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Hostalric, Bon home i bon amic

31 Juil Hostalric, Bon home i bon amic

Entre Girona et Barcelone, au pied du Montseny et à quelques kilomètres de la Costa Brava, Hostalric dévoile l’une des plus belles silhouettes médiévales de Catalogne. Dominée par son imposant château de basalte et ceinte de remparts remarquablement conservés, la cité raconte l’histoire des vicomtes de Cabrera et des grandes routes qui traversaient le pays.

Sur la route, droite et ombragée, parfois longée par les eaux de la Tordera, l’apparition de la ville, incroyablement médiévale dans sa silhouette, ses tours, ses remparts crénelés et ses maisons aux toits à double pente, annonce une singularité cultivée, renforcée par le noir brillant aux reflets vert sombre de la pierre née du feu de la terre : le noble basalte. Il faut dire que nous sommes dans la zone volcanique de la Selva, moins connue que celle de la Garrotxa, mais riche en gisements basaltiques nés il y a plus de trois millions d’années. La plupart des collines sont d’anciens cratères érodés qui évoquent, par leur verte sérénité et leurs courbes douces, une petite Auvergne. Le basalte, cette pierre de lave, est justement le matériau dans lequel l’imposant château, mentionné dès le début du XIIe siècle sur un promontoire occupé depuis l’Antiquité, a été façonné au fil des siècles. Le monument emblématique de la ville porte avant tout la marque de la puissance des vicomtes de Cabrera, seigneurs médiévaux installés au cœur des montagnes dans leur fief de Montsoriu. Ils avaient fait d’Hostalric leur centre de pouvoir juridique et administratif, et leur dynastie a perduré plus de cinq siècles, jusqu’en 1848, un véritable record. Située sur le chemin royal, qui reprenait le tracé de la prestigieuse Via Augusta, tronçon ibérique de la route romaine reliant Cadix à Rome, la ville n’a pas échappé aux conflits successifs avec la France. Ceux-ci furent notamment marqués par une occupation française en 1694 puis lors de la guerre de Succession d’Espagne, avant l’épisode napoléonien qui la plaça une nouvelle fois au cœur des affrontements. Le château, déjà imposant dans sa forme médiévale, a été largement remanié à partir du XVIIe siècle afin de s’adapter aux nouvelles stratégies militaires et aux progrès de l’artillerie, devenant ainsi une formidable forteresse. Sa visite est agrémentée de dispositifs audiovisuels, d’écrans interactifs et de panneaux d’interprétation particulièrement instructifs. Chaque contrescarpe ou fortin offre en outre de magnifiques points de vue sur les anciens volcans et les reliefs environnants. L’unique survivante des quatre citernes originelles donne la mesure des infrastructures nécessaires pour répondre aux besoins des hommes et des animaux, en l’absence de toute source à l’intérieur de l’enceinte. Au cœur de la forteresse se trouve une merveille architecturale unique : la célèbre galerie à l’épreuve des bombes. Avec ses 300 mètres de longueur, cet impressionnant ouvrage souterrain constitue un remarquable témoignage du génie militaire de l’époque moderne. Véritable corridor protégé, il reliait la partie basse de l’enceinte au bastion principal. En période de siège, cette galerie jouait un rôle vital en assurant aux soldats et aux habitants un passage sûr et abrité. Une sorte d’abri souterrain avant l’heure. La ville a par ailleurs conservé près de 600 mètres de remparts édifiés au XVe siècle, que l’on peut parcourir afin d’admirer à la fois la beauté du tissu urbain médiéval et les paysages naturels qui l’entourent. Pour bien comprendre Hostalric, il faut savoir qu’elle tenait marché dès 1242, preuve de l’influence de ses turbulents vicomtes et de leur allégeance à la maison de Barcelone. La ville fut encore choisie pour accueillir les notaires et les scribes de la vicomté, puis son tribunal de justice. Commerce et administration territoriale y ont toujours fait bon ménage, ce qui lui confère un statut de petite capitale encore perceptible dans la noblesse de son patrimoine. La mairie, superbe édifice moderniste, constitue un excellent point de départ pour explorer les ruelles pavées du vieux bourg.

La bonne auberge !

