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Agly – Fenouillèdes, terre d’Histoires

31 Juil Agly – Fenouillèdes, terre d’Histoires

Pour une fois, Cap Catalogne passe la frontière ! Le Fenouillèdes a beau occuper le nord du département des Pyrénées Orientales, c’est une terre occitane de langue et de cœur, une très proche cousine, dont les différences subtiles, tracées par l’histoire, font tout le charme.

Par le traité de Corbeil (1258), le Roi de France renonce à ses prétentions sur les comtés de la Marche d’Espagne, tandis que le Comte-Roi de Barcelone abandonne les siennes sur le Languedoc. Le Fenouillèdes devient ainsi français quatre siècles avant ses voisins catalans, qui le deviendront en 1659 avec le traité des Pyrénées. Les Corbières marquent alors la frontière, quelque 80 kilomètres au nord de la limite actuelle. En 1790, les révolutionnaires créent le département des Pyrénées-Orientales selon une logique géographique. Ils y intègrent le Fenouillèdes, dessinant ainsi une enclave occitane au sein d’un territoire largement catalan. Culturellement, nous sommes donc dans un territoire singulier, rattaché aux États du Languedoc dès le XIIIe siècle. Ces terres furent profondément marquées par l’épopée cathare, dont l’héritage reste encore très présent dans le paysage. Mais les premiers bâtisseurs furent les Romains. Au IIe siècle de notre ère, près d’Ansignan, ils édifièrent un remarquable pont-aqueduc destiné à acheminer l’eau de l’Agly jusqu’au village perché sur sa colline. Long de 170 mètres et haut de 15 mètres, l’ouvrage impressionne toujours. Plus il s’éloigne du fleuve, plus ses arches gagnent en hauteur. Le canal supérieur demeure praticable et offre une belle découverte dans un cadre boisé. Presque intact après près de deux millénaires, ce monument constitue un remarquable témoignage du génie civil romain. Le relief ne contribue guère à rendre la frontière lisible et les ouvrages défensifs y sont aussi nombreux que dispersés. La ville fortifiée de Latour-de-France en offre un bon exemple : son clocher était autrefois une tour de guet et conserve encore aujourd’hui la mémoire de sa vocation frontalière.

Terre entre deux mondes

Il faut également citer les nombreuses tours à signaux, notamment d’époque majorquine, comme la tour de la Trémoine, perchée sur son éperon rocheux au-dessus de Rasiguères, la tour de Prats-de-Sournia, la tour del Far dominant Tautavel ou encore la tour de Lansac. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la frontière s’est progressivement fortifiée des deux côtés. Toutes ces sentinelles s’intègrent à un vaste réseau de surveillance couvrant les Corbières et le versant sud des Pyrénées, avec, pour le Fenouillèdes, le point stratégique de Força Réal. Il faut imaginer un territoire où les villages sont rares et éloignés les uns des autres, au cœur de Corbières longtemps peu peuplées. Au nord, l’ancienne frontière demeure encore perceptible à travers une sorte de no man’s land naturel d’une vingtaine de kilomètres. Les points de passage y sont donc rares. Dominant le paysage du haut de ses 728 mètres, le château de garnison est un site majeur. Fondu dans la falaise calcaire et comme posé sur son socle de granit gris, Quéribus se confond parfois avec la roche, renforçant l’impression d’une forteresse presque imprenable. Ce fut d’ailleurs la dernière place forte à tomber lors de l’épopée cathare, onze ans après le siège de Montségur, qui marque symboliquement la fin de l’autonomie politique des grandes principautés occitanes. Dans cette croisade décrétée par le pape Innocent III, les comtes de Toulouse virent leurs possessions passer sous l’autorité de la couronne de France. Quéribus, tout comme sa voisine Peyrepertuse, fut ensuite intégré au dispositif défensif du roi Saint Louis. Les Français renforcèrent ces places fortes, désormais chargées de protéger une véritable frontière d’État face à la Couronne d’Aragon. Les Français renforcèrent ces places fortes, désormais chargées de protéger une véritable frontière d’État. Jusqu’alors, le jeu des vassalités et des alliances familiales entretenait un profond enchevêtrement entre Occitanie et Catalogne. L’ascension vers Quéribus ne demande qu’une dizaine de minutes de marche à flanc de colline, mais le spectacle est saisissant. Depuis les remparts, le regard embrasse la mer, les Pyrénées, le Canigou et, au loin, le massif des Albères. Le Fenouillèdes conserve également un précieux héritage médiéval avec les vestiges de l’ancienne vicomté de Fenouillet et son château Saint-Pierre. Véritable castrum occitan, il conserve les vestiges du logis seigneurial, son enceinte fortifiée, une remarquable église vicomtale ainsi que la tour Sabarda. Cette imposante forteresse relevait autrefois de la sénéchaussée royale de Carcassonne. Autre joyau du territoire, le prieuré de Marcevol domine la vallée de la Têt face au Canigou. Fondé au XIIe siècle par les chanoines du Saint-Sépulcre, cet ensemble roman admirablement restauré associe sobriété architecturale et cadre naturel exceptionnel.

