31 Juil Agly – Fenouillèdes, Lle charme discret des villages
Le Fenouillèdes aime brouiller les pistes, entre passé cathare, traces huguenotes, histoire française et étymologie. Là où l’on serait tenté de voir une référence au fenouil des garrigues, les linguistes évoquent plutôt le Pagus Fenioletensis, le « pays des foins », souvenir du pastoralisme d’autrefois.
Pour comprendre l’organisation de ses villages dispersés, il faut imaginer que l’ancienne frontière septentrionale de la Catalogne, alors intégrée au royaume d’Aragon, passait par Estagel, Montner, Ille-sur-Têt, Rodès ou encore Tarerach, suivant un tracé hérité des anciennes possessions féodales. Cette limite était matérialisée par des bornes-frontières, dont la mieux conservée est celle de Montner, érigée en 1617. Une face porte les armes du seigneur de Montesquieu, l’autre la croix d’Aragon, rappelant l’ancienne séparation entre les deux territoires. Résultat de cette mosaïque territoriale : le Fenouillèdes n’a jamais été aussi isolé qu’on pourrait le croire. Tous les chemins semblent mener à ce territoire blotti au nord-ouest des Pyrénées-Orientales.
Frontières et mémoires
La route reliant Quillan à Perpignan le traverse par Caudiès-de-Fenouillèdes, Saint-Paul de Fenouillet, Maury et Estagel. On y accède aussi par les gorges de Galamus, par Millas et Montner, par Vinça et Montalba-le-Château ou encore par Ille-sur-Têt. Un dense réseau de petites routes irrigue ainsi l’espace compris entre les Corbières et la vallée de la Têt. L’une des plus belles portes d’entrée suit la vallée de l’Agly sous les falaises de Cases-de-Pène, longe le château de Jau et conduit jusqu’à Estagel. Ce village aux deux clochers, l’un catholique et l’autre républicain, a su préserver son identité profondément catalane. Un porche en plein cintre donne encore accès à la cellera médiévale qui contribue au charme de ce bourg, célèbre pour avoir vu naître François Arago. Après avoir franchi l’Agly, la départementale puis la voie ferrée, une petite route sinueuse s’élève vers Tautavel. Bordée de pins et ponctuée de quelques parcelles de vignes, elle traverse un paysage sauvage d’une grande beauté. Après avoir franchi l’Agly, la départementale puis la voie ferrée, une petite route sinueuse s’élève à flanc de colline. Bordée de pins et ponctuée de quelques parcelles de vignes, elle traverse un paysage sauvage d’une grande beauté. Au détour d’une chapelle et d’un pont surgit Tautavel, dont les maisons s’étirent le long du Verdouble, au pied de l’impressionnante falaise dominée par les vestiges du château médiéval. Véritable locomotive touristique du territoire, le village doit une grande partie de son rayonnement au Musée de la Préhistoire, connu bien au-delà des frontières régionales. Colloques, festivals, gastronomie et animations rythment la vie de cette petite cité qui mérite largement le détour. La visite du musée bouscule bien des idées reçues sur les premiers habitants de l’Europe. Situé à la rencontre des mondes occitan et catalan, le village conserve la mémoire de ces influences qui se mêlent depuis des siècles. Accrochée à flanc de montagne, la route poursuit ensuite son parcours entre falaises et panoramas avant de rejoindre la vallée de l’Agly puis redescend vers Cases-de-Pène, offrant une dizaine de kilomètres de paysages remarquables. En poursuivant vers Maury, le paysage change progressivement. Au fil d’une longue ligne droite traversant les vignobles, on entre dans un territoire résolument occitan, comme en témoigne la double graphie de nombreux noms de villages. La vigne est partout et les grands domaines se succèdent sous le regard du château de Quéribus, dont la silhouette domine l’horizon. Maury a progressivement forgé une identité culturelle originale, portée par une communauté d’artistes et d’artisans séduits par le caractère du village.