Construite à l’emplacement de l’ancien couvent des Minimes, elle a été dessinée par l’architecte Bonaventura Conill. Ses arcades en plein cintre, superposées sur deux niveaux comme la galerie monacale d’origine, ont conservé l’esprit du cloître malgré le caractère très moderne de sa façade claire. À l’intérieur se trouve une véritable curiosité : la tour des Frères, un élégant mirador du XIIIe siècle culminant à 33 mètres de hauteur, heureusement doté d’un ascenseur. La tour accueille une exposition passionnante consacrée à l’épopée de la vicomté de Cabrera et à ses rapports complexes avec les comtes-rois de Catalogne. Bien qu’elle soit la plus imposante des tours d’Hostalric, elle se situe en dehors de l’enceinte fortifiée. Tout en haut de la colline, la Plaça dels Bous se présente comme une vaste esplanade offrant des vues panoramiques remarquables sur le château, la Tordera et le massif du Montnegre. Les environs d’Hostalric sont de toute beauté, avec une profusion de champs cultivés, de prairies, de bois et de forêts qui invitent à l’évasion. En redescendant, la traversée du quartier ancien est particulièrement séduisante, notamment grâce à la monumentale porte de Barcelone, remarquablement préservée. Elle conduit les visiteurs vers l’église Santa Maria, édifiée vers 1250. D’origine romane, elle fut ensuite remaniée dans un style gothique tardif. Gravement endommagée durant la période napoléonienne, elle conserve néanmoins une belle voûte sur croisée d’ogives ainsi que la statue de Notre-Dame des Secours. Son clocher carré présente également quelques caractéristiques baroques. À proximité, la tour Ararà impressionne par ses 22 mètres de hauteur. Vous pouvez également choisir un autre itinéraire en empruntant le chemin de ronde, qui permet de suivre l’intégralité des remparts avant de revenir au château par une boucle en hauteur particulièrement agréable. Ne manquez pas non plus la Cova del Relliguer.

Quand tourisme rime avec culture

Derrière une discrète grille métallique donnant directement sur la rue, un étroit conduit de 26 mètres mène à une salle souterraine qui aurait pu servir de refuge aux habitants du call juif en cas de danger. L’histoire mouvementée de la cité, faite de sièges et de résistances, se lit encore à fleur de pavé. On y perçoit également une longue tradition d’hospitalité, illustrée par ses petits restaurants, ses vitrines accueillantes et ses rues animées. Hostalric signifie d’ailleurs « la riche auberge », un nom qui rappelle sa vocation historique d’étape sur les grandes routes du pays. N’oubliez pas enfin de visiter le Domus Can Llensa, centre de promotion touristique et culturelle installé dans une ancienne usine de bouchons de liège. Une véritable mine d’informations pour découvrir la ville et son histoire. Les paysages constituent l’autre grande richesse d’Hostalric, à commencer par le cours de sa rivière, la Tordera, qui trace son chemin depuis les hauteurs du Montseny, à la Font Nova de Sant Marçal, jusqu’à la Méditerranée, entre Blanes et Malgrat de Mar, à la naissance de la Costa Brava. Son principal affluent, la rivière d’Arbúcies, offre d’autres occasions d’émerveillement sur les flancs du Montseny, au cœur d’une profusion végétale remarquable. Peupliers majestueux de la ripisylve, châtaigniers, puis hêtres et sapins se succèdent au fil de l’altitude. N’oublions pas que le bois, destiné aussi bien à la construction qu’à la fabrication du charbon, fut longtemps l’or vert de ce territoire. Partout, les panoramas sont spectaculaires et révèlent toute l’ampleur du Montseny, sans doute l’un des massifs les plus mystérieux de Catalogne. La plupart de ces itinéraires, relativement accessibles, sont balisés en jaune et bleu. La « Tourdera », néologisme formé à partir de « tour » et de « Tordera », constitue l’excursion emblématique des environs d’Hostalric.

Entre Montseny et Méditerranée

À parcourir à pied ou à vélo, elle propose plus de 140 kilomètres d’itinéraires répartis entre la vallée de la Tordera et celle d’Arbúcies. Bien entendu, ce parcours peut être découvert par étapes, chacune offrant son lot de paysages et de découvertes. Mais les possibilités ne s’arrêtent pas là. Les chemins qui serpentent entre les parcelles cultivées invitent à la flânerie et permettent de découvrir l’ancien moulin à farine ou encore les vestiges de l’ancienne forge, sans trop s’éloigner de la ville. Longtemps, l’élevage porcin et ovin, l’aviculture, l’industrie textile et le travail du bois ont façonné l’économie locale, laissant leur empreinte dans les paysages. Pour ressentir pleinement le poids des siècles et la permanence de la nature, empruntez le sentier qui reprend le tracé de l’ancienne Via Augusta jusqu’à Maçanet de la Selva, au cœur des chênaies. Vous y croiserez notamment un ancien puits à glace ainsi que le petit château de Torcafelló. Onze kilomètres d’un parcours relativement plat et sans difficulté, idéal pour une sortie en famille. De l’autre côté, il est possible de rejoindre Riells i Viabrea, puis de suivre l’itinéraire de la Tourdera vers Sant Celoni, point de départ de nombreux chemins à la découverte du Montseny. S’offrir quelques jours à Hostalric, c’est plonger au cœur d’une Catalogne médiévale, rurale et authentique. C’est comprendre les enjeux stratégiques d’une situation géographique privilégiée et constater combien les pas de l’Histoire se superposent d’une époque à l’autre, d’une civilisation à l’autre. C’est aussi s’offrir une belle leçon d’histoire vivante.C’est enfin faire mentir le vieux dicton qui déconseille de se rendre à Bages « A Bages no hi vagis ». À Hostalric, vous ferez au contraire la douce expérience de l’hospitalité catalane résumée par une autre expression locale : « Bon home i bon amic » (de bonnes gens et de bons amis.)

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