Sur les traces des Cathares

Son église, son cloître et son panorama spectaculaire en font l’un des sites patrimoniaux les plus emblématiques du Fenouillèdes. Au rayon des curiosités, c’est toutefois le XIXe siècle qui remporte la palme avec, à Caudiès-de-Fenouillèdes, un étonnant pont en colimaçon qui fut également un pont à péage, parmi les ouvrages routiers les plus originaux de France. Tous ces monuments présentent un double intérêt : historique bien sûr, mais aussi touristique, tant ils offrent de magnifiques buts de promenade dans des paysages d’exception. Le patrimoine sacré du Fenouillèdes ne possède pas la profusion romane et baroque que l’on rencontre ailleurs dans les Pyrénées-Orientales. Il abrite pourtant deux authentiques joyaux. Le premier est Notre-Dame de Laval, à Caudiès-de-Fenouillèdes, entourée de cyprès et de vignes. Édifiée au Xe siècle puis remaniée au XVe, cette ancienne église paroissiale se compose d’une nef unique terminée par un chœur pentagonal et d’un remarquable portail. Son retable du XIVe siècle en pierre sculptée constitue un rare exemple d’art naïf consacré à la Vierge et à Sainte Anne. L’autel et le tabernacle en marbre datent de 1781. Les habitants venaient y implorer une protection contre les invasions et les épidémies, ce qui lui permit d’échapper à la vente comme bien national après la Révolution. Le second joyau est le Chapitre collégial de Saint-Paul-de Fenouillet, ancienne abbaye bénédictine demeurée prospère jusqu’à la Révolution avant d’être privatisée et divisée en appartements. Aujourd’hui restauré, l’édifice présente une remarquable décoration de gypseries composée de stucs, bas-reliefs, moulures et colonnes torses. Il possède également un insolite clocher heptagonal offrant une vaste vue sur les gorges de Galamus, la Clue de la Fou et le synclinal du Fenouillèdes. Même si les travaux ne sont peut-être pas totalement achevés à l’été 2026, l’ensemble demeure particulièrement impressionnant. Ne négligez pas l’église paroissiale de la Nativité-de-Notre-Dame de Sournia, édifiée autour d’un clocher qui était à l’origine une tour de guet. Son chœur est orné de stucs du XVIIe siècle. Elle conserve également les retables du maître-autel et du Rosaire, ainsi qu’un riche ensemble de toiles et de statues des XVIIe et XVIIIe siècles, un Christ du XVIIe siècle et une croix processionnelle du XVe siècle.

Le temps des clochers et des chapelles

Un patrimoine à la fois précieux et empreint de simplicité. Creusé dans les parois du canyon, l’ermitage Saint-Antoine de Galamus abrite une étonnante grotte-chapelle. Selon la tradition, des ermites occupaient déjà les grottes naturelles du site dès le VIIe siècle et placèrent ce lieu sous la protection de saint Antoine le Grand. Au fil du temps, ils y ajoutèrent plusieurs bâtiments, dont le campanile visible aujourd’hui. Le Fenouillèdes offre également un remarquable florilège de chapelles. À Sournia, la chapelle Sainte-Félicité conserve un autel du XIe siècle et une remarquable porte en fer à cheval. À Latour-de-France, la petite chapelle Saint-Martin a gardé les vestiges de sa voûte. Il faut aussi citer la chapelle castrale de Cassagnes ou encore, à Jonqueroles, les restes de la chapelle Saint-Barthélemy du XIe siècle, dont subsiste un élégant mur festonné percé d’une ouverture en plein cintre. Près de Montner, la chapelle du château de Caladroy abrite un très bel autel en marbre blanc. Planèzes, Campoussy, Trévillac et Montalba possèdent également de charmantes chapelles, autant de prétextes à de belles promenades et découvertes. Terre de passage devenue terre de frontières, le Fenouillèdes offre un patrimoine d’une rare diversité, témoin de plus de deux mille ans d’histoire.

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