues pavées qui mènent dans le centre ancien, bordées de vitrines de toutes sortes, essentiellement des commerces de prêt à porter et de chaussures d’abord, puis toutes sortes de commerces de bouche. Une foule active et joviale se presse, paquets au bras. De temps en temps s’ouvre une place entourée de voûtes, comme la place de la mairie, avec son lot de cafés et de restaurants, où bruissent des conversations animées. Figueres est une ville où il fait bon vivre. La place de l’église, gagnée sur un îlot de maisons détruit, se tapit au pied des formidables arcs-boutants et du double clocher octogonal. Quelque chose d’italien, de toscan même, se dégage de l’ensemble. Un peu plus loin, la place des patates, construite lorsque la place de la mairie s’est avérée trop petite pour les marchés, possède encore un morceau des anciens remparts récemment découvert. Partout, des plaques de rue en céramique, un pavage soigné, des façades anciennes rénovées distillent un charme suranné.

La marque de Dalí

Se promener dans le vieux Figueres est un enchantement. Une petite rue en pente, quelques marches et voilà la belle façade néoclassique, magnifiquement équilibrée, du musée Théâtre Dalí, installé dans l’ancien théâtre municipal, avec ses sculptures ovoïdes, ses miches de pain qui ponctuent les murs… En fait, une sorte de grimoire à déchiffrer qui donne accès au monde surréaliste et si particulier d’un artiste universel et excentrique qui fut, avant tout, un fils de l’Empordà aux vigatanes bien campées. Au bas des rambles, là où s’élève la statue de Narcís Monturiol, l’inventeur du premier sous-marin, l’ « Ictineu », commence un quartier plus moderne.

D’arbres et de pierres

Terriblement commerçant lui aussi, il est rythmé là encore par des places qui animent la vie économique de la ville, dont la place de Catalunya, dotée d’une halle recouverte de panneaux photovoltaïques. Autre attraction, la place del Gra accueille tous les mardis, jeudis et samedis, l’un des marchés les plus animés de la ville, niché sous ses halles soutenues par 36 colonnes métalliques. Au gré des rues, l’ancien abattoir, dessiné par l’architecte moderniste Josep Ademar, abrite en beauté l’office du tourisme et les archives de la comarca. La maison natale de Dalí, à la fois bourgeoise et modeste, jette une lumière inattendue sur le grand peintre et son enfance secrète, tandis que les frondaisons du parc Bosc et les vénérables platanes de la drôle de place triangulaire, devant la gare, ouvrent leurs bras verts à l’étreinte de la tramontane.

Des musées passionnants

Le casino Menestral, fondé à la fin du XIXe siècle pour répandre entre ses membres les idées des Lumières est un joyau moderniste. Une fois épuisées les joies des marchés, du shopping et de l’architecture, Figueres n’en a pas fini avec ses sortilèges : le Musée de l’Empordà, parallèlement à quelques très belles toiles espagnoles, consentis par le Musée du Prado, possède une remarquable collection d’artistes du cru dont l’œuvre puise directement aux paysages. Un peu plus haut sur les rambles, le Musée du Jouet enchantera grands et petits avec son incroyable collection où figurent même les premiers compagnons de jeu du divin Dalí. Si vous aimez vous souvenir des débuts de la mécanisation, le Musée des Techniques expose de très anciens modèles de machines à coudre et à écrire, ainsi que la remarquable collection de montres de Marti Amiel, tandis que le Musée Endesa revient sur les balbutiements de l’électricité et de l’éclairage public à la fin du XVIIIe siècle. Une façon simple et originale de  prendre la mesure des progrès techniques et de leur impact sur la vie quotidienne. Il vous reste un élément de patrimoine unique à découvrir, la formidable forteresse de Sant Ferran, la plus grande d’Europe, capable de loger 6 000 hommes et 500 chevaux dont la citerne est si colossale qu’on la traverse en zodiac comme un véritable lac intérieur.

Des produits authentiques

De là-haut, la vue est incroyable et englobe quasiment toute la plaine de l’Empordà, idéal pour visiter avec des enfants et des adolescents qui aiment crapahuter ! Pour la petite histoire, les Français, qui la prirent deux fois sans combattre, la nomment, non sans arrogance,  « la belle inutile ». Bien sûr, impossible de passer à côté des remarquables produits du cru, à commencer par les sublimes vins de l’Empordà, veloutés et taniques, particulièrement bien classés au Parker’s, et aux rayons vins doux, le grenache et le moscatell. Au palmarès, les olives arbequines, goûteuses, acides juste ce qu’il faut, le boudin doux qui s’accommode si bien du poisson et du riz, et l’oignon délicatement rosé aux arômes de miel.

Comme chez soi mais…

La gastronomie locale est à l’avenant, elle invite à aimer la vie. Car le capital le plus précieux de Figueres se trouve là, dans la nonchalance retrouvée qui donne envie de s’asseoir sur les rambles ou en terrasse, de déguster quelques tapes, d’écouter la rumeur de la ville. Dans cette sensation étrange d’être comme chez soi et de voyager pourtant, dans cette part de Catalogne éternelle que détiennent les maisons sur les rambles. Irrésistible Figueres…

Pas de commentaire

Poster un commentaire