VOTRE MAGAZINE N° 142 EST EN KIOSQUE
VOTRE MAGAZINE N° 142 EST EN KIOSQUE

Les Albères en fome de triangle magique

29 Mai Les Albères en fome de triangle magique

Un triangle magique vous attend, tracé autour du massif des Albères avec pour pointe occidentale la Jonquera et le Perthus et pour côté ouvert la Méditerranée. Un itinéraire à parcourir de village en village, entre montagne et mer.

Le littoral des Albères déroule les perles d’un chapelet magique. D’abord Argelès-sur-Mer, qui se décline en trois entités : une vaste plage bordée de pins, le port moderne avec ses grandes allées ornées de terrasses de restaurants et de boutiques, et le petit village du Racou avec ses petites maisons colorées d’où s’élance la côte rocheuse. Tout commence avec l’éclosion de Collioure, son église marine au célèbre clocher, sa longue jetée, son château majorquin aux racines gothiques, son quartier de pêcheurs aux façades colorées. Les deux ports et les plages de galets mêlent leur voix à celle de la mer pour raconter l’épopée de la naissance du fauvisme, en 1905, sous les doigts de Matisse et Derain, la grande aventure de l’anchois pêché au lamparo et l’odyssée des pêcheurs vignerons. La vie est douce sur le Boramar ou le Port d’Avall et les ruelles regorgent de boutiques et de galeries de peinture. Collioure est à la fois chic et simple comme ses voiles latines.

D’est en ouest

Un peu plus loin, Port Vendres, la belle Catalane à l’accent pied-noir, allie la folle énergie d’un grand port de commerce, d’une base militaire et d’un port de pêche en pleine activité. Sa rade aimée des Grecs, sublimée par Louis XV, sa ville haute aux escaliers monumentaux, son église qui contemple la mer, tout concorde à créer un charme puissant, unique. Quelques vignes plus loin, la côte se poursuit vers Banyuls-sur-Mer, dont la baie forme un ensemble harmonieux. Le village, planté de platanes, creusé de placettes, cultive la mémoire du sculpteur Aristide Maillol, qui a sans doute puisé dans l’épure de cette anse son inspiration méditerranéenne, et une catalanité bien ancrée. Sa beauté discrète, profonde, lui vaut des inconditionnels farouches. Tous ces villages côtiers sont structurés par la ligne de chemin de fer, dont le rôle fut déterminant dans l’essor de la sauvage Cerbère, blottie au fond de sa baie, et dans le développement de Port-Bou, dont elle domine les reliefs ocres plantés d’aloès. Ces deux petits ports, bien que modestes, présentent un réel intérêt paysager et historique. Côté nord de la Catalogne, Llançà, s’inscrit dans un environnement naturel préservé, entre le parc du cap de Creus et celui de l’Albera. Dernière halte maritime, El Port de la Selva, sa magnifique église baroque et ses maisons blanches. Façonnée par la roche, la côte a su accueillir des villages qui l’ont embellie sans la dénaturer. Les Albères veillent au grain : leur caractère brut et affirmé interdit toute dérive. Les Albères intérieures sont ponctuées d’une constellation de toits ocres, ceux des villages qui jalonnent le massif. Ils cultivent sans le savoir d’étranges ressemblances, ne serait-ce qu’une légèreté, une joie de vivre qui en font des lieux de villégiature et d’installation privilégiés. Après Llançà, l’arrière-pays se caractérise par des paysages apaisés. Une halte s’impose au mirador de Montperdut, qui offre une vue d’ensemble sur la face méridionale de la chaîne des Albères pour bien prendre sa mesure d’énorme vaisseau de pierre. La présence de bunkers rappelle également le rôle stratégique de ce territoire durant la guerre civile espagnole. Plus à l’ouest, Garriguella se distingue par son environnement naturel et son jardin de cactées. L’itinéraire peut se poursuivre vers Vilamaniscle, avec son château et l’église Sant Gil, puis vers Rabós, entouré de chênes-lièges, de vignes et de cultures agricoles, à proximité du monastère de Sant Quirze de Colera. Vous êtes juste de l’autre côté du col de Banyuls. Voilà le village d’Espolla, une petite merveille, célèbre pour son huile d’olive riche et aromatique, ses vergers, son église romane et ses ermitages, Sant Martí de Baussitges et Sant Genís d’Estrac. Vous circulez entre les oliveraies et les vignes, en direction de Capmany, petite capitale viticole. Vous aimerez son église fortifiée de Santa Agata, ses fontaines et sa situation tranquille. L’Alt Empordà sait distiller ses sortilèges. Le temps de remonter le cours du Llobregat et vous revoilà à la frontière, à la pointe de notre triangle.

D’Ouest en Est

Après la beauté des gorges de la Rome et une halte dans le petit village des Cluses, cap sur l’est en direction de la mer. Cette fois, le massif offre au regard sa face nord, plus abrupte, striée de nombreuses vallées. Premier arrêt, le petit village de Montesquieu-des-Albères, égayé par ses fontaines, dominé par sa table d’orientation et son petit musée archéologique. Un peu plus loin, Villelongue-dels-Monts s’étend jusqu’aux berges du Tech, dont le cours plus calme offre des espaces propices à la promenade. C’est ici que s’élève le prieuré de Notre-Dame du Vilar. Après ces préliminaires prometteurs, l’itinéraire mène ensuite à Laroque-des-Albères, village marqué par la période du royaume de Majorque. De ce passé glorieux subsistent les ruines du château des hobereaux d’Empúries et quelques pans d’anciens remparts. L’église Saint Félix, fortifiée, se distingue par ses deux clochers-murs et son magnifique portail de marbre blanc. Les ruelles de la ville haute conservent la configuration du castrum médiéval. La commune possède trois autres édifices religieux : les vestiges de Roca Vella, la chapelle Sant Sebastià et l’ancien ermitage de Tanya, toujours en activité, désormais intégré au cœur du village. Laissez le charme agir, Laroque porte bien son nom, elle est née de la pierre. Vous voilà maintenant en route pour la Vallée Heureuse, la bien nommée, et sa capitale, Sorède, dont le nom proclame la présence de suberaies séculaires, plantée de micocouliers qui servaient autrefois à la fabrication des cravaches et des fouets. Le four et le cadran solaire commandés par la municipalité montrent un ancrage résolu dans la modernité et un attachement à la puissance du soleil, ici particulièrement généreux.

Cette oasis de verdure et de paix invite au bonheur. Deux bijoux encore et le triangle sera refermé. D’abord Saint-Génis-des-Fontaines, puis Saint André, deux villages agricoles, dopés par la proximité de la mer et la présence de la montagne, connus pour leurs joyaux romans et leur goût pour les festivals de musique. Nous voilà au terme de notre voyage au cœur des Albères. Vous y avez trouvé des chemins et des buts d’excursion qu’ils soient patrimoniaux ou naturels, mais surtout, vous avez pris goût à l’atmosphère joyeuse qui règne sur les terrasses de café et sur les petits marchés riants et authentiques. Vous avez constaté que le massif est un lien davantage qu’une frontière, que le patrimoine architectural est né d’un même moule, d’un même souffle, d’une même histoire. Vous avez testé le confort du sable doux et les aspérités rondes des galets. Vous avez aimé la force de la mer et les baisers du vent, écouté la légende des pierres en les gravissant à en perdre le souffle et bu le bleu du ciel aux miradors, sommets et tables d’orientation. Gageons que le voyage fut beau.

Pas de commentaire

Poster un commentaire