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L’armée des eaux : lacs et canaux

02 Juin L’armée des eaux : lacs et canaux

Le Riberal est si attaché à sa rivière, si amoureux de ses eaux, qu’il a choisi de les retenir pour mieux les regarder, pour ne rien perdre, aussi de leur fraîcheur et de leur magie. Canaux et lacs perpétuent le règne absolu de la Têt.

Les lacs, vastes et profonds, dessinent un chapelet miroitant séparé de la rivière par d’étroites bandes de terre plantées d’arbres qui les encerclent, parfois ornées de bancs ou de cabanons. Au Soler, ils sont deux, et sont devenus de véritables temples à la convivialité.  Le lac du Moulin, avec ses 344 arbres de 16 espèces différentes, son parcours de santé, ses appareils de musculation et sa pyramide de corde, est un équipement sportif de premier plan prisé des citadins qui tient la dragée haute à son voisin, le lac du Soler, pensé comme un espace de divertissement qui conjugue tous les plaisirs. « Nous avons souhaité ouvrir un espace qui soit à la fois une guinguette où se restaurer au bord de l’eau, un lieu de promenade pour les amoureux, les sportifs ou les propriétaires de chien mais aussi et surtout, un lieu culturel, avec des concerts, du cinéma… » explique François, acteur culturel de la commune. Tous les mois de juillet, la fête du lac sacrifie des milliers de gastéropodes sur l’autel de la gastronomie catalane et les eaux portent loin les rires et la musique. Dans la journée, les pêcheurs tranquilles taquinent le poisson, et il n’est pas rare que des peintres croquent sur le vif les reflets des eaux et le jeu des roseaux. Les enfants et les adolescents se dépensent sans compter, d’accrobranches en jeux gonflables. Tant d’animation jusqu’au cœur de la nuit ne décourage pas les milliers d’oiseaux qui peuplent les lieux… à Sant Feliu, un autre lac, plus caché, étend ses bleus profonds entre joncs et arbres de rivière. Il s’agit du lac des Bouzigues, alimenté par la Têt grâce au canal d’irrigation éponyme, construit en 1855, qui servait autrefois à arroser des jardins maraîchers aujourd’hui noyés sous les eaux, 9 hectares de paradis vert ouvert aux promeneurs, aux photographes et aux pêcheurs, créé par Perpignan Méditerranée Métropole comme réserve naturelle. « Le lac est en passe d’être classé comme zone d’intérêt écologique, faunistique et floristique » confirme Arlette qui y promène son chien. C’est une zone naturelle propice à la promenade tranquille, à l’observation des oiseaux, idéale pour une sortie paisible et une marche de santé. Enfin, le lac de Millas s’étale sur 4 hectares, orné de pontons, de cabanes et propose son magnifique parcours d’eau, une boucle enchanteresse de 8 km. « Les soirs d’été, il n’est pas rare que le lac accueille des fêtes qui se prolongent jusqu’au bout de la nuit, c’est devenu un vrai mode de vie » explique Jonathan, étudiant.

La course des eaux

Bien sûr tous ces plans d’eau sont artificiels et participent au grand projet d’aménagement des berges de la Têt, qui vise à la fois à créer des réserves naturelles en zone périurbaine et à offrir aux habitants des aires de divertissement, de loisirs en plein air, et surtout d’épanouissement. Cerise sur le gâteau, ces hauts lieux du bien être et de la douceur de vivre ont modifié le climat sec et chaud du Riberal pour offrir au cœur de l’été une fraîcheur particulièrement appréciée : ne boudez pas votre plaisir ! La rivière sait se démultiplier pour faire de la vallée un véritable kilt aux carreaux bleus et verts, bordés des rayures plus sombres des haies de peupliers et de cyprès, entièrement strié de canaux. Il s’agit d’un réseau d’irrigation, hiérarchisé, organisé, quasiment militaire, lequel à l’origine permettait outre l’irrigation, d’actionner les innombrables moulins qui peuplaient la plaine et produisaient huile d’olive et farines, et alimentaient les  fabriques de drap de lin dont le Roussillon était un immense producteur et exportateur. Le Riberal possède trois grands canaux à très fort débit. Le canal de Corbère, creusé dès le Xe siècle, part aujourd’hui du barrage de Vinça, construit en 1976 avant de longer le pied des reliefs des Aspres jusqu’à Corbère-les-Cabanes. Le canal de Thuir, creusé au XIVe siècle pour irriguer toute la rive droite de la Têt, va d’Ille-sur-Têt à Thuir en longeant le bas des pentes des Aspres. Le canal de Perpignan, enfin, appelé aussi Las Canals, a été conçu en 1475 pour les besoins de la ville de Perpignan et de la plaine du Riberal. Ayant perdu son rôle d’alimentation en eau de la ville, il sert aujourd’hui à alimenter la retenue du lac de Villeneuve de la Raho.

En avance d’un temps

En Riberal comme dans tout le Roussillon, l’irrigation était soumise à une extrême réglementation qui ne privait absolument personne d’eau. Les « Reguers », d’abord payés par les villes, puis fonctionnaires d’état, veillaient sur le respect de ces obligations. En cas de pénurie, il était prévu de limiter l’arrosage et les terres étaient divisées en plusieurs types, notamment les cultures de maraîchage et les autres, la priorité étant systématiquement donnée aux cultures les plus fragiles. Mais tout variait selon les villages. « Par exemple à Millas, les haricots étaient privilégiés, puis venait le sorgho pour le bétail et enfin, en dernier lieu, la luzerne. à Ille-sur-Têt, en cas de sécheresse on nommait huit agents chargés de répartir l’eau sans passe-droit en fonction des besoins de chacun. à Pézilla, l’eau était laissée en libre service, c’était un sacré système » explique Guy, technicien agricole. à partir de la retenue d’eau (resclosa) un ouvrage maçonné pour attirer l’eau de la Têt dans les canaux, un système complexe de canaux secondaires (agulles) fermés par des vannes permettait un arrosage gravitaire traditionnel « à la raie ». Le système mis au point par nos aïeux qui se savaient soumis aux caprices de la nature, s’avère opérant et adapté à la dureté de nos temps de changements climatiques. Ces canaux sont non seulement des trouées vertes magnifiques qui s’offrent à votre déambulation, mais aussi de formidables ouvrages d’art avec leurs petits ponts, leurs tunnels, leurs petites écluses. Une véritable plongée dans le mystère des eaux.

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