Potiers, graphistes et peintres ont apporté couleurs et créativité à ses rues, contribuant à faire de cet ancien village-rue un lieu vivant où patrimoine et création se rencontrent naturellement. En poursuivant sa route au cœur des vignobles, le voyageur découvre Lesquerde, accroché à un spectaculaire éperon rocheux dominant la vallée de l’Agly. Son panorama sur les Corbières et son identité profondément viticole en font l’un des plus beaux belvédères du Fenouillèdes. Plus loin apparaît la capitale historique du territoire. Avec ses élégants bâtiments publics hérités de son ancien statut de chef-lieu de canton, Saint-Paul de Fenouillet conserve une certaine prestance. Occupé depuis l’Antiquité, le site a préservé une part de son prestige et demeure notamment célèbre pour son chapitre collégial et ses croquants. Au-delà de Saint-Paul de Fenouillet et de la Clue de la Fou s’ouvre la vallée de Fenouillet.
Au fil de l’Agly
Encaissée entre les reliefs et dominée par les vestiges du château vicomtal, elle déploie des paysages à la fois austères et grandioses. À l’extrémité du territoire, Caudiès-de-Fenouillèdes séduit par son lavoir, son étonnante maison à colombages et la statue du lion réalisée par Casimir Benet Roche, figure politique et artistique locale du XIXe siècle. De retour vers Latour-de-France, avec son agréable centre ancien, ses rues pentues et ses maisons adossées aux remparts, on retrouve la beauté de l’Agly et de ses eaux profondes. La route conduit ensuite à la charmante Planèzes, son église, sa falaise et son impressionnant gouffre presque circulaire, puis à Rasiguères, réputée pour ses rosés et son festival de musique classique qui séduisit autrefois l’ancien Premier ministre britannique Sir Edward Heath. Au fil du parcours, quelques détails révèlent l’identité occitane du territoire. La croix d’Occitanie remplace souvent la senyera sur les façades des mairies. Les maisons se distinguent par l’absence de balcons en encorbellement, remplacés par de simples garde-corps en fer forgé, tandis que le cayrou cède souvent la place à des façades enduites. La largeur des portails rappelle quant à elle une époque où les habitations abritaient étables, remises ou chais. Après Rasiguères, l’aridité du paysage est adoucie par la présence du vaste lac de Caramany, créé pour mieux maîtriser les crues de l’Agly. Les vignobles continuent de s’accrocher aux pentes tandis que le village a développé une offre tournée vers l’écotourisme, la randonnée et la pêche. Vers l’ouest, la route mène à Trilla et à Pézilla-de-Conflent, où l’on découvre une église à clocher-mur ainsi que les menhirs de Taupels, avant de rejoindre Rabouillet. La mémoire cathare y demeure vivace et la tradition de résistance s’y illustra durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque le village devint l’un des centres actifs du maquis. Ancienne possession des seigneurs de Peyrepertuse, Rabouillet fut également le premier village libéré du département en 1944. Vers l’est, depuis Sournia, un autre itinéraire conduit à Montalba-le-Château, beau village d’élevage ovin dominé par son château, où l’économiste et démographe Alfred Sauvy aimait se retirer et où il repose aujourd’hui. La route rejoint ensuite Bélesta, son Château-Musée et sa célèbre grotte préhistorique, avant de redescendre vers le lac de Vinça. Plus directement, il est également possible de rejoindre Ille-sur-Têt.
Enfin, on peut suivre le cours de l’Agly vers Saint-Arnac et Ansignan. Blotti au bord de la rivière, ce dernier doit sa renommée à son remarquable pont-aqueduc romain, l’un des mieux conservés du sud de la France. Entre patrimoine antique, ruelles anciennes et paysages verdoyants, le village constitue une étape particulièrement attachante. Tous les chemins du Fenouillèdes, territoire modeste par sa taille mais d’une étonnante diversité, façonné par une histoire commune et des identités multiples, offrent au voyageur ce supplément d’âme discret qui fait les destinations inoubliables.

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